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Un radio-bus à l’école



La maîtresse donne le top pour l’enregistrement


Il en a fait des kilomètres… et sa carrosserie plutôt fatiguée ne le dément pas! En douze ans d’activité, le radio-bus des « jeunes ont la parole» a sillonné sans relâche les routes de Franche-Comté. Les chiffres parlent d’eux- même : ce studio radio mobile, installé dans un minibus, compte à son actif plus de mille interventions en milieu scolaire, de la maternelle au lycée. Quatorze mille élèves se sont déjà assis devant ses micros …

«C’est l’impact positif des expériences de radio menées par les enseignants dans leurs classes, au lendemain de la libéralisation des ondes -c’est à dire dès 1982- qui nous a poussé à porter cet outil vers ceux qui n’en disposait pas» explique Jean-Marie Girardot, principal de collège, aujourd’hui retraité, et promoteur inconditionnel de la radio en milieu scolaire. Soutenu par un partenariat réunissant la Délégation à l’aménagement du territoire (DATAR) l’Education nationale et les collectivités territoriales, le radio-bus a vu le jour en 1992 en réponse à un appel de projets innovants en matière de technologie de communication. Aujourd’hui, tous ces partenaires sont réunis au sein de l’ association «Les jeunes ont la parole».

L’idée est simple: mettre à disposition des enseignants de l’académie, un studio d’enregistrement avec sa régie technique et doté de moyens de diffusion. Car, là-dessus, l’initiateur du radio-bus est formel: «il n’y a pas de radio sans diffusion, c’est l’atout maître qui est le gage de la réussite. Une activité son se limitant à l’enregistrement n’atteint pas son maximum d’efficacité pédagogique, souligne Jean-Marie Girardot. Seule la radiodiffusion est véritablement motivante et amène l’élève à prendre conscience de son droit à l’expression et des obligations à remplir dans la transmission de l’information».

Voir une séquence vidéo: Un radio bus à l'école (wmv)

Un équipement professionnel



Jean-Marie Girardot est un pionnier de la radio scolaire et initiateur du radio bus


Dans trois petits mètres carrés, tous les équipements d’un studio de radio-émettrice sont installés : à l’arrière, une table entourée de deux banquettes et surmontée de quatre micros col de cygne. Au centre du camion, une régie dotée d’une table de mixage, de montage, de diverses platines suspendues, d’un émetteur FM et d’un kit audiovisuel rassemblant camescope et moniteur.
Le radio-bus compte encore trois mallettes de reportage, avec magnétophones, mini-discs, micros, casques, récepteurs portables et même un mini-studio portable. Au total, la valeur de l’équipement est estimée à 90 000 euros. Tout ce matériel est entre les mains d’un conseiller qui assiste l’enseignant dans son projet afin que la prise en main technique ne constitue pas un obstacle à l’activité radio proprement dite. Du reportage radio, à la réalisation d’un journal, en passant par les interviews, la réalisation d’émission en direct ou l’enregistrement de fictions sonores, toutes les facettes de la production radio deviennent ainsi accessibles aux élèves et à leurs enseignants.

Ce matin, le radio-bus est garé dans la cour de l’école primaire Jean Zay de Besançon. Pour les jeunes élèves des classes de CP/CE1, âgés de sept à huit ans, c’est jour de fête et jour d’angoisse. Ils vont enregistrer un récit qui accompagnera sous forme de cassette un livre dont ils ont écrit un chapître et qu’ils ont intitulé : Blancs, noirs et compagnie. Cette histoire sera aussi diffusée par une radio associative locale, radio Bip, qui accueille régulièrement les productions du radio-bus.

«Nous sommes depuis peu une école pilote dans la lutte contre l’illétrisme, et dans le cadre d’une opération académique destinée à promouvoir la lecture et l’écriture, nous avons décidé de réaliser un livre cassette, explique Karine Ben Abbès, l’une des enseignantes qui participe au projet au côté de trois autres professeurs des écoles. La radio, c’est une manière pour nos élèves de s’approprier l’écrit, car elle leur permet de comprendre très vite qu’il est nécessaire d’arriver à une expression orale correcte si l’on veut, dans la vie, être compris.»

« j’ai peur … »

Au total, les effectifs de quatre classes se sont lancés dans l’aventure, soit une soixantaine d’enfants. La moitié seulement ont été volontaires et sélectionnés pour participer à l’enregistrement, car l’objectif est d’arriver à un travail de qualité. La diffusion de l’enregistrement sous forme de cassette et à la radio exige un résultat irréprochable. «Tous connaissent la règle au départ, insiste Karine Ben Abbès, c’est à eux d’en tenir compte pour progresser. Les bons lecteurs seront enregistrés, les bons chanteurs aussi, d’autres ont trouvé leur place dans le théâtre, ou l’écriture …» Tous les enfants n’étaient d’ailleurs pas enthousiastes à l’idée de «parler dans le micro». « Pour certains, l’épreuve est trop difficile», confirme Myriam Larrière, dont la classe participe au projet.

Pour faciliter la tâche des élèves et faire participer le plus grand nombre, le texte a été découpé en petites séquences. Six groupes de lecteurs ont été constitués ainsi que quatre autres équipes de chanteurs et de bruiteurs qui viendront enrichir le récit. Les enfants ont déjà découvert le radio-bus qui leur a été présenté une première fois. Le technicien les a initiés aux rudiments de l’enregistrement : la lumière rouge qui s’allume quand on parle, le casque où l’on s’entend, la bonne distance du micro à respecter …

Le jour J, les enfants relisent à voix haute leur texte dans la cour de l’école sous l’oreille attentive de leur maîtresse . « Articulez-bien , Thibault reprend .. » Les enfants s’appliquent, mais la tâche est ardue pour Nadir qui doit, au pied levé, remplacer une camarade. Rock’n roll, salsa, tango, des mots bizarres qui ressemblent à autant de pièges. Il faut donner le ton et surtout, ne pas trébucher. Texte à la main, les enfants s’installent en silence dans le radio-bus face aux micros. Ils coiffent leurs casques et se lancent d’une voix au top donné par le technicien. Ensuite, ils s’écoutent et décident parfois qu’il faut recommencer …

Yann, 7 ans, sort soulagé de l’enregistrement. Visiblement, l’épreuve a été rude: « j’ai peur devant le micro, je ferme les yeux ». «C’est un vrai challenge pour les enfants, témoigne Myriam Larrière, qui se souvient encore des heures passées pour réussir à faire lire les enfants ensemble... C’est valorisant pour eux d’y arriver et pour certains cela permet de grands progrès. Ils sont très fiers de participer.» Asma, 7 ans, est rayonnante : «c’est trop bien, je me suis écoutée, j’adore lire au micro…»

Un formidable levier



Jour de fête et jour d’angoisse quand le radio bus arrive dans la cour de l’école


Professeur des écoles spécialisée dans le travail auprès d’enfants en difficultés, Myriam Larrière a pendant quatre ans été conseillère du radio-bus et a accompagné des projets de toute nature. D’emblée, elle a été séduite par un tel outil : « avec mes élèves, je travaillais déjà beaucoup l’oral. Les sons sont bien plus concrets que l’image. Nous savons tous parler. Créer des images, c’est plus complexe, ce n’est pas à la portée de tous. La radio, c’est un formidable levier d’apprentissage et de motivation. La plupart des élèves adorent ça. Le ressort de l’enregistrement est essentiel car les enfants sont beaucoup dans l’instant, et conserver une trace sonore de leur expression, c’est important car cet oral spontané est ensuite réécouté et retravaillé».

Dans son livre consacré à la radio en milieu scolaire , Jean-Marie Girardot souligne l’intérêt pédagogique qu’offre l’utilisation de la radio. «A chaque ensemble de capacités mises en œuvre dans l’apprentissage du langage écrit et parlé – capacités psychomotrices, intellectuelles, de perception temporelle, d’organisation, de maîtrise de soi, de socialisation- correspond une situation radiophonique à même de catalyser les potentialités dans la direction souhaitable» écrit-il.

Il ne s’agit pas de former des reporters, bien sûr, mais d’utiliser ce média ludique et populaire pour faciliter les apprentissages et former à la citoyenneté. «La radiodiffusion ouvre l’élève à des horizons extraordinaires, dit-il. Elle atteint sa famille, s’introduit chez ses amis, pénètre l’intimité du professeur. A aucun moment sa timidité , ses craintes … ses complexes ne le handicapent, comme c’est souvent le cas en classe… Elle valorise l’enfant …et contribue à la formation d’un citoyen consommateur de radio averti et exigeant».

Car contrairement aux idées reçues, la télévision et internet ne sont pas les seuls médias à séduire les jeunes, se plait à souligner Jean-Marie Girardot. La radio ne les laisse pas indifférents. Les études d’audience placent régulièrement les radios musicales, celles qui sont écoutées en majorité par des jeunes de 13 à 18 ans, en tête de toutes les autres radios.

Un manuel pour proposer des pratiques

L’expérience de ce pionnier de la radio scolaire montre que le média radiophonique peut être aussi une aide efficace à l’intégration qui facilite la communication avec les familles et ouvre sur le monde extérieur. Son ouvrage est un véritable manuel qui propose aux enseignants de nombreuses fiches d’activité et de conduite d’ateliers. Une approche pratique et documentée qui plaide pour une meilleure reconnaissance des compétences que cet outil de communication permet de développer. «À quand une réelle intégration de la radio dans les ateliers scolaires au même titre que le théâtre ou l’informatique », s’interroge-t-il. «À quand une option au baccalauréat qui permette d’apprécier les capacités d’expression au micro, en public?»

Au delà, de ces questions, Jean-Marie Girardot , révèle dans sa démarche le sens profond de sa pédagogie: «Si on ne montre pas aux jeunes ce qu’ils sont capables de faire, on est dans l’échec. Je suis profondément convaincu qu’un établissement doit se médiatiser, tout le monde y gagne : les enfants sont valorisés, les parents sont heureux, les enseignants y trouvent un outil pédagogique remarquable qui facilite l’acquisition et le perfectionnement du langage et plus largement l’intégration sociale de l’élève».

Auteurs: Corinne Cumerlato/CRDP d'Alsace.

A voir: le site web du radiobus
crdp.ac-besancon.fr/rems/radiobus/fsradiobus.html

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