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De l’ordinateur à la création musicale | 
Un clavier, un séquenceur, les outils de Jean-claude Omeyer pour amener ces élèves à la création numérique musicale
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Il y a mieux à faire de que s’inquiéter pour la diffusion sauvage de musiques piratées sur internet, estime Jean-Claude Omeyer. Ce musicologue, enseignant, propose aux jeunes de détourner l’usage qu’ils font habituellement de l’ordinateur pour devenir acteur et franchir le pas de la création musicale en plaçant la barre très haut…
C’est une salle de classe banale. Au premier étage du collège du Grand Ried au cœur de la plaine alsacienne. Ce mardi après-midi, n’est pourtant pas comme les autres. Orian, Arnaud, Aurore, Pauline, Julien et leurs camarades vont pour la première fois entendre l’œuvre électroacoustique qu’ils ont composée, interprétée par les jeunes virtuoses du quatuor à cordes Benaïm.
Les musiciens accordent leurs instruments dans le brouhaha habituel des interclasses... A la première mesure, les voix se taisent. Les élèves attentifs semblent captivés, étonnés de voir et surtout, d’entendre, à moins de trois mètres de leur chaise d’école, ce quatuor déjà renommé, donner vie à leur partition. Cicatrices, c’est ainsi qu’ils ont nommé le 1er mouvement de leur composition. Un thème mélancolique, empreint d’une certaine tristesse qui évoque selon eux, les difficultés à venir dans le monde adulte.
Le 2ème mouvement intitulé Liberté, est à l’opposé, rythmé – très influencé par la techno, affirment les interprètes- il exprime davantage de flamme, d’emballement, «parce que quand on est libre, on a le droit de changer» explique Aurore. C’est le morceau préféré de ces apprentis compositeurs … Le plaisir de l’écouteQuelques minutes plus tard, ils applaudissent. Ils s’applaudissent. Ce fut un moment de plaisir, tous le disent : «c’est beau, c’est joli». Les mots restent pudiques, mais l’émotion est bien là. «Jamais je n’aurai imaginé que l’on arrive à ça», confesse Sylvain. Très vite, sans timidité excessive, le dialogue s’établit avec les musiciens. «C’est très différent de ce que l’on entendait sur l’ordinateur» , «on entend pas assez le pizzicato …»
A la demande de leurs interprètes, un peu déroutés par cette partition encore inachevée, les jeunes auteurs vont préciser leurs intentions. La partition prend de la couleur. Un vibrato par ci, un trémolo par là, un crescendo se glisse à la huitième mesure… les élèves découvrent les richesses jusqu’ici insoupçonnées qu’ils peuvent introduire dans leur création et que les exécutions successives leur font toucher du doigt. Tous sont unanimes : «c’est mieux en direct». Sur l’ordinateur, «les notes sont sèches» relève Rathana …
La magie s’opère à leur insu. En quelques heures, ils s’initient au forte, au pizzicato, à l’ordinario. Leur oreille s’affine, perçoit plus nettement les nuances d’interprétation qu’ils ignoraient jusqu’ici. Les mots deviennent plus précis, ils peaufinent ainsi le travail de composition accompli au cours de laborieux rendez-vous hebdomadaires. «On a travaillé pendant deux ans pour en arriver là, raconte Aurore. Il y en a qui ne venaient plus, ils étaient découragés. Mais le concert final nous a motivé. Moi, c’est de travailler avec le quatuor à cordes qui m’a motivé. Dans les autres collèges, ils n’ont pas cette chance…» Un défi de taille | 
«Grâce à l’ordinateur, à l’engagement de l’enseignant, on découvre un langage commun»
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C’est le samedi après-midi que l’atelier de pratique artistique, réunit une dizaine de jeunes du collège autour de leur professeur d’éducation musicale, Jean-Claude Omeyer. Ce dispositif financé conjointement par la Direction régionale à l’action culturelle, le conseil général du Bas-rhin et l’académie, permet de rapprocher sur un projet, enseignant et artistes. Après un premier travail en collaboration avec les chercheurs du Groupe de recherche musical, de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), Jean-Claude Omeyer propose cette fois à ses collégiens, la plupart sans aucune formation musicale, de composer une œuvre pour quatuor à cordes.
Le défit est de taille : bien des compositeurs n’ont osé s’y frotter. «C’est la quintessence de la composition, la forme de composition la plus complexe qu’il soit, reconnaît sans peine, ce musicologue averti qui veut «emmener les gamins dans le jardin des grands » et les sortir du rôle trop passif de «téléchargeur de MP3» …
A l’aide d’un banal clavier relié à un ordinateur et d’un séquenceur –Logic Audio-, les portes de la composition musicale vont s’ouvrir progressivement à ces jeunes qui ont bien du mal à lire quelques notes alignées sur la clé de sol. «La grande difficulté de la composition musicale, explique l’enseignant, est la nécessité de posséder l’audition intérieure. Cette faculté s’acquiert avec des années de travail. Le séquenceur qui permet de visualiser l’élément sonore sous différentes formes – de la partition classique en passant par son spectre sonore ou son édition matricielle, celle du rouleau de piano mécanique d’un abord immédiat pour le jeune- pallie en quelque sorte ce manque de formation et donne accès à une activité réservée jusqu’ici à une élite». Face à face compositeurs et interprètesLa démarche est en effet très simple: elle consiste à créer des phrases musicales, à les traiter et à les assembler, un peu comme on travaille au cinéma ou en vidéo. En préalable, toutes les notes de musique ont été enregistrées par chaque instrument composant le quatuor. Chaque participant se met au clavier, sous l’écoute des autres qui apportent leurs commentaires. Pas à pas, dans un long et patient travail d’écoute et d’initiation musicale, la création se met en place. L’enseignant intervient pour montrer que certaines constructions fonctionnent , d’autres pas. L’écriture de l’œuvre est encore imparfaite quand les musiciens la découvrent. Le face à face compositeurs /interprètes va permettre de poursuivre son achèvement.
«L’absence de repères habituels, nous déstabilise» reconnaît le deuxième violon, Alexandra Greffin ,mais l’échange est riche et formateur pour tous. «On croit donner beaucoup de choses, en fait on en reçoit énormément plus, souligne pour sa part le violoncelliste, Cedric Conchon. «Cette confrontation permet de remettre en question notre pratique, explique Yaïr Benhaïm, premier violoniste du quatuor. «Le plus surprenant c’est qu’on se retrouve face à un groupe de jeunes avec lequel en théorie on a pas de langage commun et on découvre que grâce à l’ordinateur, grâce à l’engagement de l’enseignant, ce langage commun est possible. C’est extraordinaire.» Acteurs de leur réalisation | 
Une composition encore inachevée qui prend vie sous l’archet du violoncelliste
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Du côté des jeunes, les effets de ce travail collectif sont surprenants: piqués au jeu de la création, les élèves découvrent les compositeurs classiques d’une autre oreille. «Ils ont écouté Haydn comme un concurrent » confirme leur enseignant et Aurore ne craint pas d’affirmer qu’elle préfère de loin, leur œuvre aux quatuors de Bartók … «Avec l’outil multimédia, explique Christiane Riedel Lambert qui assiste à la rencontre avec le quatuor Benaïm, les jeunes acquièrent une écoute tout à fait différente de façon extrêmement accélérée. Ils arrivent à comprendre la musique, et s’approchent de cette écoute intérieure indispensable à la composition. Il leur aurait fallu des années d’études musicales pour en arriver là … »
Pour Jean-Claude Omeyer, cette aventure commune dépasse largement le simple apprentissage musical. « Je suis toujours à la recherche d’un résultat quasi professionnel, dit-il. C’est indispensable pour que les jeunes soient fiers de leur travail. Pour moi, l’important c’est de les sortir la télévision, les amener à créer, à voir et même produire un court métrage, à lire la presse spécialisée, à les mettre dans une bulle où ils deviennent acteurs de leur réalisation . Il existe aujourd’hui un nouvel art numérique qui peut, pourquoi pas, nous conduire vers un humanisme numérique… »
Auteurs: Corinne Cumerlato/CRDP d'Alsace.
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