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Auteurs: Boily, Claire / Duval, Luce / Gauthier, Madeleine.

Titre: Les jeunes et la culture. Revue de littérature et synthèse critique.

Source: http://mcc.quebectel.qc.ca/sites/mcc/ClinStat.nsf/0/bd8b224d02c57b0585256889005aba20//_id9inarj5ecg66tbcehqn4p90e9inctb541m6it3kg9p62t3le9ig_.pdf [07.06.2004]

La publication est faite avec l'aimable autorisation des auteurs.



Claire Boily, Luce Duval et Madeleine Gauthier avec l’assistance d’Anne-Marie Lemay INRS-Culture et Société



LES JEUNES ET LA CULTURE

REVUE DE LA LITTÉRATURE ET SYNTHÈSE CRITIQUE



Mandat

Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) nous a confié le mandat d’élaborer une revue de la littérature et une synthèse critique portant sur les jeunes et la culture, dans un objectif de planification stratégique ministérielle et d’élaboration de politiques sectorielles où l’on accorde une attention particulière aux jeunes.

Les jeunes âgés de 15 à 29 ans font l’objet de la présente étude. Celle-ci doit combler des besoins de connaissances sur les thèmes suivants :

Un premier compte rendu verbal des résultats de l’étude présenté à l’occasion du Sommet du Québec et de la jeunesse a conduit les demandeurs et les chercheurs à souhaiter ouvrir la notion de culture à sa dimension anthropologique de façon à faire ressortir le caractère « non mécanique » des pratiques dites culturelles. Ainsi, nous nous référerons dans les pages qui suivent aux modes de vie et aux valeurs des jeunes afin de comprendre les choix qui sont faits.

Faits saillants

Le mandat qui nous a été confié par le MCC consistait à effectuer une revue de la littérature qui porte sur les jeunes et la culture, selon les dimensions suivantes : leurs habitudes actuelles et celles qui peuvent perdurer, leur apport à la culture québécoise, leurs aspirations en matière de culture et leurs attentes à l’égard de l’État. L’étude cible les jeunes âgés de 15 à 29 ans.

Aux fins de l’étude, la culture est considérée en tant que pratique mesurable mais aussi dans sa dimension anthropologique.

1. Le profil social et culturel des jeunes et leur emploi du temps

1.1 Les modes de vie des jeunes de 15 à 29 ans

1.2 Quelques traits de culture des jeunes

1.3 L’emploi du temps

1.3.1 Les activités productives

1.3.2 Le temps libre

2. L’occupation du temps libre

2.1 Les lieux et les partenaires des activités

2.2 Les choix d’activités des jeunes pendant leur temps libre

2.2.1 Le sport

2.2.2 L’écoute de la musique

2.2.3 Les sorties qui ont la préférence des jeunes

2.2.4 Les pratiques en amateur

2.2.5 La fréquentation des établissements culturels

2.2.6 La lecture

2.2.7 L’usage des médias électroniques

3. Au-delà des pratiques, la création et l’expression

Introduction

« Les jeunes et la culture » : voilà un thème qui n’est pas sans présenter de multiples embûches. Qu’entend-on exactement par « culture »? Qui sont les jeunes dont on parle? Qu’est-ce qu’une synthèse critique? Le mandat qui nous a été confié par le MCC ne s’est pas révélé facile à accomplir, d’abord parce que les travaux sur le rapport des jeunes et de la culture ne sont pas des plus abondants. En effet, on compte seulement quelques recherches effectuées récemment au Québec à ce propos, peu importe la définition donnée au mot « culture ». La revue des travaux menés en langue française au Canada depuis 1985 permet de constater que l’intérêt des chercheurs se porte principalement sur les questions d’insertion professionnelle et sur « les problèmes » qu’éprouvent les jeunes1. Les études sur la culture sont le parent pauvre de tous les travaux concernant les jeunes.

La limite de temps qui nous était imposée – le rapport devait contribuer à la préparation du Sommet du Québec et de la jeunesse – n’arrangeait pas la situation, en particulier en ce qui concerne la dimension « critique » de l’analyse qui devait se faire. Il s’est donc avéré essentiel d’aller au-delà d’une définition de la culture qui n’aurait englobé que les pratiques artistiques ou littéraires des jeunes si nous voulions comprendre les priorités qu’ils établissent dans le choix d’activités qui meublent leur temps libre et leurs explications à ce sujet. Notre démarche d’analyse ne pouvait toutefois se faire sans le repérage des valeurs et l’observation des modes de vie.

Une notion de culture qui englobe les activités de loisir

Quelle définition de la culture allions-nous adopter? Il était entendu, dans un premier temps, qu’elle se référerait à ce que Fernand Dumont (1968) nomme la culture « objectivée », celle où elle s’extériorise dans des pratiques et dans des œuvres facilement observables et mesurables. C’est cette acception que nous avons adoptée et que nous illustrons dans les chapitres 2 et 3 du présent rapport, sans toutefois nous y limiter. Les pratiques dites « culturelles » ne sont qu’une des dimensions de l’occupation du temps libre que le MCC souhaitait nous voir aborder en nous donnant accès à l’enquête sur les pratiques culturelles au Québec, enquête qu’il mène depuis 1979.

Dans cette enquête, la notion de culture s’étend à tout ce qui meuble le temps libre, c’est-à-dire à celui qui s’identifie au loisir et « pendant lequel s’expriment des valeurs telles que le plaisir, le souci du corps, la convivialité, le développement et le dépassement personnel » (Garon et autres 1997). Ce temps se subdivise à son tour en trois champs principaux (Garon et autres 1997). Ainsi, le premier champ comprend les activités culturelles qui se rapportent à la pratique d’un art et d’un passe-temps, à la fréquentation d’établissements culturels, à l’assistance à des spectacles et à des concerts, à la sortie au cinéma et au théâtre, à l’utilisation des médias, etc.; le deuxième englobe les activités sociales qui concernent les sorties ou les rencontres avec d’autres individus ainsi que toutes les activités où la sociabilité est la composante dominante comme les jeux de société, les danses sociales, les sorties dans les bars, etc.; enfin, le troisième champ réunit les activités physiques ou sportives qui comprennent toute pratique liée à la mise en forme corporelle ou encore à un sport individuel ou d’équipe ou bien à une activité de plein air.

Les valeurs et les modes de vie au fondement des choix

La présentation de la nomenclature d’activités qui meublent le temps libre nous est apparue – de même qu’aux chercheurs du MCC – somme toute plutôt mécanique si nous ne lui adjoignions pas cette autre acception de la culture qui se réfère aux modes de vie et aux valeurs et qui permet de comprendre les choix qui sont faits. Fernand Dumont (1968) disait ainsi de cette « culture seconde » qu’elle fait référence à la représentation que l’être humain se fait de sa relation au monde. Cette définition inclut l’idée de « valeurs » en tant qu’elles « sont toujours le noyau de la culture puisque celle-ci ne saurait être ramenée à une adéquation mécanique de l’homme et du milieu, puisqu’elle implique des choix où la conscience se reconnaît à la fois comme rapport au monde et élection de celui -ci » (Dumont 1968 : 180). Même si cette définition est plus difficilement « objectivable », des mesures indirectes existent, ne serait-ce que par l’observation de ce qui est au fondement des choix : une vision du monde, une conception de sa place dans ce monde, de la place du politique, de ce qui appartient à l’univers du goût ou relève d’une tradition, de sa relation aux autres, à soi et à son corps, etc.

Après un premier exposé verbal des résultats d’analyse des données de l’enquête sur les pratiques culturelles au Québec et du repérage de documents sur les pratiques culturelles des jeunes, nous avons jugé utile d’étendre la notion de culture à cette définition anthropologique afin de mieux comprendre la manière dont s’effectuent les choix et s’organise le temps libre. La première section du texte s’articulera donc autour de ce qui est déjà connu au moyen d’une revue de la littérature sur les modes de vie des jeunes, sur quelques traits caractéristiques de leur culture dans sa définition anthropologique et sur leur emploi du temps.

L’âge est aussi à définir

Cependant, il faut aussi définir de qui l’on parle lorsqu’il est question des jeunes de 15 à 29 ans. Les études du type quantitatif fournissent généralement les données selon des groupes d’âge découpés en périodes de dix ans : les jeunes de 15 à 24 ans, ceux de 25 à 34 ans, et ainsi de suite. C’est pourquoi la plupart des données recueillies sur le profil des jeunes correspondent principalement au groupe des 15 à 24 ans. Cette pratique comporte des inconvénients en ce qu’elle nivelle des différences réelles à l’intérieur du groupe d’âge. Lorsque nous en avons eu la possibilité, comme cela a été le cas dans l’analyse de l’enquête sur les pratiques culturelles au Québec de 1994 et de celle de 1999, nous avons agrégé les données par groupes de cinq ans, c’est-à-dire les 15 à 19 ans, les 20 à 24 ans et les 25 à 29 ans. Par contre, en ce qui concerne l’analyse des tendances qui font ressortir les habitudes des jeunes à plus ou moins long terme, les données ont été agrégées conformément aux catégories établies dans les enquêtes de 1979, de 1983 et de 1989, et ce, en vue de poursuivre les comparaisons avec les mêmes groupes d’âge jusqu’aux enquêtes plus récentes. Ces choix illustrent le fait que la question de l’âge est une construction toujours à refaire puisqu’elle évolue en fonction de l’organisation sociale, comme on le verra plus loin.

La démarche de collecte et d’analyse des données

Les écrits récents portant sur différentes dimensions de la vie des jeunes ont été examinés pour comprendre la pluralité des modes de vie de ceux-ci et de leurs valeurs. Cet exercice a permis d’illustrer les modes de vie contemporains des jeunes et de saisir la complexité de la réalité à cet âge de la vie dans le contexte de la société actuelle. Le portrait qui s’en dégage laisse soupçonner l’existence de diverses manières de passer sa jeunesse tout en montrant certains traits communs caractéristiques de cette période du cycle de vie.

Les ouvrages traitant des activités de loisir des jeunes Québécois ont aussi été consultés de même que les enquêtes quantitatives menées par le MCC sur les pratiques culturelles des Québécois de 1979 à 1999. À partir des données brutes de l’enquête longitudinale du MCC, nous avons pu dresser un inventaire des activités qui meublent le temps libre des jeunes de 15 à 29 ans, approfondir les connaissances acquises sur la question pour le groupe ciblé, mettre en parallèle leurs pratiques et celles des autres groupes d’âge et analyser les tendances dans le temps en comparant les autres groupes au même âge.

La démarche propre à l’étude est en partie exploratoire puisque l’objectif est de mettre en évidence ce qui est particulier aux jeunes concernant leur temps libre par rapport à l’ensemble de la population et de fournir des indications sur les habitudes qui sont appelées à perdurer. Ces thèmes seront repris en conclusion et serviront à illustrer les acquis et les limites des études effectuées jusqu’à maintenant.

1. Le profil social et culturel des jeunes et leur emploi du temps

Quand on parle des jeunes, aujourd’hui, de qui est-il question? Le mandat qui nous a été confié par le MCC englobait le groupe des 15 à 29 ans, ce qui en fait un groupe hétérogène à bien des points de vue. Les enquêtes statistiques ne permettent pas toujours de décomposer un groupe comme celui-là en des unités plus petites. Il va sans dire que les pratiques culturelles des jeunes de 15 ans ont sans doute peu en commun avec celles des jeunes de 29 ans. À d’autres époques, des périodes charnières pouvaient marquer les différentes étapes du cycle de vie et se constituer autour de pratiques caractéristiques. Les choses ont changé. De nos jours, le cheminement vers la vie adulte n’est plus marqué de transitions brusques, la fin des études ou le mariage par exemple, mais il se fait progressivement. Les transitions se chevauchent plutôt qu’elles se succèdent : la cohabitation avant l’union stable et l’emploi salarié pendant les études en sont deux exemples. Les changements dans les manières de « passer2 » sa jeunesse se répercutent dans plusieurs domaines de la vie des jeunes et brouillent ce qui pourrait représenter des repères du passage à la vie adulte. Ce constat nous oblige donc à revoir la question des âges de la vie de manière plus minutieuse pour y repérer les différences qui continuent d’exister en dépit de l’absence de bornes fixes.

En vue de mieux comprendre et expliquer le comportement des jeunes adultes dans leurs pratiques, il faut également considérer le contexte de vie dans lequel s’insèrent ces pratiques et s’y référer comme à un continuum d’activités quotidiennes où s’exercent des choix en fonction d’un horaire d’études ou de travail et de la disponibilité permise où s’expriment des préférences culturelles et des valeurs personnelles.

    1. Les modes de vie des jeunes de 15 à 29 ans

Les moins de 30 ans d’aujourd’hui sont les héritiers de la mise en place des grandes institutions qui façonnent leur manière d’être et de vivre, plus particulièrement de l’école. La démocratisation de l’enseignement a produit des effets non prévus comme celui d’avoir contribué à l’allongement d’une période du cycle de vie qui se nomme « la jeunesse ». Les transformations de la famille et de l’organisation du travail qui se sont produites simultanément touchent ces jeunes d’une manière particulière, cette période du cycle de vie ayant toujours été parmi les plus sensibles à la conjoncture. Ajoutons à cela une caractéristique qui ne sera pas sans entraîner des effets difficiles à prévoir dans l’avenir, soit la perte du poids démographique.

Le poids démographique des jeunes de 15 à 29 ans s’amenuise depuis 1971

Au Québec, le poids démographique des jeunes de 15 à 29 ans est en diminution par rapport à l’ensemble de la population. Ce poids représente un taux de 20 % pour l’année 1999, équivalant à 6,6 %, 6,8 % et 6,5 % respectivement chez les 15 à 19 ans, les 25 à 29 ans et les 20 à 24 ans (Statistique Canada Estimations de la population). Cela représente une perte de 8 points de pourcentage depuis 1971. Cette diminution du poids démographique n’est pas sans affecter le milieu culturel dans son ensemble. L’analyse reste cependant à faire même si l’étude des tendances permet déjà de constater une diminution de certaines pratiques dans l’ensemble de la population en raison de la portion plus congrue de jeunes.

L’allongement de la scolarité joue sur les transitions vers la vie adulte

La démocratisation de l’enseignement, si elle a favorisé une hausse importante du niveau de scolarité dans la population et, plus particulièrement, dans les cohortes des plus jeunes, a aussi produit des effets inattendus. Ainsi, elle a contribué à reporter l’âge des « premières » : premier emploi stable, premier logement autonome, vie de couple, etc. (Gauthier, Molgat et Saint-Laurent 1999; Molgat 1996; Duval 1997).

La fin de l’adolescence ne coïncide plus en effet avec la fin des études. Des années 60 à aujourd’hui, la proportion de jeunes qui sont encore aux études à 16 ans est passée de 51 % en 1961 à plus de 95 % en 1997 (Johnson 1996; MEQ 1999). Le taux de fréquentation scolaire des jeunes de 20 à 24 ans était de 7 % en 1961; il est de 50 % en 1996 si l’on inclut tous les modes de présence aux études : à temps plein, à temps plein et avec un emploi, et à temps partiel (Statistique Canada 1996b). Il faut voir comment l’accessibilité à l’éducation a fait en sorte que la vie scolaire avec ses dimensions de dépendance, ne serait-ce que de dépendance économique, et avec les limites qu’elle impose dans l’accès à diverses dimensions de la vie adulte – vie conjugale et parentalité entre autres – a contribué à prolonger ce que l’on hésite à rattacher à l’adolescence et que l’on n’ose pas encore nommer la vie adulte.

La cohabitation avec la famille d’origine se prolonge

Le début de la vie adulte ne s’harmonise pas davantage avec le mariage ou la formation d’une famille. Le type de ménage qui a connu la plus forte diminution au cours des deux dernières décennies chez les moins de 30 ans, c’est le couple. Les jeunes sont plus nombreux à cohabiter avec la famille d’origine et de plus en plus longtemps (Statistique Canada 1999a). De 1981 à 1996, le nombre d’enfants vivant toujours avec leurs parents a augmenté chez les jeunes âgés de 20 à 29 ans : soit de 47 à 55 % chez les 20 à 24 ans et de 13 à 19 % chez les 25 à 29 ans. En outre, les jeunes hommes sont plus nombreux que les femmes du même âge à demeurer chez leurs parents. Les données agrégées pour étudier le groupe des 18 à 24 ans indiquent un taux de 73,3 % chez les garçons comparativement à 56,7 % chez les filles pour l’année 1996 (Statistique Canada 1981 et 1996; nos calculs). Or, selon Hamel (1999b), le phénomène du « nid encombré » n’est pas seulement le fait des célibataires qui vivent plus longtemps chez leurs parents, puisqu’on observe, en 1996, une augmentation du nombre de jeunes installés chez les parents avec un conjoint : 3 % des femmes et 4 % des hommes de moins de 30 ans y vivent en couple, c’est-à-dire le double par rapport à la situation en 1981. Selon l’auteur, il est encore trop tôt cependant pour parler dans ce cas de tendances irréversibles.

La vie en solitaire ou en colocation est en expansion

D’autres jeunes, par contre, sont plus nombreux à vivre seuls. La proportion a augmenté au cours des dernières décennies passant de 7 % en 1981 à 8 % en 1996 chez les jeunes de 20 à 24 ans et de 9 % à 12 % pendant les mêmes années chez ceux de 25 à 29 ans (Statistique Canada 1981 et 1996b). Le fait de vivre avec des personnes non apparentées devient aussi une pratique de plus en plus courante chez les jeunes de 15 à 29 ans (Gauthier et Bujold 1994). De 1981 à 1996, le nombre de ménages non familiaux de deux personnes ou plus, âgées de moins de 30 ans, est passé de 7 à 11 %, ce qui représente une augmentation de 28,5 %, indiquant par là même une extension de la pratique de cohabitation qui ne peut plus être associée principalement au statut d’étudiant (Molgat 1999). De caractère éphémère et circonscrit dans le temps (celui des études), voici que ce type de cohabitation devient un mode de vie propre aux jeunes célibataires, motivés par des contraintes économiques. Il constitue donc une stratégie de solidarité entre jeunes en quête d’autonomie malgré les contraintes du marché du travail et représente même une nouvelle forme de l’entrée dans la vie adulte chez bon nombre de jeunes (Molgat et Gauthier 1999).

La formation d’une famille se fait plus tardivement

Si la vie en couple est en régression constante en faveur du célibat, la formation de la famille en est reportée d’autant. Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec sur les taux de fécondité, l’âge moyen de la maternité est de 28 ans en 1996. D’autres données de Statistique Canada permettent d’observer une proportion croissante de jeunes femmes dans la trentaine qui donnent naissance à un premier enfant. De 1987 à 1997, les taux sont passés de 18 à 28 % (Statistique Canada 1999b). Les jeunes sont de moins en moins nombreux à assumer des responsabilités familiales au début de la vingtaine puisque les changements apparaissent au-delà de 25 ans. La vie de couple se forme entre 25 et 29 ans, alors qu’au début des années 80 l’âge de l’union se situait plutôt entre 20 et 24 ans (Johnson 1996). Il en découle des variations importantes dans les modes de vie.

Une pratique : le cumul études-travail

Dans le but de payer leurs études, leurs frais de subsistance (les dépenses de logement et de transport sont à la hausse et celles de l’alimentation sont en diminution (Johnson 1996) ou des dépenses liées au loisir (au deuxième rang des catégories de dépenses payées par carte de crédit chez les jeunes qui en sont titulaires (Young 1995), les jeunes d’aujourd’hui qui sont aux études s’avèrent de plus en plus nombreux et à un âge toujours plus précoce à travailler tout en se consacrant à leurs études. Loin d’être un phénomène marginal, cela constitue plutôt un genre de vie nouveau chez les jeunes d’aujourd’hui (Gauthier 1990; Roberge 1997).

Le mode de vie urbain exerce un attrait sur les jeunes ruraux

La migration des jeunes vers les grands centres a longtemps été associée à des raisons liées aux études et au travail. Depuis le début des années 90, des études font ressortir d’autres facteurs d’explication. Dans la revue de la littérature effectuée par Gauthier et Bujold (1995) sur l’exode rural des jeunes, il ressort que la recherche de qualité de vie sociale et culturelle est un motif important de départ. Des jeunes, vivant en milieu rural dans différentes régions du Québec, ont bien exprimé le désir d’adopter un style de vie, une consommation et des valeurs similaires à ceux des jeunes urbains (Roy 1997). D’ailleurs, dans la région du Bas-Saint-Laurent, plus de jeunes ruraux se disent insatisfaits des infrastructures sportives et socioculturelles existantes dans leur milieu d’origine que de jeunes urbains (Côté 1997).

Une enquête menée en 1999, par le Groupe inter-universitaire et interdisciplinaire de recherche sur la migration des jeunes, auprès de 5 804 jeunes âgés de 18 à 34 ans montre que les études sont le motif principal qui incite les jeunes à migrer au moment du départ du foyer familial (50 %), suivi du désir de « vivre sa vie » (33 %). Seulement 12 % quittent pour aller travailler. Ces proportions changent cependant avec l’âge puisque 21 % des jeunes de 25 ans et plus s’en vont pour travailler (Gauthier et Garneau 1999). Ces jeunes expriment ainsi un désir d’autonomie et affirment leur individualité. Le départ est alors synonyme d’aventure, de liberté et de prise en charge de soi. Il donne la possibilité de créer un style de vie à son goût, dans un nouveau lieu qui souvent offre une vie culturelle plus « exotique » (LeBlanc et Noreau 1999).

Les transformations du monde du travail jouent sur les délais dans l’atteinte de l’autonomie financière

La difficulté et la lenteur d’insertion professionnelle stable freinent le passage des jeunes vers l’autonomie financière qui caractérise généralement l’entrée dans la vie adulte. L’emploi chez les jeunes est une réalité mouvante : les emplois à temps partiel, l’intermittence en emploi et les revenus à la baisse définissent la situation des jeunes de 15 à 24 ans sur le marché du travail (Gauthier 1999; Hébert et autres 1996). Les jeunes sont généralement plus sensibles aux fluctuations économiques et ils ont toujours eu un taux de chômage supérieur à celui des autres groupes d’âge. La nouveauté serait ici l’ampleur de la situation actuelle et sa récurrence, ce qui a comme résultat d’importantes fluctuations dans le rapport emploi-population chez les jeunes (Lemieux et Lanctôt 1999). Les données statistiques sur le chômage montrent des variations notables depuis une vingtaine d’années. À titre d’exemple, le taux de chômage des jeunes de 15 à 19 ans a été à son plus bas en 1988 (14 %) et à son plus haut en 1982 (28 %) et il se situe à 24 % en 1998; celui des 20 à 24 ans a été au plus faible en 1976 (13,4 %) et au plus fort en 1983 (21 %) et il s’établit à 14 % en 1998. Chez les jeunes hommes, le taux de chômage est généralement plus élevé comparativement à celui des jeunes femmes (Statistique Canada 1998).

Certains jeunes connaissent des conditions socioéconomiques difficiles

Plusieurs études mettent en évidence le contexte de précarité économique et d’appauvrissement des jeunes. Dans leur étude sur la pauvreté des jeunes, Gauthier et Mercier (1994) font remarquer la détérioration des conditions de vie économiques des jeunes depuis 1980 et fournissent quelques explications :

  1. la situation du marché du travail (crise économique, précarité et intermittence en emploi);

  2. la structure salariale (rémunération à la baisse dans les secteurs d’emploi où sont concentrés les jeunes);

  3. l’endettement personnel (prêts étudiants);

  4. l’affaiblissement des liens sociaux (rupture de couple ou avec la famille, nombre croissant de jeunes familles monoparentales, phénomène de migration et absence de réseau social);

  5. des comportements menant à l’exclusion (toxicomanie, « itinérance », abandon scolaire, etc.).

Dans son étude sur la précarisation de la situation résidentielle des jeunes québécois, Molgat (1996) souligne la hausse du nombre de jeunes de moins de 30 ans vivant en colocation, le nombre croissant de ménages de moins de 30 ans ayant un faible revenu (une hausse de 23 à 28 % de 1981 à 1991) et les difficultés croissantes d’accessibilité financière au logement (la partie du revenu consacré à se loger est de plus en plus élevée), particulièrement chez les jeunes ménages locataires et à faible revenu.

Pour sa part, l’étude de Lemieux et Lanctôt (1999) sur les jeunes assistés sociaux de moins de 30 ans indique une hausse de 179 % du nombre de prestataires pour la période 1975-1994, croissance plus forte chez les jeunes de 21 à 29 ans que chez ceux de 18 à 20 ans depuis 1990 et touchant particulièrement les jeunes seuls (ceux-ci représentent 56 % de l’ensemble des prestataires de moins de 30 ans), des hommes en majorité, et les femmes chefs de famille monoparentale. Depuis 1992, les taux de prestataires de la sécurité du revenu surpassent ceux de l’assurance-emploi dans les trois groupes d’âge, soit les 18 à 20 ans, les 21 à 24 ans et les 25 à 29 ans, ce qui serait dû aux compressions du programme de l’assurance-emploi.

Finalement, des données statistiques sur le revenu indiquent un revenu inférieur chez les moins de 34 ans par comparaison avec les groupes plus âgés (Statistique Canada plusieurs années) et un endettement d’études à la hausse, avec un prêt moyen à rembourser qui a augmenté de 75 % de 1987- 1988 à 1993-1994 ( Johnson 1996).

Les jeunes qui ont une formation dans les arts et les lettres ont plus de difficultés d’insertion sur le marché du travail

Les diplômés de la formation technique liée aux arts au collégial représentent toujours une plus faible proportion des diplômés ayant un emploi à plein temps lié à leur domaine d’études (Massé et Santerre 1998). Les pourcentages de personnes dont l’emploi est lié au domaine d’études sont les plus bas dans les secteurs universitaires de l’architecture et de l’urbanisme, des arts plastiques et des arts appliqués ainsi que des lettres et des langues. Le taux de chômage y est généralement plus élevé et le revenu hebdomadaire, plus bas. Quant aux bacheliers de ces quatre domaines, ils vivent les mêmes problèmes d’insertion professionnelle que leurs collègues des établissements d’enseignement collégial (Massé et Santerre 1998).

Les jeunes ont un mode de vie actif et un emploi du temps flexible

Qu’ils soient aux études ou qu’ils travaillent, les jeunes connaissent des horaires variés et variables. En fait, ils doivent constamment adapter leur emploi du temps d’un trimestre d’études à un autre ou d’un emploi à un autre. De plus, ils ont une très grande flexibilité dans l’organisation du temps, faisant preuve d’une grande capacité à modifier leur emploi du temps au besoin, de façon très spontanée dans le cas d’activités de loisir non structurées (Boily 2000).

En outre, le temps libre dont ils disposent est marqué par la diversité et l’intensité des pratiques de loisir de toutes sortes (Garon et autres 1997). Une étude menée auprès des jeunes de 18 à 24 ans montre qu’ils ont un emploi du temps chargé en semaine en fait d’activités obligées. En effet, il n’est pas rare que les jeunes soient très actifs durant la semaine pour des raisons multiples : le travail, les études, les responsabilités familiales avec de jeunes enfants, etc. Aussi privilégient-ils un emploi du temps moins rigide pendant les fins de semaine où dominent les activités sociales (Boily 2000).

En conclusion

Comme nous l’avons vu, l’établissement des limites d’âge présente des difficultés. Si, pour des raisons administratives ou des raisons pratiques, l’âge doit être balisé, la réalité sociale qu’il recoupe n’est pas nécessairement homogène. Parmi les explications de cet état de fait, il faut compter l’allongement plus ou moins important de la période d’études et les fluctuations dans l’insertion professionnelle. Pour être sérieuses, les études doivent considérer chaque année d’âge ou les regrouper en plus petites unités que cela ne se faisait antérieurement, la période de cinq ans ne devant pas être dépassée. Les agences gouvernementales, soit Statistique Canada et l'Institut de la statistique du Québec, ont maintenant adopté cette attitude qui permet d’observer avec une certaine précision une réalité qui doit tenir compte de l’âge. Sinon, les moyennes ne signifient plus rien.

Également, dans une perspective liée aux cycles de vie, le groupe des 15 à 29 ans nous oblige à considérer les particularités inhérentes à chacune des étapes de la vie auxquelles nous renvoie le groupe à l’étude qui concerne, dans ce cas, l’adolescence à une extrémité et la vie adulte à l’autre. Il n’en demeure pas moins que des indicateurs, comme ceux de l’âge, de la « décohabitation » d’avec la famille d’origine et de l’insertion résidentielle, de l’obtention d’un emploi à plein temps, de la stabilité du couple ou de l’arrivée d’un enfant, nous permettent de retracer des périodes charnières de changement qui peuvent nous guider dans cette optique particulière de la relation des jeunes à la culture.

Le mode de vie n’est pas sans influencer les pratiques culturelles

Ce profil des jeunes permet en effet de mettre en évidence certains faits qui peuvent influer sur leurs pratiques culturelles. On peut supposer que la prédominance du statut de célibataire jusque dans la trentaine, chez les hommes en particulier, a une influence sur l’occupation du temps libre et sur les pratiques culturelles. Ajoutons à ce fait un taux de scolarisation plus élevé qui ouvre de nouveaux horizons et multiplie les possibilités de choix. L’emploi pendant les études peut tout autant donner accès à des pratiques qui ne seraient pas possibles sans ce revenu qu’en freiner d’autres par la diminution du temps libre qui s’ensuit. La formation plus tardive de la famille laisse aussi plus de temps disponible pour les activités de loisir. La proportion des jeunes diminuant, il ne serait pas étonnant, de plus, de constater des variations dans certaines pratiques de loisir.

    1. Quelques traits de culture des jeunes

Il y a certes une « culture » propre à la jeunesse. Cette période a toujours été marquée par une certaine instabilité, tiraillée entre l’héritage des valeurs et des pratiques transmises par la famille, l’école et le milieu, et l’attrait de réalités et de valeurs nouvelles. C’est cette indétermination qui a, de tout temps, à la fois enthousiasmé et inquiété les générations aînées et qui a suscité de la curiosité en ce qui concerne cet âge de la vie. L’étonnement est plus ou moins intense selon les époques, mais il se reproduit chaque fois qu’une cohorte nouvelle s’affirme de façon quelque peu différente de la précédente (Levi et Schmitt 1996). L’observation montre aujourd’hui que les générations se succèdent si rapidement que, lorsqu’on a terminé une recherche, les conclusions en sont déjà dépassées : génération d’après-guerre, génération de la Révolution tranquille, baby-boomers et génération X. Un journaliste allemand parle de l’identité de la jeunesse actuelle comme d’une « identité bricolée », mais il affirme que ce bricolage « marche » (Semler 1999). Cette affirmation est-elle vraisemblable? Existe-t-il chez les jeunes contemporains des caractéristiques qui en feraient une génération différente des autres?

Les jeunes d’aujourd’hui se reconnaissent comme « sujets »

Les jeunes d’aujourd’hui sont au cœur d’un monde de subjectivité où il serait tentant d’affirmer que domine chez ce groupe la singularité. Après avoir connu, pour une majorité d’entre eux, une enfance vécue symboliquement comme « enfant-roi » (Gauthier et Bujold 1992), adolescents, ils se sont ensuite découverts sujets de droits, dont ceux qui sont décrits dans la Charte des droits de l’enfant et celle des droits de l’étudiant. Ces chartes sont l’émanation d’une réalité sociale qui leur était préexistante : la reconnaissance de la dignité de l’enfant et de l’adolescent. Ce ne sont plus des « êtres en devenir » ou des « petits d’hommes », comme les décrivaient les vieux manuels de pédagogie, soumis à l’autorité du père, de la lignée ou de leurs délégués. Désormais, ils sont dignes d’être respectés comme des êtres à part entière. L’univers du sujet n’est pas que celui du droit, mais les contraintes ne sont pas acceptées d’emblée comme une détermination ou une fatalité. La principale valeur du sujet, c’est l’authenticité. Charles Taylor fait de cette vertu un des objets principaux de son ouvrage Grandeur et misère de la modernité (1992) : « Cela s’inscrit, dit-il, dans le tournant subjectif global de la culture moderne : une force nouvelle d’intériorité nous amène à nous concevoir comme des êtres doués de profondeurs intimes », en d’autres termes, il nous faut être la mesure de nos propres choix.

La capacité de choix des jeunes est souvent identifiée à de l’individualisme

Les jeunes sont très souvent qualifiés d’individualistes parce qu’ils sont centrés sur des intérêts personnels (Giguère 1998), et eux-mêmes se considèrent comme individualistes à l’image du reste de la société, en faisant des choix et en proposant leur propre voie à suivre (Bréniel 1991). Toutefois, le contexte social et économique actuel contraint les jeunes à se pencher sur leur propre orientation et à compter avant tout sur eux-mêmes pour mener à bien leur projet de vie. Ils doivent faire leur place comme individu, aux prises avec des difficultés plus grandes que celles qu’a connues la génération précédente. Ils doivent plus que jamais agir à titre individuel. Cette individualité doit être comprise comme la capacité de faire des choix par soi-même, le désir d’être soi devant tous les autres et la possibilité d’inventer sa vie (Bernier 1998), dans un éventail de plus en plus grand de possibilités, sans toutefois que cela soit incompatible avec un engagement collectif.

La capacité de choisir des jeunes s’étend à l’univers des possibles dont le nombre ne cesse de croître et dans tous les domaines de la vie : univers de la consommation, orientation scolaire et professionnelle, occupation du temps libre, etc. Les dilemmes devant lesquels sont placés les jeunes d’aujourd’hui sont d’autant plus nombreux qu’il y a peu de domaines de la vie qui échappent à l’« obligation » de choisir. Par exemple, l’élève de dernière année au secondaire se trouve devant le marché des programmes d’études au collégial : plus de 150 ont été répertoriés par le Service régional d’admission du Montréal métropolitain en 1994. Faut-il s’étonner que tant de jeunes changent de programmes d’études au moins une fois au cours de leur première année au collégial? Cette « crise d’orientation » apparaît à présent comme l’expression du malaise qui caractérise la fin de l’adolescence par analogie avec la crise d’identité qui marque le début de cette période de la vie (Gauthier 1997).

La sociabilité avec les pairs est de première importance pour les jeunes contemporains

La sociabilité a sans doute toujours caractérisé la jeunesse. Et les jeunes de nos jours ne font pas exception. La maximisation du temps passé avec les pairs et la nécessité de profiter intensément du moment présent caractérisent à l’heure actuelle ce type de sociabilité (Gauthier 1990). Les jeunes expriment de multiples façons leur besoin de se retrouver avec d’autres du même âge : appartenance à un groupe, recherche de plaisir et importance accordée à l’amitié (Posterski et Bibby 1988). Cela se remarque plus particulièrement à la fin de l’adolescence (Bernier 1997a), mais avec l’allongement des études, cela se poursuit souvent jusqu’à la formation de la famille. Ces petits groupes d’amis participent à différents types de loisir dans le but premier de se rencontrer et de converser entre eux (Garon et autres 1997; Paré 1997b). Comparativement aux autres groupes d’âge, les jeunes de 15 à 24 ans passent trois fois plus de temps que leurs aînés avec leurs amis et deux fois moins avec les membres de leur famille (Pronovost et Henri 1996).

Même l’usage que les jeunes de 18 à 24 ans font des médias est marqué au sceau de la sociabilité. D’une part, l’écoute de la télévision serait un moment de partage avec des colocataires ou la famille contrairement au préjugé voulant qu’elle soit un facteur d’isolement social. D’autre part, le réseau Internet a une fonction sociale très importante par l’utilisation fréquente du courrier électronique dans le maintien des liens d’amitié (Boily 2000).

La recherche de plaisir intense en présence des pairs passe, entre autres, par les aventures et les sports comportant des risques, particulièrement chez les adolescents en quête d’identité et de reconnaissance sociale. Pensons notamment à l’engouement actuel pour les sports extrêmes et à l’offre croissante d’activités récréatives à forte sensation. Selon Houdayer (1999), l’esprit du risque caractériserait l’attitude des jeunes qui veulent ainsi se mesurer à eux-mêmes, aux autres et à la société. Le risque peut alors être perçu comme une sorte de rupture avec la société ou comme un espace social gratifié. Il prend dès lors une valeur symbolique de défi et de dépassement de soi.

Réussir sa vie sentimentale et avoir un emploi : deux sujets de préoccupation des jeunes

Un récent sondage mené par Sondagem-Le Devoir (Sansfaçon 1999) sur les priorités et les aspirations des Québécois révèle que les deux plus grandes préoccupations des jeunes de 18 à 24 ans sont la réussite de la vie sentimentale et l’emploi. C’est dans cette catégorie d’âge d’ailleurs que la question de l’emploi atteint le plus haut pourcentage de réponses, préoccupation qui reflète bien ce cycle de vie en particulier, selon le sociologue Simon Langlois interrogé par Le Devoir pour commenter ce sondage. Les jeunes conçoivent le travail comme un vecteur de l’entrée dans la vie adulte, comme une condition indispensable à la formation, à la réalisation et au maintien de projets. Si certains lui attribuent une valeur proprement instrumentale, comme simple moyen de gagner sa vie sans en tirer une source d’identité ni une valeur éthique, d’autres le conçoivent comme le pivot de leur vie et lui accordent une valeur essentielle, d’autant plus s’ils subissent des ratés dans leur insertion professionnelle (Hamel et Ellefsen 1999). La valeur éthique du travail, qui persiste chez ceux qui ont connu des difficultés d’insertion professionnelle au début de la vie active, ne serait pas tout à fait la même chez les plus jeunes qui auraient encore le loisir de se représenter le travail comme étant simplement instrumental (Hamel 1999a).

La participation à la vie de la société emprunte différentes voies

Il y a diverses manières de participer à la vie de la société, l’engagement politique en est une, tandis que la présence dans des associations et la participation à des manifestations publiques en sont d’autres. Les enquêtes et les sondages nous apprennent, les uns après les autres, que les jeunes s’engagent tout autant mais pas davantage que leurs aînés dans la vie politique active. En 1989, une étude de la Fondation canadienne de la jeunesse indiquait que 5 % des jeunes de 15 à 19 ans disaient « s’intéresser à la politique et y participer activement », alors que, au même moment, une enquête de Statistique Canada (1989) montrait qu’environ 5 % de la population âgée de 15 ans et plus avait été membre d’une organisation politique.

Les jeunes sont nombreux à appartenir à des associations : conseils scolaires ou étudiants de l’école secondaire à l’université et autres organismes liés à la vie de l’école où la moitié des jeunes de 12 à 17 ans s’engageraient (Cadrin-Pelletier 1992). Dans son répertoire jeunesse de 1996, le Conseil permanent de la jeunesse a relevé pas moins de 1 550 organismes de jeunes (Conseil permanent de la jeunesse 1996). Les jeunes seraient plus discrets que leurs aînés dans leurs manières de revendiquer, mais, lorsque l’enjeu est de taille et les concerne, ils n’hésiteront pas à se manifester.

La recherche d’une forme de qualité de vie renferme aussi, pour les jeunes contemporains, une dimension collective importante, en rapport plus précisément avec le respect de l’humain et de l’environnement, la paix dans le monde (Gauthier 1990; Pinard 1994), la justice et l’équité sociale entre les peuples, au point qu’ils seraient prêts à réviser à la baisse leurs aspirations matérielles et financières (Bréniel 1991). Cette conscience sociale reposerait sur un sentiment de responsabilité de chacun dans le maintien des grands principes de dignité et de liberté (Cadrin-Pelletier 1992).



Le contexte invite à l’ouverture sur le monde

Le contexte socio-démographique, les voyages et les médias offrent aux jeunes d’aujourd’hui la possibilité de s’ouvrir au monde. Leur entourage, en particulier dans les villes, est « pluri-culturel », et les voyages semblent exercer sur eux un attrait. Les jeunes de 15 à 24 ans ont effectué 8 % des voyages internationaux de l’ensemble des Canadiens en 1997 (Statistique Canada 1997). Ils ont été environ 13,9 % à effectuer des déplacements au Québec en 1996 (Statistique Canada 1996a). Cependant, les jeunes ne constituent pas le groupe qui voyage le plus, ce qu’ils laissent aux personnes de 35 à 44 ans. Ils se déplacent principalement pour visiter des amis ou des parents et, ensuite, pour des activités sportives et de loisir (Johnson 1996). Le tourisme leur est accessible grâce aux services offerts par Tourisme Jeunesse, les bureaux d’information touristique et le réseau des auberges de jeunesse partout au monde.

Pour les jeunes qui le souhaitent, il est possible, de plus, de vivre des expériences de séjour à l’étranger dans le cadre de stages de coopération internationale. Des programmes comme Québec sans frontières ou ceux qui sont proposés par les organismes Carrefour canadien international et Chantiers jeunesse permettent à des jeunes âgés de 16 à 35 ans de renforcer leur engagement communautaire dans une perspective de développement personnel et socioprofessionnel (Chantiers Jeunesse 1999) ou de vivre des expériences de sensibilisation et d’intégration à d’autres cultures par l’entremise de projets de développement (CCI 1998).

D’après certains responsables, ces expériences ont des effets positifs et significatifs sur la vie des jeunes participants. Sur le plan personnel, elles développent l’estime de soi, l’esprit d’initiative et les relations interculturelles, outre qu’elles influent sur le mode de vie et l’engagement social dans le bénévolat. Sur le plan professionnel, elles sont souvent déterminantes dans le choix de carrière et dans l’orientation des études en faisant découvrir aux jeunes de nouvelles perspectives ou en confirmant leur intérêt pour un domaine d’études. Une meilleure tolérance aux différences, une plus grande sensibilisation aux questions de racisme et de discrimination, une plus grande ouverture sur les autres cultures et un intérêt accru pour les questions internationales et communautaires constituent des acquis dans le cadre de stages en matière de coopération internationale au dire des jeunes qui y ont participé. Selon Bancel et Iehl (1998), l’expérience représenterait d’abord pour le jeune une aventure et une mise à l’épreuve de soi dans le risque.

La contribution de l’Office franco-québécois pour la jeunesse à la tenue de stages de travail et d’études touchant divers secteurs d’activité est un autre exemple de possibilités dont les jeunes tirent profit depuis la création des projets jeunesse, il y a 32 ans. Dans le domaine des arts et de la culture plus particulièrement, des jeunes, encore peu nombreux cependant, ont pu participer à des festivals et à des concours en France.

Les établissements d’enseignement proposent maintenant des programmes d’études internationales, favorisent des stages en cours d’études à l’étranger et offrent la possibilité d’apprendre d’autres langues en plus des deux langues officielles. Le recensement de Statistique Canada de 1996 indique ainsi que la connaissance des deux langues officielles atteint un taux de 49 % pour l’ensemble des jeunes de 15 à 29 ans. Le pourcentage augmente avec l’âge, étant plus élevé chez ceux de 25 à 29 ans que chez les 15 à 19 ans et atteignant son taux le plus fort dans le groupe des 30 à 34 ans.

Les médias sont pour les jeunes des portes ouvertes sur le monde

Les jeunes d’aujourd’hui peuvent être appelés la « génération des multimédias » (Drotner 1995). Ayant grandi au même rythme que le développement technologique, ils sont naturellement les expérimentateurs des nouveautés électroniques (Pronovost 1996b) et deviennent des consommateurs qui puisent à divers médias, notamment la télévision et Internet qui représentent des outils de communication donnant accès à de l’information en provenance de partout dans le monde, et ce, à partir du domicile, dans la vie de tous les jours. Cependant, ce sont des usagers sélectifs des médias, selon leurs centres d’intérêt et leur disponibilité (Boily 2000).

Les jeunes manifestent de l’intérêt pour l’actualité quotidienne nationale (avec un intérêt marqué pour l’actualité locale) et internationale par l’écoute des bulletins de nouvelles télévisés et par la lecture des quotidiens. Cela semble être un comportement généralisé chez les jeunes de 18 à 24 ans, qui s’intéressent davantage aux grandes manchettes quotidiennes qu’aux questions politiques et aux sujets de grande complexité (Boily 2000). Ils utilisent aussi Internet pour s’informer et se divertir. L’enquête du MCC (menée en 1999) montre que les jeunes de 15 à 29 ans, qui ont un ordinateur à domicile, sont abonnés à Internet selon un taux variant de 50 % (les 25 à 29 ans) à 62 % (les 20 à 24 ans), les 15 à 19 ans se situant entre les deux groupes (58 %). Ce sont les jeunes de 15 à 24 ans qui ont les taux d’abonnement les plus élevés parmi tous les groupes d’âge qui disposent d’un équipement personnel. On observe donc un phénomène de pénétration d’Internet plus élevé dans les foyers où vivent des jeunes (tableau A-9 de l’annexe).

La culture des jeunes est marquée par la capacité de faire des choix et l’importance du travail dans leur vie

Faudra-t-il s’étonner, au cours de l’examen des pratiques culturelles des jeunes et de l’occupation de leur temps libre, d’y trouver de multiples profils ? La capacité de faire des choix ne connaîtra de limites que dans les possibilités qu’offre le milieu et dans la force de résister aux consensus établis entre pairs, attitude qui caractérise cette étape du cycle de vie et peut enfermer certains jeunes dans des pratiques « jeunes ».

Si les formes d’engagement des jeunes contemporains sont moins spectaculaires que celles que l’on a pu voir chez d’autres générations, les jeunes ne sont pas moins nombreux que leurs aînés à s’intéresser à la politique et à s’engager personnellement dans des groupes de loisir, mais aussi dans des associations à visée sociale et humanitaire. Les jeunes sont avides d’expériences non seulement dans leur milieu immédiat, mais, pour une partie d’entre eux, ailleurs au Québec, au Canada et dans le monde. Tout les invite à l’ouverture sur le monde et ils y répondent par divers centres d’intérêt qui débordent le cadre des frontières.

Les jeunes sont conscients de la valeur du travail, et il n’y aura pas à s’étonner qu’ils consacrent beaucoup de temps à leur formation tout comme à un emploi salarié pendant leurs études, ce qui limitera d’autant celui qu’ils réservent au loisir.

    1. L’emploi du temps

Les études de budget-temps fournissent de bonnes indications sur la répartition de l’emploi du temps sur une base quotidienne. Ainsi, dans l’ensemble du groupe des 15 à 24 ans, les heures se rapportant aux activités productives (études, travail rémunéré et non rémunéré ainsi que tâches domestiques) occupent 31 % du temps total quotidien en comparaison de 25 % pour le temps libre et de 44 % pour les soins personnels (sommeil, alimentation, etc.) (Statistique Canada 1995).

Aux fins de notre étude, nous retenons principalement le temps réservé aux activités productives, qui inclut le temps professionnel, les études et les responsabilités familiales de même que le temps libre. Le premier se dit « temps contraint » par opposition à ce lui qui est consacré aux loisirs et constitue du « temps libre », structuré de façon plus personnelle.

      1. Les activités productives

Les exigences liées aux études augmentent avec la progression scolaire

Selon les données de l’enquête sociale de Statistique Canada menée en 1992, le temps professionnel (incluant les études) serait plus élevé chez les hommes et les femmes de 15 à 24 ans que chez ceux de 25 à 34 ans (Nobert 1996). En ce qui concerne la situation des jeunes aux études et en considérant exclusivement les heures allouées aux travaux scolaires, on observe une augmentation des heures parallèlement à la progression scolaire (Johnson 1996). La majorité des élèves du secondaire (77 %) consacrent moins de cinq heures par semaine à leurs travaux en dehors des heures de classe (Champoux et Giroux 1991), alors que chez les étudiants fréquentant l’université à temps plein, ce temps totalise 22,6 heures (excluant les heures de cours et de laboratoire évaluées à une moyenne hebdomadaire de 16,8 heures) (Sales et autres 1996). Ces chiffres montrent à quel point la situation d’un jeune aux études peut varier en fonction du degré scolaire. De plus, interfèrent aussi le travail rémunéré et les études menés de front.

Le régime travail-études : un phénomène loin d’être marginal

Plusieurs recherches mettent en évidence la hausse du taux d’activité des jeunes aux études, peu importe l’ordre d’enseignement, les élèves francophones étant plus nombreux à occuper un emploi que ceux des autres groupes linguistiques (Giroux, Landreville et Dupont, 1992). Le fait de travailler durant les études est devenu une pratique courante et croissante qui aurait pris de l’ampleur dans le groupe des plus jeunes.

Au secondaire, on note une augmentation du nombre d’élèves qui travaillent et du nombre d’heures qui y sont consacrées (Bisson 1992; Beauchesne et Dumas 1993), ce dernier résultat pouvant doubler de la première secondaire à la cinquième secondaire et touchant davantage les garçons que les filles (Beauchesne et Dumas 1993; Terrill et Ducharme 1994). En quelques années, le taux d’activité serait passé de 40 % (Beauchesne et Dumas 1993; Champoux et Giroux 1991) à 60 % (Roberge 1997), avec une semaine de travail variant de cinq à quinze heures pour 45 % des élèves (Terrill et Ducharme 1994 : 134).

Au collégial, le phénomène s’accentue avec un taux d’activité établi à 46 % en 1978 (Dumas, Rochais et Tremblay 1982) et bondissant de 52 à 70 % pendant la période de 1988 et 1993 (Roberge 1997). Selon une enquête menée en mars 1996, les jeunes inscrits à temps plein au collégial avaient un emploi les amenant à travailler en moyenne 14,7 heures par semaine (Lacroix et autres 1996).

À l’université, la moitié des étudiants inscrits à temps plein et à temps partiel occupent un emploi en 1994, totalisant un horaire travail-études de 48 heures en moyenne par semaine, ce qui équivaut à une hausse de 2,9 heures depuis seize ans (Sales et autres 1996). Encore là, le cumul travail-études progresse avec le degré scolaire et l’âge. En doublant le nombre d’heures consacrées aux études et au travail, l’étudiant âgé de 18 à 24 ans serait aussi occupé que son homologue déjà sur le marché du travail à temps plein (Statistique Canada 1995).

En résumé, on observe que le régime travail-études change selon le niveau d’études. À chaque échelon, correspondent des exigences scolaires différentes. Ainsi, c’est au secondaire que les jeunes consacrent le moins de temps aux études et c’est à l’université qu’ils exercent le moins souvent un travail rémunéré (Johnson 1996). Cependant, pris dans sa globalité, le temps professionnel (les études et le travail rémunéré) est plus élevé dans le groupe des jeunes de 18 à 24 ans que dans celui des 15 à 17 ans. Cela laisse entrevoir un emploi du temps chargé et des responsabilités accrues qui peuvent être déterminantes dans l’orientation des activités de loisir.

      1. Le temps libre

Plus on est jeune, plus on accorde de l’importance au temps de loisir

À l’intérieur de la structure de l’emploi du temps, les jeunes disposent d’un peu plus de temps libre que les personnes âgées de 25 à 54 ans (tableau 1). On peut présumer que l’expérimentation propre à cet âge de la vie évolue graduellement vers des choix d’activités sélectionnées en fonction des centres d’intérêt personnels mieux définis et d’un emploi du temps marqué davantage par des contraintes professionnelles et familiales. Selon Pronovost (1996c), les jeunes s’insèrent progressivement dans une organisation du temps semblable à celle des adultes. Ils doivent planifier davantage leur temps, devenir éventuellement eux-mêmes des bourreaux de travail et réduire le temps qu’ils consacrent à leurs activités de loisir.

Différentes mesures démontrant l’importance du temps de loisir chez les jeunes

Depuis 1986, l’Enquête sociale générale de Statistique Canada indique une hausse du temps de loisir au détriment du temps accordé aux soins personnels et au temps professionnel (tableau 1). Les enquêtes du MCC les plus récentes sur les pratiques culturelles des Québécois montrent une tendance inverse (graphique 1). En effet, les jeunes âgés de moins de 30 ans en 1999 disent consacrer moins d’heures aux activités de loisir que ceux du même âge en 1994. Si l’on compare les jeunes de 15 à 19 ans et ceux de 20 à 24 ans qui sont reconnus généralement pour avoir plus de temps libre, on note une diminution plus marquée chez ces derniers. Les écarts entre les résultats de ces deux enquêtes sont probablement d’ordre méthodologique3. Cependant, elles montrent toutes les deux que l’intensité avec laquelle les jeunes occupent leur temps libre est bien propre à ce groupe d’âge. En effet, le temps de loisir est plus important chez les moins de 25 ans et tend à diminuer progressivement jusqu’à l’âge de la retraite. En outre, les jeunes ont un taux élevé en matière de pratiques culturelles, et celles-ci sont diversifiées et régulières (Pronovost 1993; Garon et autres 1997). C’est au secondaire que les taux seraient les plus élevés, alors que 66 % des élèves ont une forme de pratique régulière (au moins cinq fois dans l’année) à la fois d’activités socioculturelles, physiques et sportives (Giroux 1994). Graduellement, les activités seraient moins diversifiées et moins encadrées avec l’avancée en âge.

Les jeunes hommes ont plus de temps libre que les jeunes femmes

Les jeunes femmes de 15 à 24 ans ont généralement moins de temps libre (5,8 heures par jour) que les jeunes hommes du même âge (7,4 heures par jour) et elles consacrent plus d’heures aux tâches domestiques que leurs homologues masculins (tableau 1). Si le modèle traditionnel de la division sexuelle des tâches domestiques semble persister de prime abord, il faut aussi tenir compte du fait que les jeunes femmes sont plus nombreuses à vivre en couple et assument plus vite les responsabilités d’un mode d’habitation autonome, alors que les jeunes hommes profitent des avantages de vivre plus longtemps dans la famille d’origine.

  1. L’occupation du temps libre

La présente section porte sur les pratiques, tant de loisir que culturelles, qui meublent le temps libre des jeunes. Les données statistiques proviennent principalement de deux sources d’information : les deux enquêtes de Statistique Canada de 1986 et de 1992 sur l’emploi du temps et les enquêtes du MCC de 1979, de 1983, de 1989, de 1994 et de 1999 sur les pratiques culturelles des Québécois.

    1. Les lieux et les partenaires des activités

Les sorties caractérisent les jeunes

Les jeunes âgés de 15 à 24 ans ont une grande préférence pour des activités de loisir menées à l’extérieur du domicile. Par comparaison avec l’ensemble de la population, le temps qu’ils passent à l’extérieur du domicile ou du lieu de travail (5 h 21) est une fois et demie supérieur à celui des jeunes de 25 à 34 ans (3 h 15) et le double de celui des gens qui ont atteint l’âge de la retraite (2 h 39) (Pronovost et Henri 1996). Or, ce goût plus prononcé pour des activités culturelles pratiquées à l’extérieur de la maison a fait un bond spectaculaire pendant la période 1986-1992, avec un taux de participation qui est passé de 58 à 90 % (Cloutier et Chalifour 1997). Il correspondrait davantage aux comportements de jeunes francophones, puisque Baillargeon (1994) note un repli de la population anglophone vers des pratiques domestiques, particulièrement de la part des adolescents et des jeunes adultes de 18 à 24 ans, lequel ne serait pas étranger à l’augmentation de l’usage du magnétoscope de l’ordre d’environ 140 % (Baillargeon 1994).

Des activités sociales propres à leur âge

Dans l’ensemble de la population, les jeunes de 15 à 24 ans suivent immédiatement les 65 ans et plus en ce qui concerne la pratique d’activités sociales. Ces dernières sont particulièrement populaires chez les adolescents qui, fait étonnant, même s’ils ont le taux le plus élevé de participation sportive, ressentent plus de plaisir à sortir avec quelqu’un qu’à pratiquer un sport (enquête menée en 1988 par la Fondation canadienne de la jeunesse et citée par Frenette, Gagnon et Vallée 1993).

Selon une typologie élaborée en fonction du genre de sorties faites, les jeunes de 15 à 24 ans sont qualifiés de modernes parce qu’ils préfèrent des sorties offrant des possibilités de rencontrer des gens et de festifs parce qu’ils sont de grands consommateurs de spectacles, que ce soit par l’assistance à des concerts ou la fréquentation de clubs, de boîtes de nuit ou de bars dans le but de baigner dans une ambiance musicale (Garon et autres 1997).

Une recherche de sociabilité dans des lieux propices aux rencontres avec des gens du même âge

La recherche de sociabilité est étroitement liée au cycle de vie des jeunes qui sont en quête de sens, ont besoin de créer des liens d’appartenance, veulent avoir du plaisir et accordent de l’importance à l’amitié ( Posterski et Bibby 1988). C’est auprès des pairs que les jeunes construisent leur identité personnelle et à ceux-ci qu’ils désirent être socialement intégrés. D’après Bibby et Posterski (1992), la valeur accordée à la vie relationnelle serait un trait distinctif des Québécois de 15 à 24 ans par rapport aux autres jeunes Canadiens. Cela signifie que le temps et la façon de s’engager dans les relations d’amitié sont jugés importants en vue de créer des liens de qualité et satisfaisants.

Dans les faits, le désir de se regrouper entre pairs et de partager des activités est manifeste. Le temps passé en compagnie d’amis (3 h 9) équivaut à trois fois celui que les autres groupes d’âge y consacrent et, à l’inverse, selon la même base de comparaison, le temps passé avec les membres de la famille (3 h 5) est deux fois moins élevé (Pronovost et Henri 1996). Par conséquent, les amis occupent autant de place dans la vie des jeunes, sinon davantage, que les membres de la famille avec lesquels ils partagent bien souvent le même toit, jusqu’à un âge de plus en plus tardif (Statistique Canada 1995).

Les choix de sorties sont souvent déterminés en fonction de lieux étroitement associés à la fréquentation d’un public jeune. L’enquête de Gaudry (1999) sur la fréquentation des bars-spectacles de la région de Québec montre que les moins de 30 ans constituent la majorité de la clientèle et que les jeunes de 18 à 23 ans représentent près du double des effectifs des 24 à 29 ans. Ces comportements de sorties sont dus à l’âge et sont caractéristiques du statut d’étudiant et de célibataire (Garon et autres 1997).

En ce qui concerne les adolescents, leur désir d’occuper leur propre espace et de se voir offrir des loisirs qui répondent à leurs besoins trouve probablement réponse dans des programmes comme Jeunesse 2000 où ils sont intégrés dans les prises de décision et la mise sur pied d’activités choisies par eux, dans un encadrement moins traditionnel (Gagnon et Balckburn 1995). Leurs besoins trouvent aussi écho dans les maisons de jeunes qui en attirent actuellement plus de 35 000 âgés de 12 à 18 ans dans le cadre d’activités ludiques, de création, d’éducation, de sensibilisation, d’échanges, etc. (Regroupement des maisons de jeunes du Québec 1998). Par ailleurs, ils sont aussi nombreux à fréquenter les centres sportifs qui sont des lieux de rencontre de jeunes et les arcades où ils peuvent s’adonner aux jeux électroniques (Côté 1997).

Les données précédentes illustrent bien une grande mobilité physique dans ce groupe d’âge et un mode de vie caractérisant la jeunesse actuelle. Cela n’est pas étranger, entre autres, au recul de l’entrée dans la vie adulte et de la formation du couple ainsi qu’au prolongement des études et de la cohabitation avec les parents, lesquels sont des facteurs qui viennent influer sur le mode de vie des jeunes adultes.

L’offre de produits culturels joue dans l’attrait des jeunes pour la ville

Une enquête sur la migration des jeunes du milieu rural ou des régions vers les centres de plus importante densité met en évidence la plus ou moins grande satisfaction des jeunes à l’égard des services culturels dans leur milieu d’origine. L’offre de produits culturels joue dans l’attrait des moins de 25 ans pour la grande ville (Gauthier et autres à paraître).

    1. Les choix d’activités pendant le temps libre

Depuis 1970 et surtout depuis 1980, on observe une plus grande participation de la population en général à des pratiques culturelles et, simultanément, une réduction de l’usage de la télévision, ce qui représente un renversement historique. En fait, c’est la première fois qu’une lente croissance du temps libre n’est pas suivie d’une consommation accrue du petit écran (Pronovost 1996b). Par ailleurs, on note un phénomène de cumul d’activités qui serait lié au taux de scolarisation plus élevé ainsi qu’un mouvement de diversification des pratiques culturelles, notamment dans le cas de la fréquentation des musées, dans les choix musicaux et dans les pratiques d’activités culturelles et scientifiques (Pronovost 1996b). De plus, il y aurait un engouement pour les activités physiques dans la population en général qui les mentionne en première place parmi les activités préférées de loisir. Cela s’exprime par une hausse du temps consacré à des pratiques sportives, au sein de toutes les catégories d’âge.

Si l’ensemble de la population est en train de modifier ses habitudes en matière de pratiques culturelles, il est intéressant de connaître les activités dans lesquelles se démarquent particulièrement les jeunes. Plusieurs travaux portant sur les pratiques culturelles mentionnent les activités dont les participants sont majoritairement des jeunes. On parle même de pratiques culturelles « modernes » qui sont imputables aux moins de 35 ans (Pronovost 1999). Nous allons répertorier ci-dessous les activités propres aux jeunes de même que relever leur participation à celles qui sont de nature plus culturelle et ainsi tenter de dégager les tendances perceptibles depuis les dernières décennies.

      1. Le sport

La pratique de l’activité physique est caractéristique de la jeunesse actuelle

Dans l’ensemble de la population, les jeunes sont les plus actifs en matière de pratique sportive et de conditionnement physique (Garon et autres 1997; Pronovost et Henri 1996; Paré 1997b; Statistique Canada 1997). Effectivement, la pratique régulière d’un sport, soit au moins une fois par semaine, est plus importante chez les jeunes que chez les autres groupes d’âge. Selon le type d’activité, le taux de participation peut augmenter ou se stabiliser jusqu’à l’âge de 25 ans, mais, à partir de 29 ans, les répondants réduisent de façon importante la pratique hebdomadaire d’activités sportives (graphique 2).

La valeur accordée à la mise en forme semble importante si l’on en juge par la fréquence de la pratique qui peut correspondre à trois fois par semaine, environ 30 minutes la séance (Bellerose, Lavallée et Camirand 1994). En outre, les jeunes sont plus nombreux à être membres d’un club sportif (25 %) et à faire du bénévolat sportif (9 %) que les autres groupes (Pronovost et Henri 1996).

Il semble donc que l’activité sportive accapare beaucoup le temps libre des jeunes, plus particulièrement chez les moins de 20 ans. D’après Paré (1997b), la régularité et la diversité de la pratique sportive chez ces jeunes en particulier relèvent probablement d’un apprentissage scolaire facilement transférable dans le cadre d’activités partagées entre amis. En 1999, les jeunes de 15 à 19 ans sont plus nombreux à pratiquer un sport d’équipe (65 %) que ceux de 20 à 24 ans (49 %) (MCC à paraître). Le nombre de jeunes pratiquant de quatre à six activités sportives peut atteindre 40 % et le haut niveau de scolarité des parents est favorable à une pratique diversifiée de même qu’à une plus grande variété d’équipement (Gagnon et Blackburn 1995).

Les jeunes sont toujours les plus actifs malgré une baisse graduelle de participation

En comparant les données du MCC depuis 1989, on s’aperçoit que ce sont toujours les plus jeunes qui sont les plus actifs et que les taux de participation baissent graduellement. Les comportements perdurent jusqu’à ce que le mode de vie, peut-on dire, subisse des changements et oblige à modifier certaines habitudes. La pratique sportive demeure populaire auprès des jeunes, mais elle connaît une baisse graduelle depuis 1989. Toutefois, parmi ceux qui affirment avoir fait du sport au moins une fois durant les douze derniers mois, cette diminution de la pratique est observable dans tous les groupes d’âge (graphique 3).

De nouvelles valeurs associées aux pratiques sportives

Outre la recherche de sociabilité et de mise en forme, les motifs qui incitent les jeunes à adopter des pratiques sportives sont le plaisir éprouvé, le soutien de l’entourage immédiat et l’occasion de se valoriser et d’évaluer ses capacités (Duranleau, Ferland et Côté-Brouillette 1998). Le sport représente donc un lieu de gratifications personnelles et sociales. Cependant, certains auteurs relèvent un attrait croissant chez les jeunes pour des activités libres et ludiques où importent le jeu du corps, la création personnelle et le défi, sources de gratifications mutuelles :

La forme de pratiques sportives qui prend aujourd’hui de l’importance trouve essentiellement sa justification dans l’intensité ludique, les sensations éprouvées et le partage des expériences vécues (Griffet et Roussel 1999 : 43).

La planche à roulettes (skateboard) illustre bien ce genre de nouvelle pratique ludique urbaine à laquelle les jeunes adhèrent pour se livrer à un jeu, échanger entre eux et s’approprier des lieux publics non traditionnels pour la pratique du sport (Pégard 1999).

La recherche de sensations fortes dans les sports risqués connaît aussi un engouement chez les jeunes. Pensons notamment à la zone de jeux extrêmes d’Expo-Québec où étaient offertes en 1999 des activités comme la chute libre, le viromax, le karting, la balançoire élastique et le mur des gladiateurs. Selon Houdayer (1999), les aventures et les sports risqués sont des façons de sortir des balises édifiées socialement et de se dépasser soi-même. De plus, ils sont associés à une image de marginalité qui est un facteur d’attraction additionnel chez certains jeunes.

Dans ces nouvelles formes de pratique sportive, on est loin de l’esprit de compétitivité et de rigueur qui caractérise les sports plus traditionnels. Ce genre de pratique s’oriente plutôt vers un mode axé sur la participation, moins rigide et plus libre. En outre, le sport est devenu cool en s’intégrant à la culture pop moderne (Mignon 1999). Cet auteur souligne combien il est de plus en plus fréquent de voir une pratique sportive associée à un style musical particulier et devenir un style de vie en soi. Il donne en exemple le surf qui a sa musique, son style de vie plutôt bohème et ses drogues. Plus près de nous, il suffit de penser à la place importante qu’occupe la musique très rythmée lors d’événements sportifs comme les coupes du monde de planche à neige et de vélo de montagne, pour ne mentionner que ceux-là. La musique est devenue partie prenante à l’univers du sport et crée des ambiances auxquelles les jeunes sont sensibles.

      1. L’écoute de la musique

L’écoute de la musique est une caractéristique culturelle des jeunes

Si l’écoute de la musique n’est pas exclusive aux jeunes, elle est typique de leur univers culturel, étant présente dans la plupart de leurs activités quotidiennes (Pronovost 1988). En 1999, l’écoute fréquente de la musique est propre aux jeunes de 15 à 29 ans, alors qu’elle est plus modérée chez les groupes plus âgés et qu’elle diminue avec l’âge (graphique 4). Source de plaisir, de divertissement et d’évasion, la musique constitue, entre autres, un moyen intense de sociabilité sans cérémonie (Pronovost 1992). Elle est le prétexte à de nombreuses activités de rencontre entre amis où la musique sur support d’écoute personnel (disque compact ou cassette) domine sur l’usage de la radio (Boily 2000).

L’écoute de la musique n’a pas la même intensité selon l’appartenance sexuelle et le groupe d’âge. Les jeunes hommes âgés de 20 à 34 ans sont un peu plus nombreux à déclarer écouter régulièrement de la musique que leurs homologues féminines, alors que chez les jeunes de 15 à 19 ans, ce sont les jeunes filles qui ont une écoute plus intense (graphique 5).

Les données récentes indiquent que les jeunes ont diminué l’intensité de l’écoute de la musique

Si le temps d’écoute de la musique chez les jeunes a connu une augmentation pendant une dizaine d’années (Pronovost 1999), la dernière enquête du MCC (menée en 1999) indique une diminution du nombre de jeunes de 15 à 29 ans qui écoutent régulièrement de la musique, même si ceux-ci demeurent les plus nombreux avec un taux variant de 91 à 93 %. Cette baisse touche d’ailleurs tous les groupes âgés de moins de 34 ans, alors que les personnes de 35 à 54 ans ont connu une hausse très légère (graphique 4).

Les jeunes se tournent résolument vers les nouvelles sources d’écoute de la musique

Comme le mentionne Pronovost (1999), en diversifiant leurs sources d’écoute, les jeunes ont influencé par le fait même les habitudes des autres générations. En comparant les achats de matériel sonore des cinq dernières années, on observe que les jeunes de 15 à 24 ans sont toujours de grands acheteurs de disques compacts et de cassettes vierges, mais que le nombre d’acheteurs a radicalement chuté pour l’achat de cassettes préenregistrées. En 1999, si les jeunes de 15 à 19 ans sont plus nombreux à acheter des cassettes vierges (51 %), ils ont rejoint en nombre ceux de 20 à 24 ans pour l’achat de disques compacts (84 %). La proportion d’acheteurs chez les 25 à 29 ans est sensiblement la même que chez les jeunes de 15 à 24 ans, à l’exception de l’achat des cassettes vierges où ils ont un taux deux fois moins élevé que les 15 à 19 ans. En fait, le nombre d’acheteurs de disques compacts a fait un bond important en 1999 dans toutes les catégories d’âge. Une grande majorité de la population se met donc à la fine pointe de la technologie (tableau A-1 de l’annexe).

Par ailleurs, les sources d’écoute de la musique des jeunes diffèrent de celles des autres groupes d’âge. Ainsi, à la radio AM, ils préfèrent les stations de radio FM dites jeunes qui offrent les chansons à la mode, ce qui leur permettrait d’écouter une plus grande variété de groupes musicaux et de chanteurs ou de diversifier les genres musicaux (Boily 2000). En outre, ils se servent beaucoup plus des chaînes de télévision spécialisées en musique, du baladeur et du réseau Internet. À cet égard, les jeunes de 15 à 24 ans se démarquent beaucoup de ceux de 25 à 29 ans (tableau A-2 de l’annexe).

Les plus jeunes adoptent davantage les nouvelles technologies et les offres les plus récentes. Par exemple, le baladeur est un mode d’écoute typique des jeunes qui se branchent sur la musique à toute heure de la journée, pour des motifs aussi variés que le besoin de combler le silence, de s’isoler des autres et du bruit environnant ou tout simplement parce qu’ils sont de grands fans de la musique (Boily 2000) Cependant, lorsqu’ils vieillissent, ils modifient leurs habitudes, favorisant l’écoute de disques compacts et réduisent leur consommation du produit musical télévisé et du baladeur. Certains supports d’écoute sont donc plus dépendants du facteur âge puisqu’ils perdent de la popularité avec l’âge, voire au début de la vingtaine (graphique 6).

La forte consommation de disques compacts en 1999 chez les moins de 29 ans fait en sorte que l’écoute de la musique par cassettes préenregistrées a été déclassée par celle des disques compacts, aussi importante que l’écoute de la radio. On peut en conclure que l’écoute musicale sur support personnel, qui permet de se composer un répertoire selon ses préférences, est aussi importante que celle qui est diffusée par la radio.

L’anglais comme langue d'écoute musicale exclusive se maintient, alors que l'écoute tant en français qu’en anglais augmente

L’anglais est la langue d’écoute qui domine chez les jeunes de 15 à 24 ans, particulièrement chez les adolescents qui cherchent à s’identifier à un style musical qui reflète leurs idées et leurs goûts et non ceux de leurs parents, plus grands consommateurs de musique francophone (Gaudry 1998). Le genre plus rythmé de la musique anglophone ainsi que l’offre proportionnellement plus grande sur le marché expliqueraient davantage les préférences des jeunes de 18 à 24 ans ( Boily 2000; Gaudry 1998). Par ailleurs, les données des enquêtes du MCC indiquent que les habitudes changent avec l’âge. À partir de 25 ans, l’écoute dans les deux langues en proportion égale devient plus élevée que celle en langue anglaise uniquement (tableau A-3 de l’annexe). Les comportements diffèrent quelque peu selon le genre. Les jeunes garçons ont une plus forte tendance à écouter de la musique en anglais seulement, alors que les filles sont un peu plus nombreuses à se tourner vers un palmarès musical dans les deux langues en parts égales et, dans une proportion légèrement supérieure, vers l’écoute exclusive de chansons en français.

Une comparaison entre les jeunes cohortes indique qu’en vieillissant les jeunes de 15 à 17 ans et de 18 à 24 ans accroissent l’écoute de la musique dans les deux langues (graphique 7). Les comportements des plus jeunes laissent croire que l’anglais est en train de perdre de son importance en faveur d’une ouverture plus grande pour des produits musicaux dans les deux langues. Ce nouveau comportement n’est probablement pas étranger à l’offre du marché, à la réglementation des quotas de radiodiffusion musicale en langue française et à une certaine ouverture dans le cas de produits de diverses origines (française, africaine, etc.).

Les plus jeunes sont plus sensibles aux nouveaux genres musicaux

On reconnaît que l’essor des nouvelles pratiques culturelles comme les styles de musique et les types de spectacles récents est imputable aux moins de 35 ans (Pronovost 1999). En fait, les nouveaux styles de musique rythmée, qui envahissent actuellement le marché, trouvent leurs adeptes dans une proportion plus forte chez les jeunes. On parle de genres tels que le grunge, le techno, le dance, le punk-rock, le house, le rap, le hip-hop, etc. Même si l’enquête du MCC ne peut rendre compte de toutes les subtilités dans les nouveaux genres musicaux actuels, on constate malgré tout que ce sont les moins de 25 ans qui ont le plus modifié leurs préférences en fait de styles musicaux. À titre d’exemple, en cinq ans, le dance, le disco, le house et le rave ainsi que le rock-pop ont connu d’importantes baisses au profit du rap et du hip-hop chez les moins de 20 ans (tableau 2). Il en va de leur âge que les jeunes soient avides de nouveautés et cherchent ainsi à se démarquer des groupes plus âgés. Cela n’est pas typique des jeunes des années 90. Par contre, la courte durée de popularité de certains genres musicaux ou de groupes de chanteurs, comme le phénomène grunge ou les New Kids on the Block, semble caractériser davantage les comportements des jeunes d’aujourd’hui, en particulier les adolescents, aussi rapides à se donner une idole qu’à s’en départir pour une autre, selon l’offre accélérée du marché.

Par ailleurs, des genres de musique, comme c’est le cas pour le rock classique et la musique populaire, perdurent auprès des groupes plus âgés, indiquant par là une longévité de certains styles modernes. Il est difficile de prédire pour l’instant lesquels des derniers genres à la mode actuellement traverseront le temps et les âges.

Une ouverture sur différents styles de musique se dessine dans la vingtaine

Si les jeunes sont à l’affût des nouveautés musicales, ils n’ont pas pour autant un horizon monolithique quant à leurs goûts musicaux. Certes, les moins de 25 ans ont une nette préférence pour les catégories rock-pop, new wave-heavy metal et rap–hip-hop. Cependant, les jeunes écoutent aussi d’autres styles musicaux, comme le jazz-blues et les chansonniers-auteurs-compositeursinterprètes, dans des proportions relativement comparables à celles des plus de 25 ans. Ces amateurs de musique demeureront fidèles à ces styles puisque l’intérêt se maintient dans le temps. Ce sont plutôt les genres les plus populaires chez les jeunes qui seront progressivement délaissés avec l’âge au profit de l’écoute de la musique classique, de la musique western et country ainsi que de la musique d’ambiance–semi-classique (tableau 2).

En somme, l’évolution des dernières années laisse entrevoir une popularité croissante des nouveaux styles de musique rythmée chez les plus jeunes et des préférences qui se maintiennent chez les jeunes adultes, quoique les choix tendent à se diversifier davantage, dénotant par là une certaine curiosité à explorer d’autres univers musicaux.



Source : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, fichiers 1994 et 1999; calculs effectués par l’Observatoire jeunes et société.

      1. Les sorties qui ont la préférence des jeunes

Les jeunes font des sorties qui comportent une forte dimension sociale

Par « sorties », on désigne toute activité qui a lieu à l’extérieur du domicile. Elles sont particulièrement populaires auprès de l’ensemble des jeunes de 15 à 29 ans parce qu’elles comportent une dimension sociale très forte. Le cinéma est la sortie qui attire le plus de jeunes. A priori, assister à la projection d’un film peut sembler un événement anodin et sans signification particulière, mais il faut y voir une sorte de rituel social où les jeunes peuvent rencontrer d’autres individus du même âge (Baillargeon 1998). Si cet engouement se manifeste chez les individus de tous âges et que cette popularité n’a cessé de croître depuis plusieurs années, les jeunes sont de toute évidence ceux qui fréquentent le plus les salles de cinéma. En 1999, 94 % des jeunes de 18 à 24 ans ont assisté au moins une fois durant l’année à une séance de cinéma en comparaison de 72 % dans l’ensemble de la population (tableau 3). Les jeunes donnent ensuite la préférence à d’autres endroits porteurs d’une forte sociabilité tels que les salles de danse ou les discothèques, les différents festivals, les bars ou les boîtes de nuit, où sont présentés des spectacles, et les spectacles de musique populaire. Tous ces lieux sont fréquentés en plus grande proportion par un public jeune.

Même si les autres types de sorties sont moins populaires auprès des jeunes, les données montrent que ces derniers ont souvent des taux d’assistance à certains événements culturels, touchant des disciplines artistiques variées, sensiblement comparables à ceux des autres groupes d’âge. Ces lieux de fréquentation sont le théâtre, les spectacles d’humour, l’opéra, l’opérette et les concerts de musique classique ainsi que la danse (tableau 3). Les écarts notés entre les taux de participation des moins de 35 ans et des plus âgés dans certains genres de spectacles associés à la culture savante, par opposition à la culture populaire, tels que l’opéra, l’opérette et les concerts de musique classique, ne doivent pas faire oublier que les jeunes sont malgré tout en contact avec différentes formes d’expression artistique allant du classique au moderne et que l’intérêt pour ce genre de sortie croît avec l’âge.

En comparant les données des enquêtes de 1989 et de 1999, on observe des baisses importantes de participation des jeunes à différents genres de spectacles, dont certains qu’ils affectionnent. Par exemple, les spectacles de musique populaire et l’assistance à des spectacles dans les bars ou les boîtes de nuit ont connu une chute de participation notable en 1999, qui a été particulièrement forte chez les moins de 24 ans. Les autres diminutions sont l’assistance à des spectacles d’humour, de théâtre ou de danse. En fait, cette baisse de participation à différents spectacles semble être compensée par une augmentation importante de l’assistance aux festivals et à des sorties au cinéma, engouement qui serait partagé par l’ensemble de la population, et de la fréquentation des salles de danse et des discothèques, dont la popularité est plus forte chez les jeunes.

Source : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, fichiers, 1989, 1994 et 1999; calculs effectués par l’Observatoire jeunes et société.

Les données qui précèdent illustrent les goûts des jeunes devant l’éventail des choix qui s’offrent à eux dans différents genres de sorties. L’assiduité avec laquelle ils fréquentent certains lieux démontre aussi une préférence notable pour des types de sorties caractéristiques des modes de vie à cet âge. Effectivement, parmi ceux qui sortent, la moyenne annuelle de sorties dans les salles de danse et les discothèques, les salles de cinéma, les bars et les boîtes de nuit, où sont offerts des spectacles, est nettement plus forte chez les jeunes que chez les personnes plus âgées (graphique 8).

Des motifs d’empêchement qui renvoient aux cycles de vie

La présence à divers événements culturels est étroitement liée à des considérations économiques. D’ailleurs, nous avons eu l’occasion de recueillir le témoignage de jeunes qui nous ont clairement indiqué que leur désir d’assister à des spectacles (par exemple la comédie musicale Notre-Dame de Paris) est freiné par le coût élevé des billets (Boily 2000). C’est probablement une des raisons pour lesquelles les fêtes, les festivals et les carnavals sont très populaires chez les jeunes, parce qu’ils offrent une programmation où plusieurs activités sont gratuites ou peuvent coûter moins de 10 $ (Hardy 1995). Bien sûr, cela n’est pas le cas des spectacles de musique à grand déploiement destiné à un public jeune. Cependant, il ne faut pas oublier que ces concerts représentent un événement en soi, auxquels les jeunes ne participent qu’occasionnellement durant une année.

Les données de l’enquête du MCC offrent de l’information sur les motifs qui empêchent les gens d’assister à des spectacles qui ne varient guère depuis quelques années. En 1999, les motifs les plus souvent mentionnés sont le manque de temps et d’argent, et ce, pour tous les groupes d’âge (graphique 9). Notons que ce sont les moins de 20 ans qui manquent surtout d’argent, alors que pour les plus de 25 ans le temps fait défaut. Véritables facteurs liés aux cycles de vie, ces motifs démontrent clairement que, avant l’insertion professionnelle, résidentielle et familiale, les jeunes disposent de passablement plus de temps pour leurs loisirs mais qu’ils ne sont pas alors suffisamment autonomes sur le plan financier pour faire toutes les sorties voulues.

L’évolution de la participation des jeunes à des spectacles laisse voir que les choix sont faits en fonction de l’âge et des goûts développés par les nouvelles générations. Le coût des billets fait en sorte que les jeunes s’offrent les spectacles qui les tentent le plus, en compagnie d’amis avec qui ils vont partager le plaisir d’y assister. Le choix des spectacles de musique, par exemple, est une extension des choix musicaux dans la vie de tous les jours. De plus, certains choix relèvent d’expériences en milieu scolaire, des centres d’intérêt développés par la pratique d’une activité en amateur ou d’un bagage culturel hérité des parents. Il convient de retenir que les jeunes assistent à plusieurs événements culturels et qu’ils ont des taux de fréquentation semblables ou supérieurs à ceux des autres groupes d’âge dans plusieurs genres de spectacles. Le fait d’être en présence de différentes disciplines ne peut qu'enrichir l’univers culturel des jeunes.

Marginalité et originalité : le mouvement rave en est la plus importante manifestation

Dans leur quête d’identité et de reconnaissance sociale, plusieurs jeunes choisissent d’exprimer leur marginalité. Les manifestations sociales sont nombreuses : la délinquance, la toxicomanie, l’« itinérance », etc. Celles que nous retenons aux fins de la présente étude sont des formes d’expression culturelle.

Le phénomène qui retient de prime abord notre attention est le mouvement rave. Les manifestations de ce type sont des fêtes de jeunes organisées dans des lieux choisis pour leur apport symbolique au rituel du rave (Fontaine et Fontana 1996). Au Québec, les soirées rave font accourir des milliers de participants dans des endroits aussi variés que Le Mont-Radar, dans la région de Québec, ou en plein air, dans la région de Mirabel (Parazelli 1999b et 1999c). Le profil de la clientèle se compose majoritairement d’adolescents et de jeunes adultes dans la vingtaine, mais des représentants de tous âges y participent (Lépine et Morissette 1999).

Selon ces auteurs, tout un cérémonial entoure la tenue d’une soirée rave (la date et le lieu ne sont connus que quelques heures à l’avance et réinventés lors de chaque événement). Un ensemble de représentations se rattachent à l’événement (l’évasion, la rupture avec le quotidien et les normes sociales, la fusion dans le clan et dans l’universel), faisant de celui-ci un rituel qui tient lieu d’éternité et de transcendance. Ces éléments peuvent rejoindre des jeunes qui seraient attirés par le côté mystique et spirituel, par la recherche du plaisir dans l’imaginaire (dimension hédoniste) ou par un désir de défonce (dans la drogue ou dans les transes de la danse) (Fontaine et Fontana 1996). Le mouvement rave aurait cette dimension de marginalité que n’offre pas celui du hip-hop, plus intégré socialement qu’on ne le pense (Robitaille 1999).

En réalité, la recherche de marginalité chez les jeunes ne date pas d’hier. Seules les formes d’expression changent. Le rave en est une très récente. D’aucunes nous sont devenues familières depuis quelques années, comme la planche à roulettes, le perçage et le tatouage. D’autres font partie du paysage urbain depuis des décennies déjà, comme les graffitis, porteurs de messages de changements sociaux. Selon Gauthier (1998), les graffitis québécois véhiculent des messages de plus en plus universels et de moins en moins nationalistes. De plus, bien des événements passent inaperçus comme les dimanches Tam-Tam sur le mont Royal à Montréal, les rassemblements improvisés à la place D’Youville à Québec, les festivals Rainbow ou le festival « Woodstock » à Saint-Éphrem de Beauce, qui rappellent les rassemblements en pleine campagne des années 70, et probablement plusieurs autres que nous n’avons pu répertorier. De manière différente, ces événements s’inscrivent dans des univers de marginalité au sein d’expériences permettant soit de s’affranchir de certaines normes sociales, soit de contester publiquement l’ordre établi par des façons d’être et d’exprimer sa résistance ainsi que par des mécanismes d’appropriation des espaces publics.

      1. Les pratiques en amateur

Les jeunes sont plus actifs dans le cas des pratiques en amateur

On sait qu’il existe un lien entre la pratique en amateur et la participation à la vie culturelle (Garon et autres 1997). Par exemple, s’initier au théâtre, à la peinture ou à l’écriture peut représenter l’occasion de découvrir un univers culturel propre à ces activités et d’y prendre goût au point d’intensifier ces pratiques en amateur ou à titre de « consommateur ». De plus, les préférences des amateurs ne se limitent pas à un champ d’intérêt restreint. Au contraire, selon différents profils, tout laisse croire que l’horizon culturel est encore plus large chez les amateurs que les non-amateurs (Garon et autres 1997). En ce qui concerne les jeunes, les enquêtes sur les pratiques culturelles révèlent qu’ils sont les plus actifs dans leurs pratiques en amateur, que ce soit dans le domaine des arts, de l’activité physique ou du loisir scientifique (Garon et autres 1997; Pronovost 1996b).

L’intérêt des jeunes se tourne en premier lieu vers tous les types d’activités physiques, qu’il s’agisse de jogging, d’entraînement physique, de sports d’équipe ou individuel ou encore d’activités de plein air. Ces différentes pratiques sportives sont également au premier rang des préférences de l’ensemble de la population, mais les plus jeunes sont nettement plus « sportifs » que les autres. Effectivement, le tableau 4 permet de constater que la pratique d’un sport est progressivement délaissée au fur et à mesure que les individus avancent en âge. Toutefois, comme dans l’ensemble de la population, plus de la moitié des moins de 30 ans qui pratiquent un sport le font sur une base régulière, c’est-à-dire plus d’une fois par semaine (tableau 5).

En deuxième lieu, la préférence va à des activités artistiques : les arts plastiques et l’artisanat, la pratique d’un instrument de musique, l’écriture et la photographie. Elles ont la faveur de 20 à 36 % des moins de 30 ans et, à l’exception de la photographie, intéressent avant tout les plus jeunes (tableau 4). Une majorité de ces derniers jouent d’un instrument de musique toutes les semaines, alors que les autres activités se pratiquent sur une base un peu moins régulière (tableau 5).

Enfin, les autres activités accomplies en amateur sont liées au loisir scientifique et culturel, et obtiennent des taux inférieurs à 20 % chez les moins de 30 ans (tableau 4). La tendance indique, dans certains cas, une baisse graduelle de ces pratiques avec l’âge. Il s’agit de l’informatique, souvent associée à des pratiques « jeunes » (Johnson 1996), des sciences physiques et de la chimie de même que des troupes amateurs. Dans les autres secteurs d’activité, la participation croît avec l’âge : le cinéma et la vidéo, la pratique en amateur des sciences naturelles, particulièrement la botanique et l’ horticulture (Gauthier et Gignac 1995), la danse sociale, l’histoire et la généalogie. Les jeunes se démarquent ainsi du reste de la population parce qu’ils se situent au confluent des changements de pratiques en général, en raison de l’âge, du contexte de vie et de l’emploi du temps.

Une baisse relative de participation dans les pratiques en amateur depuis les dix dernières années

Depuis 1989 (selon les données du MCC), plusieurs pratiques en amateur ont connu une diminution de participation chez les jeunes, même parmi les plus populaires telles que le jogging, les sports d’équipe, le fait de jouer d’un instrument de musique ou l’écriture (tableau 6). Les possibilités de réponses étant plus nombreuses dans l’enquête de 1999, on ne peut généraliser cette tendance à l’ensemble de la pratique en amateur. Pour les catégories permettant une comparaison, on constate cependant que cette baisse s’observe également à l’égard de plusieurs types de pratique chez les groupes plus âgés. Rappelons que les jeunes sont sur-représentés dans ce genre de pratique, ce qui indique un intérêt élevé pour cette forme d’activité. À part une diminution du taux de participation, l’évolution des pratiques en amateur des jeunes présente plutôt une certaine constance dans les choix qu’ils font.

      1. La fréquentation des établissements culturels

Des auteurs ont relevé la fréquentation importante des jeunes de 15 à 24 ans dans le cas des établissements culturels tels que les librairies, les bibliothèques municipales, les musées d’art, les autres musées et les centres d’archives (Pronovost 1999; Baillargeon 1998; Garon et autres 1997). Cette fréquentation est liée étroitement au milieu de vie, à l’existence des infrastructures et à des différences dans les modes de vie rural et urbain (Côté 1997; Roy 1997; Laplante et Desrosiers 1995). Nous allons maintenant analyser les tendances de fréquentation qui ressortent depuis 1979 et comparer la fréquentation des jeunes avec celle de l’ensemble de la population.

La bibliothèque est l’établissement culturel le plus fréquenté par les moins de 25 ans

La bibliothèque est indéniablement l’établissement culturel le plus populaire chez les jeunes, avec d’importants écarts de fréquentation par rapport aux autres groupes d’âge. Les jeunes de 15 à 17 ans sont les grands utilisateurs de bibliothèques tous genres confondus : scolaires, municipales, d’organismes ou d’entreprises, suivis des 18 à 24 ans. Les données indiquent que, depuis 1989, plus des deux tiers des jeunes de 15 à 24 ans les fréquentent comparativement à moins de 50 % chez les plus de 25 ans.

Depuis les dix dernières années, les jeunes de 15 à 17 ans ont graduellement diminué leur fréquentation des bibliothèques (passant de 84 à 73 %), alors que ceux de 18 à 24 ans ont connu un taux de participation important en 1994 (71 %) pour redescendre en 1999 à un taux moins élevé (65 %) mais qui demeure tout de même supérieur à celui de 1989 (58 %). Le graphique 10 montre que malgré ces variations les jeunes fréquentent toujours plus les bibliothèques en 1999 que les autres groupes d’âge. Mentionnons également qu’en règle générale ce sont les femmes qui fréquentent le plus les bibliothèques et, en 1999, l’écart entre les sexes est encore plus grand chez les jeunes (graphique 11).

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les magazines ou l’audiovisuel ne sont pas d’importants motifs de fréquentation de la bibliothèque chez les jeunes. En 1994, comme pour l’ensemble de la population, les principales raisons invoquées pour se rendre à la bibliothèque par les moins de 30 ans sont l’économie, des centres d’intérêt particuliers, les études ou le travail et le divertissement (tableau 7). Après 30 ans, la lecture de divertissement devient aussi importante que celle qui est liée aux études ou au travail et elle augmente sans cesse avec l’âge.

* Sur la base des personnes qui fréquentent très souvent ou souvent une bibliothèque pour l’une de ces raisons.

Source : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, fichier 1994; calculs effectués par l’Observatoire jeunes et société.

Les plus jeunes désertent la bibliothèque scolaire pour la bibliothèque municipale

Au regard des types de bibliothèques fréquentées, le milieu scolaire a perdu un bon nombre d’usagers en faveur des bibliothèques municipales, de sorte qu’en 1999 ces dernières sont devenues plus populaires, particulièrement chez les jeunes de 15 à 17 ans qui étaient de fréquents usagers des bibliothèques scolaires dix ans plus tôt (graphique 12). Cela n’est sûrement pas étranger aux compressions budgétaires que subissent les commissions scolaires depuis quelques années et, par conséquent, au peu de ressources dont disposent les écoles pour renouveler de façon appropriée leur inventaire de livres. Peut-on se surprendre alors qu’un jeune déserte de plus en plus la bibliothèque de son école?

Le développement du réseau des bibliothèques municipales a contribué à ce changement de comportement, en devenant accessible à 92 % de la population en 1997 et en faisant augmenter le nombre de prêts par personne à cinq livres (cinq fois plus qu’en 1962) (Morrier 1997). Encore là, la proximité de la bibliothèque municipale, la qualité des services, la diversité de choix et le prix d’un abonnement peuvent influer sur la décision des jeunes d’en poursuivre ou non la fréquentation (Boily 2000).

Malgré une baisse de fréquentation des bibliothèques durant les dernières années, il ne faut pas conclure rapidement à une baisse d’intérêt pour la lecture puisque les jeunes préfèrent de plus en plus acquérir des livres qu’ils peuvent conserver par la suite. Seule une analyse des taux de lecture de livres, de quotidiens et de revues ainsi que des indices comme la fréquence de lecture ou les moyennes de livres lus durant une année peuvent donner une interprétation juste des faits.

* Personnes qui ont fréquenté au moins une fois une bibliothèque durant les douze derniers mois précédant l’enquête.

Source : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, fichiers 1989, 1994 et 1999; calculs effectués par l’Observatoire jeunes et société.

La librairie : un attrait constant et croissant depuis vingt ans

Le goût des jeunes pour la lecture se manifeste, entre autres choses, par leurs visites fréquentes dans les librairies. En ce qui concerne les moins de 24 ans, les deux tiers environ y ont effectué au moins une visite en 1999 (graphique 13). Depuis 1979, ces taux de fréquentation sont constamment à la hausse, à l’exception de ceux des jeunes de 18 à 24 ans et de 25 à 34 ans qui ont diminué d’environ 8 points depuis 1994. En fait, la librairie connaît un engouement très fort dans tous les groupes d’âge, au point d’être l’établissement fréquenté par le plus grand nombre d’individus avec environ dix visites par année chez les plus de 18 ans (MCC à paraître). Si les jeunes de 15 à 17 ans sont aussi nombreux à fréquenter les librairies que les plus âgés, ils y effectuent cependant deux fois moins de visites.

De façon générale, l’augmentation de la clientèle de tous âges est probablement due aussi à l’ouverture de librairies à grande surface, qui sont des lieux propices à la détente et à la flânerie. De plus, on peut supposer que l’attrait grandissant des librairies chez les jeunes est lié à l’offre diversifiée d’objets autres que le livre (revues spécialisées sur toutes sortes de sujets, disques, cartes de vœux, etc.). Il n’en demeure pas moins que depuis cinq ans les jeunes de 24 ans et moins achètent plus de livres en librairie avec une moyenne de huit à dix livres par année (graphique 14).

Les sites historiques : une grande fréquentation des jeunes qui passe inaperçue

Si les jeunes ne sont pas les plus importants visiteurs de sites historiques, il n’en demeure pas moins qu’ils les fréquentent presque aussi souvent que les autres groupes d’âge. En 1999, les jeunes de 15 à 17 ans avaient un taux de fréquentation de 40 % et ceux de 18 à 24 ans, de 38 %. Parmi les visiteurs, la fréquentation annuelle était respectivement de 2,3 et de 4 visites. De plus, l’évolution du comportement des jeunes est semblable à celui de l’ensemble de la population depuis 1979. Le graphique 15 montre que depuis vingt ans, malgré une baisse de 1989 à 1994, la fréquentation tend à s’intensifier dans les groupes du même âge. L’année 1999 a été une « bonne année » pour les sites historiques puisqu’on note d’importantes hausses de fréquentation dans tous les groupes d’âge.

Les musées attirent un grand nombre de jeunes

Les musées d’art et les autres genres de musées reçoivent une clientèle importante de jeunes de moins de 25 ans (graphiques 16 et 17). L’année 1994 représente une année record de fréquentation des musées d’art pour les jeunes de 18 à 24 ans, avec un taux de 35 % les plaçant au premier rang, alors que celui de l’ensemble de la population est de 27 %. Cinq ans plus tard, leur taux de fréquentation est en baisse de 3 points. La diminution est beaucoup plus forte chez les jeunes de 15 à 17 ans qui deviennent ainsi la clientèle la moins importante (27 %), alors que le taux de l’ensemble de la population est de 31 %. Dans la population en général, la seule diminution est attribuable aux jeunes de 15 à 24 ans, alors que ceux de 25 à 34 ans maintiennent leur fréquentation et que les 35 ans et plus connaissent un essor important, analogue à celui des plus jeunes quelques années plus tôt. Malgré une baisse de fréquentation, les jeunes de 18 à 24 ans se classent au deuxième rang (32 %), soit au-dessus de la moyenne de la population.

En ce qui concerne les autres musées, seuls les jeunes de 18 à 24 ans ont connu une baisse de fréquentation en 1999, mais ils maintiennent quand même le taux le plus élevé avec ceux de 15 à 17 ans et de 35 à 44 ans (environ 25 %). En comparant les taux de fréquentation des musées d’art et ceux des autres musées, on constate que les jeunes de 15 à 17 ans ont des taux de fréquentation semblables dans les deux catégories de musées, alors que ceux du groupe des 18 à 24 ans sont plus attirés par les musées d’art.

À la lumière de ces données, le constat qui s’impose est celui d’une fréquentation des musées plus importante chez les jeunes adultes. Cela revêt un intérêt certain si l’on considère que la fréquentation des plus jeunes est imputable en partie, peut-être en totalité, à des sorties scolaires dans le cadre d’activités éducatives, alors que celle des jeunes de 18 à 24 ans repose davantage sur une intention personnelle. Cela démontre aussi un attrait soutenu pour certains lieux d’expression de la culture, en évolution depuis quelques décennies. En effet, malgré les variations importantes de 1989 à 1999, les jeunes générations d’aujourd’hui ont des habitudes de fréquentation des musées de tous genres supérieures à celles d’il y a vingt ans, sauf dans le cas des jeunes de 15 à 17 où l’on observe une diminution des visites d’autres musées en comparaison avec 1983. Comment comprendre le changement de comportement de ces derniers? Un facteur d’explication possible résiderait dans les taux de fréquentation élevés de 1983 et de 1989, probablement le fruit d’une intensification des sorties scolaires dans les musées, et dans l’adoption, lorsqu’ils vieillissent, d’un comportement pratiquement semblable à celui du reste de la population.

L’intérêt croissant des jeunes à l’égard des musées de toutes sortes est étroitement lié au taux de scolarisation de plus en plus élevé (Garon et autres 1997). On peut aussi avancer que le milieu scolaire a été un promoteur de l’éveil des jeunes à l’univers muséal dans le cadre de sorties éducatives, qui ont comme fonction d’ouvrir les horizons et de donner un accès privilégié à des lieux de culture. La sensibilisation à un jeune âge augmente assurément les chances de développer des centres d’intérêt et de les conserver ultérieurement.

D’autres lieux visités par les jeunes

Moins d’un jeune sur cinq seulement fréquente les autres types d’établissements culturels (tableau 8). Même si les jeunes de 15 à 17 ans (13 %) et de 18 à 24 ans (17 %) sont proportionnellement un peu moins nombreux à visiter les galeries d’art que leurs aînés (plus de 19 %), les jeunes usagers s’y rendent aussi souvent que l’ensemble de la population avec en moyenne 5,5 et 4 visites par année en 1999. On sait que les visiteurs s’intéressent aux œuvres exposées dans ces lieux sans nécessairement être des acheteurs (Garon et autres 1997). En 1994, seulement 10 % des jeunes de 15 à 24 ans se sont procuré une œuvre d’art ou de métier d’art dans une galerie ou dans un autre endroit (Garon et autres 1997). Malgré ces modestes achats, on doit considérer les jeunes comme un public qui s’intéresse tout autant aux œuvres d’art que les autres groupes d’âge.

Les salons du livre et des métiers d’art ont été plus populaires durant les années 80 qu’aujourd’hui. Depuis 1994, la proportion de jeunes visiteurs, tout comme dans l’ensemble de la population, s’est stabilisée. En 1999, ils sont légèrement moins nombreux que les autres, mais ils y effectuent sensiblement le même nombre de visites annuelles (tableau 8).

Enfin, les centres d’archives intéressent un petit nombre d’individus qui se rendent dans ces établissements pour y effectuer des études et des recherches en matière d’histoire ou de généalogie. Étant potentiellement aux études, les jeunes de 15 à 17 ans (11 %) et de 18 à 24 ans (12 %) représentent, toutes proportions gardées, une clientèle un peu plus importante que l’ensemble de la population (9 %). La fréquence des visites dans ces lieux de documentation augmente avec l’âge, ce qui est sans doute lié à l’intérêt croissant des groupes plus âgés pour la généalogie.

      1. La lecture

La lecture : une activité de loisir populaire auprès des jeunes

La lecture est une activité de loisir pratiquée par une majorité de jeunes. En 1999, peu de répondants de moins de 30 ans disent ne jamais lire un quotidien, une revue ou un livre (tableau 9) et ceux-ci sont proportionnellement moins nombreux que leurs aînés. Cependant, parmi les lecteurs, l’intensité avec laquelle les individus s’adonnent à la lecture varie selon l’âge du lecteur et le support de lecture.

Chez les lecteurs réguliers (assez souvent et très souvent), les jeunes de moins de 30 ans lisent en plus grande proportion les quotidiens (66 %). La lecture de revues (59 %) et celle de livres (53 %) viennent ensuite. Cet ordre de préférence est le même pour les 30 ans et plus, mais, comparativement aux jeunes, ils sont plus nombreux à lire régulièrement les quotidiens (72 %) et affichent des taux de lecture plus faibles pour les revues (55 %) et les livres (52 %). En examinant chaque support de lecture, nous sommes en mesure de constater les différences selon le groupe d’âge. De plus, il importe d’établir un découpage plus fin des catégories d’âge en vue de déterminer les moments de changements dans les comportements des lecteurs.

La lecture des journaux croît avec l’âge

Plusieurs personnes ont le sentiment que les jeunes ne lisent pas les journaux. En fait, il serait plus juste d’affirmer qu’il s’agit d’une pratique qui croît avec l’âge. Effectivement, en 1999, à partir de 18 ans, on observe que les taux de lecture augmentent à un point tel que le journal déclasse la revue en fait de préférence chez les plus jeunes et que l’écart va continuellement en grandissant à mesure que la population vieillit (tableau 10). Avec une diminution importante de son lectorat depuis quelques années, qui s’étend à tous les groupes à l’exception des 55 ans et plus, la presse quotidienne semble vivre des périodes plus difficiles.

Des lecteurs de journaux désireux de s’informer des grandes manchettes quotidiennes

Le statut de la pratique repose souvent sur des occasions présentes dans la vie de tous les jours, par l’accès à des journaux en milieu de travail, chez des amis, dans des restaurants, grâce à l’abonnement des parents ou d’un colocataire, etc. En fait, les jeunes n’ont pas un comportement d’acheteur en général et, dans le cas d’un abonnement personnel à un journal, l’âge et la scolarité de l’individu sont des facteurs déterminants (Boily 2000). Les jeunes de 18 à 24 ans manifestent de l’intérêt particulièrement pour l’actualité quotidienne, les faits divers, les arts et spectacles ainsi que les sports. Ils puisent parfois à diverses sources afin de combler des besoins d’information de nature diverse, incluant la recherche d’un emploi, les petites annonces, l’horoscope ou l’économie (Boily 2000). De plus, l’intérêt pour la lecture d’un journal culturel est prononcé si l’on considère que la majorité des lecteurs de Voir, pour la région de Québec, ont de 18 à 34 ans (52 %).

L’évolution des comportements des jeunes lecteurs réguliers de journaux s’apparente aux tendances perçues chez les lecteurs de livres et de revues et décrites plus loin : dans l’ensemble de la population, exception faite des 55 ans et plus, l’année 1994 représente une année exceptionnelle suivie d’une baisse en 1999.

Les revues sont toujours populaires auprès des jeunes

Les revues ont un pouvoir d’attraction très grand chez les groupes de jeunes, particulièrement auprès des 15 à 17 ans où elles devancent en nombre de lecteurs les autres genres de lecture (journaux et livres). Elles profitent également d’un important public dans tous les groupes d’âge. Par le passé, les jeunes de 15 à 17 ans se démarquaient nettement des autres groupes, mais depuis quelques années ils partagent des comportements similaires avec ceux de 18 à 24 ans. Le profil constant qui se dégage des habitudes de lire des revues dans l’ensemble de la population indique une diminution de lecteurs avec l’âge (tableau 11).

De forme attrayante et esthétique, les revues offrent des sujets variés et des articles synthétisés qui répondent aux goûts et aux préoccupations personnelles et immédiates de la plupart des jeunes. Ceux-ci semblent s’intéresser particulièrement aux rubriques pratiques (la mode, la décoration, les recettes, les conseils divers, etc.), aux reportages de voyages, à l’actualité ou encore à des revues portant sur des sujets comme l’art, la musique, les artistes, les sciences, l’informatique, les sports motorisés, les faits vécus. Ils en achètent, s’y abonnent, en reçoivent en cadeau, mais ils profitent aussi beaucoup des nombreuses occasions d’échange de revues avec les amis, la famille ou les colocataires ou bien ils tirent avantage des abonnements en milieu de travail. En réalité, des considérations économiques freinent souvent leur consommation (Boily 2000).

Les taux de lecture de revues sont en baisse depuis 1994, et ce, dans tous les groupes d’âge. Fait surprenant quand on connaît la popularité qu’ont les revues chez les plus jeunes, les diminutions les plus fortes apparaissent chez les personnes de 34 ans et moins, ce qui ramène les taux à un niveau plus bas que ceux de 1979 (tableau 11).

La relation au livre fluctue avec les années, mais la lecture de livres demeure une activité qui attire plus de la moitié des jeunes

Selon les données les plus récentes, plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans lisent régulièrement des livres, soit un peu plus que les 25 à 34 ans et un peu moins que les 45 à 54 ans. Par comparaison avec 1994, cela représente une baisse notable des taux de lecteurs réguliers d’un peu plus de 10 points chez les jeunes de 15 à 24 ans, aussi forte chez ceux de 25 à 34 ans et de moindre importance chez les 35 à 54 ans. L’écart qui a déjà été considérable entre les lecteurs de 15 à 17 ans et ceux de 18 à 24 ans en 1983 et en 1989 a pratiquement disparu aujourd’hui (tableau 12).

Une baisse du nombre de livres lus est aussi observable chez l’ensemble des jeunes lecteurs, particulièrement chez les jeunes filles de 15 à 24 ans qui ont réduit substantiellement le nombre de livres qu’elles pouvaient lire en moyenne par année (de 25 à 18 livres). La seule hausse notable chez les moins de 29 ans au cours des cinq dernières années revient aux jeunes hommes de 20 à 24 ans qui ont lu plus de livres (de 15 à 22 livres), devenant ainsi de plus gros lecteurs que leurs homologues féminines (tableau 13).

En règle générale, le lectorat est très féminin, et cela s’observe déjà chez les filles du secondaire qui ont un intérêt plus grand que les garçons pour la lecture et qui lisent plus de livres (Sarrasin 1994). D’ailleurs, le MCC établit comme suit le profil du lecteur de livres : c’est majoritairement une femme âgée de 15 à 24 ans, de scolarité élevée, généralement célibataire, qui a un emploi ou est aux études (Garon et autres 1997).

En comparant les taux de lecteurs réguliers des jeunes de même âge depuis vingt ans, on remarque des hausses et des baisses chez l’ensemble des jeunes au fil des ans (tableau 12). Ainsi, l’enquête du MCC de 1994 révèle une croissance du nombre de lecteurs chez les jeunes, particulièrement chez les 18 à 24 ans qui avaient connu des taux de lecture très bas en 1983 et en 1989. L’explication donnée à ce moment-là était l’importance de la culture orale et de la grande place de l’audiovisuel (Pronovost 1992). Dès lors, plusieurs facteurs sont retenus ici pour expliquer cette hausse du goût de la lecture chez les jeunes. Le développement du réseau des bibliothèques (Morrier 1997), la réforme du programme d’apprentissage du français des années 80 mettant l’accent sur la langue écrite et les activités d’animation de lecture des bibliothèques municipales (Baillargeon 1999a) auraient contribué à augmenter l’intérêt pour la lecture. De plus, la production de la littérature jeunesse québécoise qui véhicule de nouvelles valeurs au même rythme qu’évolue la figure de l’adolescent vers un statut d’adulte (Fradette 1999) aurait produit le même effet. Enfin, le niveau de scolarité de plus en plus élevé (Garon et autres 1997) et l’autorité des milieux familial et scolaire (MCC à paraître) ont une influence certaine sur les comportements des lecteurs.

Les menus de lecture varient selon le sexe

Classés dans la catégorie du lecteur classique en raison de leur moyenne élevée de lecture de livres (Garon et autres 1997), les jeunes de 15 à 24 ans ont des menus de lecture quelque peu différents selon le sexe. D’après Baillargeon (1999a), les genres littéraires sont un peu plus présents dans les choix des jeunes filles. De plus, celles-ci ont un plus fort penchant pour des ouvrages de psychologie, de sciences sociales, de sciences et de technologie. Par contre, poursuit l’auteur, les livres d’histoire et de religion ainsi que les biographies ne suscitent guère l’intérêt des jeunes en général. À son avis, les choix de lecture s’expliqueraient par la valorisation de la performance technologique, du moi et de l’immédiateté, sans oublier l’effet de l’âge. En outre, les jeunes sont davantage attirés, dans le cas des ouvrages de littérature générale, par des auteurs étrangers qui sont traduits, à l’exception d’ouvrages plus spécialisés, comme les sciences et la technologie, qui semblent exiger la médiation d’auteurs québécois pour une meilleure compréhension du contenu. Selon lui, une des grandes caractéristiques des jeunes lecteurs d’aujourd’hui est l’exploration de différents genres, quelle qu’en soit la provenance. Ils ont ainsi des préférences moins marquées que leurs aînés.

En somme, si les taux de pratique ont baissé depuis quelques années chez les individus de tous âges, il ressort que la lecture est une activité de loisir populaire auprès des jeunes. Les variations dans le cas des différents genres d’imprimés selon les groupes d’âge dévoilent des préférences sensibles aux cycles de vie. Les moins de 25 ans se rangent parmi les plus grands lecteurs de revues et de livres sans pour autant délaisser les quotidiens qui feront de plus en plus partie de leurs habitudes de lecture en vieillissant.

      1. L’usage des médias électroniques

Comme les imprimés, les médias électroniques sont des outils de diffusion de masse de la culture. Nous nous pencherons, dans cette section, sur l’usage que font les jeunes de la télévision et du réseau Internet, ayant déjà abordé celui de la radio au point 2.2.2 sur l’écoute de la musique.

La télévision constitue une activité de sociabilité et de loisir parmi tant d’autres

La télévision constitue une source de divertissement et d’information chez les jeunes, particulièrement les 15 à 17 ans, qui sont également les plus gros consommateurs en fait d’écoute quotidienne. Selon l’enquête menée par le MCC en 1994, les jeunes de 15 à 19 ans étaient ceux qui écoutaient le plus la télévision en passant en moyenne 3,1 heures devant le petit écran chaque jour. Les jeunes hommes (3,5 h par jour) de cet âge étaient encore plus friands de la télévision que les jeunes femmes (2,7 h par jour). Quant aux jeunes de 20 à 24 ans, ils adoptaient des habitudes qui se rapprochaient de celles de leurs aînés avec 2,3 heures d’écoute quotidienne (tableau 14). En réduisant leur temps d’écoute à 2,9 heures par jour en 1999, les jeunes de 15 à 19 ans ne sont plus les téléspectateurs les plus assidus qu’ils étaient cinq ans plus tôt, cédant ainsi leur place aux plus de 55 ans. Si l’on se fie à la perception qu’ont les individus de leur temps d’écoute, l’usage de la télévision tendrait à s’uniformiser à partir de 20 ans.

L’écoute de la télévision diminuerait avec l’ordre d’enseignement chez les élèves. Des études récentes affirment que la moyenne d’écoute hebdomadaire est très réduite, pouvant descendre à 6,2 heures par semaine chez les jeunes du collégial (Lacroix et autres 1996) et à 5 heures chez ceux qui poursuivent des études universitaires (Sales et autres 1996).

Quel que soit le temps d’écoute consacré à la télévision, il semble que plus on est jeune, plus la fonction divertissante de celle-ci domine. Des entrevues menées auprès des jeunes de 18 à 24 ans montrent que la télévision devient une forme de divertissement parmi tant d’autres dans leur univers culturel empreint de la multiplicité des choix et de la diversité des pratiques culturelles. De plus, la présence du câble n’entraîne pas nécessairement une hausse du temps d’écoute (Boily 2000). Les résultats de cette étude indiquent, entre autres choses, que la consommation se concentre durant la semaine principalement, que la fréquence d’écoute varie beaucoup d’un individu à un autre, que l’écoute se fait rarement en solitaire et qu’elle constitue une activité de sociabilité étroitement associée aux centres d’intérêt et à la disponibilité des jeunes qui, par ailleurs, donnent souvent la priorité à d’autres activités de loisir en présence d’amis. Dans leur cas, le mode de vie actif favorise moins la fidélisation, et l’écoute en différé au moyen du magnétoscope est très rare, contrairement à ce que l’on croit. En réalité, le magnétoscope répond surtout au goût de ces jeunes pour le cinéma et pour des activités de groupe.

Le genre d’émissions écoutées varie en fonction de l’âge et du sexe

Les données de l’enquête du MCC de 1999 montrent que les genres d’émissions les plus écoutées chez les jeunes sont les mêmes que dans l’ensemble de la population : les nouvelles et les affaires publiques, les films et les émissions d’humour (tableau 15). L’ordre de préférence varie selon le groupe d’âge puisque l’intérêt pour les bulletins de nouvelles croît avec l’âge, alors qu’il baisse pour les autres genres d’émissions.

Comme pour l’ensemble de la population, de grandes préférences pour les émissions ressortent selon le sexe, pour l’ensemble des jeunes de 15 à 29 ans : les jeunes femmes affectionnent, dans l’ordre, les téléromans, les mini-séries, les magazines, les émissions de variétés et les émissions de théâtre et de danse, alors que les jeunes hommes aiment particulièrement les émissions sportives, d’humour, de nouvelles et d’affaires publiques. D’autres différences existent, mais les écarts sont moins prononcés ou s’adressent à des catégories plus restreintes. À titre d’exemple, les garçons de 15 à 19 ans se démarquent dans l’écoute des films.

Les choix des téléspectateurs sont étroitement liés aux goûts personnels et à l’âge, mais ils dépendent aussi de la programmation qui est offerte au grand public. D’autre part, cela nous rappelle encore une fois qu’il existe des différences dans les univers culturels qui s’expriment à travers des comportements sexués, malgré une apparence d’homogénéité dans les pratiques culturelles des jeunes, et que l’on retrouve par ailleurs tout au long des cycles de vie.

Le réseau Internet est aussi un outil de lecture qui a une fonction sociale importante

Selon les données de l’enquête du MCC de 1999, de 60 à 68 % des jeunes âgés de 15 à 29 ans ont un micro-ordinateur dans leur foyer. Comme nous l’avons mentionné dans le premier chapitre du présent rapport, la proportion de ces jeunes qui ont accès au réseau Internet à partir de leur domicile atteint près de 40 % chez les 15 à 24 ans et environ 30 % chez les 25 à 29 ans. Ce sont les plus grands navigateurs, avec une moyenne de huit à neuf heures d’utilisation par semaine, le double du temps chez les jeunes hommes par rapport aux jeunes femmes du même groupe d’âge (graphique 18).

La navigation dans Internet est un exercice de lecture en soi

Cette activité est un exercice de lecture en soi, dont on tient rarement compte dans les données qui cherchent à mesurer le comportement des jeunes à l’égard de la lecture. Associée à un support visuel, cette forme de lecture en constitue un nouveau mode qui rejoint la culture audiovisuelle et médiatique des jeunes d’aujourd’hui (Weil 1998).

Une enquête menée au printemps 1998 auprès de 2 500 individus âgés de 16 ans et plus estime à 32 % le nombre de jeunes âgés de 16 à 24 ans qui utilisent Internet sur une base régulière (au moins une fois par semaine). Selon cette étude, la connaissance de la langue anglaise, un niveau de scolarité élevé, un revenu familial de 60 000 $ et plus et le fait d’être aux études ou d’occuper un emploi sont des facteurs liés étroitement à une plus grande utilisation du réseau Internet (Noël, Poussart et Lacroix 1998).

Des entrevues menées auprès de jeunes âgés de 18 à 24 ans montrent que ceux-ci se considèrent comme de faibles utilisateurs, même s’ils ont une forte opinion du média comme source d’information et de communication (Boily 2000). Dans ce groupe d’âge, l’usage du réseau Internet est plus lié au divertissement qu’au travail ou aux études, aux fins de recherche d’information portant sur des sujets aussi variés que les cours de japonais ou de dessin, les musées, les faits insolites, la vente d’objets divers, des expériences scientifiques ou les événements culturels en ville. En outre, une des grandes motivations d’utilisation est le courrier électronique, qui permet de maintenir des liens d’amitié avec des amis dispersés dans d’autres régions, provinces ou pays, alors que le bavardage (chat) est un élément de curiosité qui perd vite de l’intérêt dans ce groupe d’âge (Boily 2000).

Or, si l’on peut présumer d’un intérêt croissant pour l’outil de communication que représente Internet, on est d’ores et déjà assuré de sa pérennité comme outil de travail devenu indispensable dans plusieurs secteurs d’activité. L’usage va de soi pour les nouvelles générations.

  1. Au-delà des pratiques, la création et l’expression

Les jeunes créateurs participent à la vitalité culturelle de la société

Les enquêtes sur les pratiques culturelles permettent de dessiner un profil des jeunes comme participants, pratiquants et consommateurs de produits culturels. Cependant, leur participation à titre de créateurs est constitutive de la vitalité culturelle d’une société et contribue à la construction de l’identité culturelle. Les jeunes représentent souvent l’idée de renouvellement et d’audace (Fleury 1991). La création et l’expression artistiques, si elles sont essentielles pour saisir l’univers culturel des jeunes, n’ont pourtant pas fait l’objet de compilations jusqu’à présent. Les associations d’artistes, comme l’Union des artistes, la Guilde des musiciens ou les maisons d’édition, ne possèdent pas de données qui permettent de distinguer les jeunes créateurs parmi les autres. Il en va ainsi des instances gouvernementales responsables des programmes de soutien aux artistes. Pour remédier à cette lacune, nous avons repéré diverses expériences qui témoignent de la vitalité de la relève et du potentiel artistique des jeunes québécois.

    1. Le soutien à la création

Des programmes qui soutiennent la création

Les organismes publics qui travaillent au développement de la vie culturelle en offrant des programmes de subventions aux artistes n’ont pas fait davantage de compilation par âge, ce qui nous aurait permis à tout le moins d’évaluer l’importance en nombre des jeunes artistes boursiers. Cependant, nous savons que des programmes gouvernementaux de subventions ont pour objet de soutenir des organismes culturels et des artistes dans leur démarche. Les programmes de diffusion de l’art en région, mis sur pied par le Conseil des arts et des lettres du Québec et le programme de bourse Innovations du Conseil des arts du Canada s’adressent, entre autres, aux artistes en début de carrière. La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) accorde une aide financière aux entreprises culturelles, favorisant ainsi la diffusion et le soutien professionnel des artistes, dont certains programmes sont destinés particulièrement à de jeunes créateurs dans le domaine des métiers d’art, du cinéma ou de la production télévisuelle, par exemple.

D’autres intervenants du secteur privé participent au développement et à la promotion artistique. À titre d’illustration, pensons à Music-action qui soutient la production et la mise en marché des enregistrements musicaux canadiens francophones. Plusieurs jeunes chanteurs populaires ont été boursiers de cet organisme, notamment Kevin Parent, Isabelle Boulay, Mara Tremblay, La Gamic ou Kermes.

La relève existe bel et bien

De plus, des structures d’accueil dans des endroits de regroupement et de diffusion facilitent l’intégration de la jeune relève pour qui l’accès aux lieux de création et de diffusion est souvent difficile (Fleury 1991). C’est ainsi que les maisons de la culture servent de tremplin aux jeunes créateurs, malgré leur budget modeste (Luchert 1992), mais leur nombre est restreint. Divers regroupements d’artistes veillent aussi à la promotion et à la diffusion des productions artistiques de leurs membres. Par exemple, Méduse est un collectif de huit organismes de la région de Québec, qui travaillent dans divers domaines artistiques et culturels (cinématographie, vidéographie, photographie, art actuel, radio communautaire, etc.). Ce collectif encourage et soutient, entre autres choses, la production et la diffusion des œuvres des jeunes artistes. Ainsi des événements comme Vidéaste recherché-e, Neige sur neige ou la tenue d’expositions4 font foi de la présence de jeunes artistes à qui l’on offre une visibilité auprès d’un large public.

Les exemples de création sont nombreux, et certains événements réussissent à percer sur la scène locale, nationale ou internationale. C’est le cas du Festival international de nouvelle danse de Montréal qui a évolué de telle sorte qu’il a aujourd’hui un rayonnement international (Beaulieu 1998). On peut dire de même du Groupe Alliage, formé de neuf artistes de la ville de Québec, qui a déjà à son actif des courts métrages, une série d’émissions sur le réseau communautaire et dont l’un des membres est à l’origine du Festival vitesse lumière qui présente des œuvres cinématographiques d’auteurs venant de partout dans le monde.

L’image que l’on se fait des artistes québécois est souvent celle de vedettes internationales qui font la fierté du Québec sur le plan international, notamment Robert Lepage, le Cirque du Soleil, la troupe de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, Céline Dion, etc. Que dire de tous les jeunes qui manifestent leur intérêt pour une carrière artistique en présentant leur candidature dans le cadre de concours régionaux ou d’envergure internationale et de la pyramide que ces concours représentent jusqu’à la sélection finale? Pensons au Festival international de la chanson de Granby qui reçoit environ 300 inscriptions par événement, à Chanson en fête de Saint-Ambroise, au Festival en chanson de Petite-Vallée et à Estival JuniArt qui attirent annuellement autour de 150 à 200 candidats, à Cégep en spectacle qui a reçu en vingt ans 20 000 participants, venant de tous les arts de la scène (danse, théâtre, musique, humour, magie, etc.).

Il y a aussi les activités socioculturelles organisées à plus petite échelle, en milieu universitaire par exemple. Ainsi, l’Université Laval réunit 600 membres répartis dans treize groupes d’activités socioculturelles qui offrent à peu près 200 spectacles par année. Enfin, il y a tous ces jeunes qui s’inscrivent au Conservatoire d’art dramatique de Québec (200 par année) ou de Montréal (300 par année) ou encore à l’École nationale du cirque. D’anciens élèves de l’École de l’humour sont devenus des humoristes connus, tels que Jean-Marc Parent, Patrick Huard et Claudine Mercier. Il est apparu essentiel de souligner l’apport des jeunes à l’identité culturelle québécoise en tant que créateurs. Même si ce tour d’horizon est bref, les exemples donnés montrent que les jeunes sont présents dans le domaine de la création. La relève existe donc bel et bien.

    1. L’éducation aux arts et à la culture

L’éducation à l’art se développe

On s’interroge souvent sur le renouvellement des publics à l’égard de certaines disciplines des arts d’interprétation (Garon et autres 1997) et l’on s’inquiète quand les enquêtes indiquent des baisses de participation chez les jeunes qui constituent le public de demain et sur qui reposera la survivance de certains genres culturels. Il est intéressant de constater que des initiatives de toutes sortes vont plus loin que l’objectif de démocratisation culturelle (accès à tous) en mettant l’accent sur l’éducation des jeunes aux arts et à la culture. Selon Morissette (1999), dans une perspective de développement culturel durable, il importe de mener des actions qui servent non seulement à cultiver des habitudes de fréquentation des lieux culturels, mais à développer une culture de l’art chez les jeunes. Si plusieurs actions sont menées auprès de ceux-ci dans le but de développer une culture de l’art, d’autres ont pour objet de favoriser l’intégration de jeunes marginaux et défavorisés et de les sensibiliser aux réalités pluriethniques par l’entremise de l’art communautaire. Nous avons retenu quelques exemples à cet égard.

Depuis deux ans, la SODEC a mis sur pied un projet pilote dans la région de Montréal en vue de susciter la participation des élèves du collégial à des spectacles d’artistes francophones, en payant la moitié du cachet des artistes. Le succès est tel que le programme s’étendra à l’échelle du Québec cette année. Pour sa part, le MCC propose le programme Rencontres culture-éducation afin de développer le goût des arts chez les jeunes et de favoriser leur fréquentation des établissements culturels.

    1. L’art comme moyen d’insertion sociale

Les arts peuvent contribuer à une insertion sociale importante

D’autres expériences montrent que la culture peut devenir un moyen original d’insertion sociale. Dans le milieu communautaire québécois, Cité ouverte 2002 a élaboré plusieurs programmes, comme Cité murales 2002, L’école à bord, R.A.C.E et C.A.S.A., dans le but de susciter la participation des artistes à des projets de création et d’éducation de même que de présenter gratuitement des spectacles et des ateliers artistiques dans des centres d’accueil et d’hébergement.

Oxy-Jeunes est un organisme culturel à but non lucratif. Fondé en 1980, il est actif à l’échelle du Québec auprès des jeunes de 12 à 18 ans et a élargi son action au Canada et à l’étranger par des échanges interculturels. Cet organisme s’est donné comme objectif de créer une tribune où les adolescents prennent la parole. Oxy-Jeunes permet à des milliers d’entre eux5 d’exprimer leurs préoccupations et de développer leur créativité à travers diverses disciplines artistiques, notamment le théâtre, la danse, la peinture, l’écriture et la musique. Il crée des programmes d’activités dont le Festival créations jeunesse (Oxy-Jeunes 1999), élabore des projets de sensibilisation portant sur des thèmes aussi variés que le suicide ou la différence raciale et culturelle et il offre un soutien technique pour la promotion de spectacles créés par des jeunes ou l’édition d’ouvrages de littérature jeunesse. La philosophie de l’organisme repose sur l’art « comme moyen de cohésion, de prise de parole, d’apprentissage ou d’apprivoisement social » (Oxy-Jeunes 1998a).

Le dernier exemple est celui de l’Association pour l’éducation interculturelle du Québec, qui s’est donné comme objectif d’offrir des ateliers de sensibilisation afin de favoriser des rapprochements entre les Québécois de toutes origines. Elle cible, entre autres, les jeunes auxquels elle propose des échanges sur des thèmes interculturels par l’intermédiaire d’activités culturelles.

Les différentes instances du milieu communautaire mettent ainsi au point de nouvelles activités dans les écoles et les communautés afin de sensibiliser les jeunes aux arts sous toutes leurs formes, d’offrir à de jeunes marginaux des lieux d’intégration sociale et de renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes issus des communautés culturelles. L’art devient une forme de participation active à à laquelle les jeunes semblent sensibles.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité des jeunes à vivre des expériences culturelles exigeantes

Selon Bernier (1997b), il ne faut pas sous-estimer la capacité des jeunes à vivre des expériences culturelles exigeantes. De plus, il faut les mettre en situation d’expérimenter diverses formes d’expression culturelle, comme une sortie au théâtre, afin qu’ils découvrent de nouveaux centres d’intérêt et puissent les développer par la suite. Cependant, cet auteur soumet l’hypothèse que l’ouverture sur de nouvelles activités culturelles, plus particulièrement chez les jeunes du secondaire, dépend non seulement de l’héritage culturel reçu mais de cette capacité à assumer des choix individuels vers des activités autres que celles qui font partie de l’univers culturel des jeunes du même âge, comme le cinéma ou l’assistance à un spectacle de musique. L’influence de l’environnement immédiat, particulièrement les pairs dans ce cas-ci, et l’univers des significations partagées sont, entre autres éléments, déterminants quant à la structuration des pratiques culturelles (Pronovost et Cloutier 1995).

En tant que moyen d’expression individuel et collectif, l’art procure aux jeunes des émotions, éveille leur sensibilité et leur permet de s’ouvrir à d’autres perceptions. La pratique d’un art les rend actifs et leur permet de communiquer à d’autres leurs idées, leurs représentations, leurs rêves et leurs façons d’être ainsi que de partager les mêmes valeurs. Elle leur fait acquérir une meilleure connaissance d’eux-mêmes et des autres. C’est aussi un lieu d’apprentissage de la vie en groupe qui permet aux jeunes de développer un sentiment d’appartenance et de responsabilité sociale.

Conclusion

Le survol des travaux sur la culture des jeunes, leurs activités de loisir et leurs pratiques culturelles fait ressortir certaines caractéristiques propres à cet âge, d’autres qu’ils partagent avec les plus jeunes ou avec leurs aînés. Il convient alors de se demander s’il faut continuer d’entretenir cette image dichotomique des pratiques culturelles où les jeunes seraient davantage orientés vers des activités associées à la culture populaire et les aînés, vers une culture plus sophistiquée. L’analyse qui précède montre plutôt que l’intérêt des jeunes pour la culture populaire, tout en se maintenant, n’est pas exclusif. Les jeunes ont des goûts dont la variété s’observe dans la diversité des types de spectacles qu’ils affectionnent et d’établissements culturels qu’ils fréquentent. Devant le choix de plus en plus grand d’activités qui leur est offert, ils se répartissent, en conséquence, en de multiples champs d’intérêt. Par ailleurs, la réponse positive de plusieurs à des programmes de sensibilisation à la culture et d’expression indique le plaisir qu’ils trouvent dans l’expérimentation de nouveaux genres d’activités culturelles et du besoin qu’ils ont d’y jouer un rôle actif de créateurs et d’interprètes.

Des parcours pluriels

Ce portrait nous rappelle que le parcours de vie des jeunes contemporains n’est pas homogène. Les modes de vie et d’insertion, qu’il s’agisse de la vie professionnelle ou de la vie de relations, sont pluriels même si certaines tendances générales peuvent apparaître comme on l’a vu. Le fait d’être majoritairement célibataires encore au milieu de la vingtaine, de vivre avec leur famille d’origine ou d’habiter seuls en logement ainsi que d’être aux études et d’avoir un emploi en même temps pour plusieurs jeunes n’est pas sans intervenir sur leurs manières d’occuper leur temps libre. Le cumul des activités a fait augmenter la période de temps contraint. De ce fait, le temps libre a dû se plier à plus de flexibilité. Cela n’empêche pas de retrouver de la diversité dans les pratiques culturelles des jeunes, même si certaines modalités de pratique sont propres à la condition de célibataire et à l’âge, dont les nombreuses sorties à l’extérieur du domicile et la présence d’amis. Cette dimension les démarque des groupes qui sont engagés dans une autre période du cycle de vie, celle où les obligations familiales réduisent encore plus le temps consacré aux loisirs et aux sorties. C’est ainsi que certaines activités prennent place dans les habitudes de vie au cours des années ou en disparaissent graduellement. Aussi, l’étude de l’emploi du temps des jeunes, loin d’être à négliger, devrait être poursuivie dans les années à venir si l’on veut comprendre la manière dont s’organise le temps libre chez ces derniers.

Les plus jeunes disposent généralement de plus de temps libre que les autres groupes d’âge et ils ont des champs d’intérêt très variés. En témoignent l’intensification et la diversification de leurs pratiques culturelles. C’est aussi l’âge qui permet d’expliquer les préférences des jeunes, plus particulièrement celles des adolescents, pour des activités où la communication avec les pairs domine sur les autres types d’échanges et s’effectue dans des lieux propices aux rassemblements. En quête d’identité et d’appartenance, ils vont ainsi harmoniser leurs pratiques et leurs sorties avec celles des autres jeunes du même âge.

À l’affût des nouveautés

Les jeunes sont à l’affût des nouveautés et sont souvent les premiers à se les approprier. L’attrait qu’ils ont pour les technologies nouvelles comme Internet le confirme. Cela est encore plus évident dans leur goût pour les styles de musique les plus récents et les types de spectacles présentant les groupes à la mode. On doit d’ailleurs aux jeunes la diversification des styles musicaux et des modes d’écoute de la musique de même que de nouvelles manifestations tel le rave. Bon nombre de lieux de sorties existent en fonction de leurs goûts musicaux, comme les discothèques et les bars-spectacles. L’engouement pour la musique de langue anglaise est d’autant plus fort qu’ils aspirent à se démarquer de la génération précédente. C’est ainsi qu’il est possible d’affirmer que les jeunes contribuent au renouvellement des pratiques culturelles et influencent à bien des égards celles de leurs aînés (Pronovost 1992, 1993, 1996a, 1996b, 1996c, 1998 et 1999; Donnat 1994).

Des constantes dans les pratiques

Il y a des constantes dans les pratiques des jeunes. D’une part, ceux-ci ont un intérêt soutenu et plus marqué pour certains genres d’activités comme le sport, le cinéma, les sorties dans les lieux commerciaux, certaines activités pratiquées en amateur, la musique et l’assistance à des types de spectacles associés à un public jeune. En outre, la lecture continue de les attirer et dispose désormais d’un support électronique qui, par ailleurs, ne semble pas avoir d’effet négatif sur l’usage de l’imprimé. D’autre part, quelques disciplines des arts d’interprétation, comme l’opéra, l’opérette et la musique classique, ont des taux de participation plutôt bas chez les jeunes, ce qui fait craindre pour la survivance de certaines institutions, les orchestres symphoniques par exemple, à cause de la diminution du poids démographique des jeunes. La croissance des taux de participation avec l’âge, dans ce contexte, n’est pas totalement rassurante.

Des limites quant à l’accès à certaines activités

La participation des jeunes à la vie culturelle est aussi étroitement liée à leur situation financière. La capacité de payer un billet de spectacle, un livre, des journaux et des revues sur une base régulière n’est pas à la portée de tous les jeunes, surtout pour un bon nombre qui sont aux études et font face à un endettement de plus en plus élevé. À l’intérieur d’un budget alloué aux activités de loisir, on peut aisément imaginer que les choix vont s’exercer à partir des plus grandes sources de motivation. Personne n’échappe à cette règle, jeunes comme moins jeunes. On peut croire que la montée en popularité des festivals, où l’accès est gratuit ou se fait à un prix peu élevé, n’y est pas étrangère, bien qu’il faille aussi prendre en considération la croissance du nombre de festivals et la qualité de production des événements. Par ailleurs, la recherche de convivialité est très présente chez les jeunes qui aiment participer à de grands rassemblements, comme les spectacles dans des lieux à grande surface et les événements rave, ou qui fréquentent en grand nombre des lieux où la densité de participants est élevée comme dans les discothèques. Les jeunes aiment se retrouver dans un contexte « de foule ».

L’accessibilité influe sur la pratique

La présence d’infrastructures de loisir dans l’environnement immédiat, l’accessibilité de l’équipement ou la qualité des services peuvent avoir une influence sur la participation des jeunes. Prenons comme exemple la fréquentation des bibliothèques. Avec le développement du réseau des bibliothèques publiques, les jeunes ont diminué la fréquentation des bibliothèques en milieu scolaire, de moins en moins équipées en raison des compressions budgétaires, en faveur des bibliothèques publiques. Encore là, la qualité des services est un facteur qui peut inciter des jeunes à fréquenter ou non le réseau public, même en milieu urbain où les disparités sont parfois grandes d’un quartier à un autre. La lecture nous paraît être un enjeu de taille puisqu’elle est un outil d’éveil à la culture et à l’ouverture sur le monde. De même, elle est une habileté indispensable dans la société du savoir dans laquelle nous baignons et dont les exigences seront de plus en plus élevées.

Il en va de même pour l’accès aux médias, notamment les journaux. N’ayant pas un comportement d’acheteurs, les jeunes sont surtout des lecteurs occasionnels qui profiteront des occasions s’offrant à eux dans leur environnement immédiat (famille, amis, lieux publics, etc.). Les habitudes vont dès lors se structurer en fonction des types de journaux disponibles. L’accès gratuit à divers journaux pourrait éveiller les jeunes à la diversité des sources de la presse écrite.

Les centres d’intérêt des jeunes changent lorsqu’ils vieillissent

Parmi les centres d’intérêt qui changent chez les jeunes lorsqu’ils vieillissent, notons une augmentation de celui pour la lecture des journaux, l’assistance aux concerts de musique classique, d’opéra et d’opérette ainsi que la fréquentation de certains établissements culturels. Par contre, l’intérêt pour la lecture de revues et les sorties dans les endroits commerciaux diminue. Certaines activités cèdent la place à d’autres, indiquant par là des déplacements des centres d’intérêt vers d’autres disciplines artistiques et culturelles. Si l’âge intervient inévitablement dans les goûts des individus, on peut présumer que les jeunes d’aujourd’hui se tourneront graduellement eux aussi vers des activités culturelles semblables à celles qui caractérisent les groupes plus âgés, comme semblent l’indiquer les données sur les comportements des Québécois depuis une vingtaine d’années. Il est cependant difficile de préciser, sans risque de se tromper, les habitudes qui perdureront. Pensons notamment à la persistance de la représentation que les jeunes ne sont plus des lecteurs de livres, alors que Jean-Paul Baillargeon a démontré le contraire et que les enquêtes du MCC indiquent des taux de lecture comparables à ceux des autres groupes d’âge.

Les nombreuses fluctuations observées dans plusieurs pratiques culturelles des jeunes obligent cependant à être sensibles aux cohortes et à les suivre dans le temps, afin de mieux saisir les transformations en cours. De plus, les résultats de la récente enquête de 1999 du MCC indiquent une diminution des taux de participation à diverses activités, parfois importante, et qui demeure difficile à expliquer, d’autant plus qu’elle concerne plusieurs groupes d’âge dans certains cas. La prudence est donc de mise dans l’énoncé de tendances futures. Les pratiques sont étroitement liées à un ensemble de facteurs qui ne peuvent être considérés isolément. De plus, il est impossible de prévoir à ce moment-ci des effets de mode qui risquent d’influer sérieusement sur certaines pratiques à long terme, comme on peut le constater à présent en ce qui concerne la fréquentation des salons des métiers d’art.

La scolarisation a produit ses effets sur le type de pratique

Avec la hausse du niveau de scolarité, on peut présumer que des habitudes acquises par les jeunes vont traverser le temps. En développant des connaissances et des habiletés qui accentuent leur curiosité et qui suscitent leur intérêt à l’égard de plusieurs champs d’activités culturelles, les jeunes s’ouvrent à d’autres horizons. En fait, la participation peut être aussi une question d’éducation et de sensibilisation à différentes formes d’expression culturelle. L’acquisition d’habitudes va de pair avec l’assimilation d’un contenu. Depuis que de nombreuses activités en milieu scolaire et dans des lieux culturels ont mis l’accent sur le développement du goût de la lecture dès l’enfance, les taux de lecture ont connu des hausses importantes chez les nouvelles cohortes du même âge. De plus, les sorties éducatives qui sont offertes aux jeunes durant l’année scolaire ont des effets probants si l’on considère la fréquentation importante des musées chez les jeunes de 18 à 24 ans d’aujourd’hui.

L’école joue un rôle particulier dans la formation et la sensibilisation des jeunes à différentes formes d’expression culturelle dès le jeune âge en leur permettant d’explorer de nouveaux genres : par exemple, le théâtre, l’expression corporelle et artistique, l’écoute de divers genres de musique. C’est par le contact avec différents genres musicaux qu’ils s’éveillent à d’autres formes culturelles. Sinon, ils s’accrochent à leur culture « jeune » et se limitent aux stations de radio qui diffusent de la musique à la mode, achètent les disques compacts des chanteurs et des groupes qu’ils aiment et assistent, en conséquence, aux spectacles de ces derniers.

L'école a aussi la tâche de former les jeunes à la citoyenneté, dans un contexte qui incite de plus en plus à l’ouverture sur l’extérieur. D’ailleurs, la jeune génération contemporaine dispose d’une ouverture sur le monde comme pas une génération antérieure n’a pu s’en prévaloir. Plus que jamais, elle est sensibilisée au pluralisme culturel par la présence des nombreuses communautés qui composent désormais le paysage démographique québécois, par la voie des médias qui rendent possible une transmission instantanée et illimitée d’informations en provenance de partout dans le monde ou dans le cadre de séjours à l’étranger qui permettent l’intégration à d’autres cultures. Dans le but de fournir aux jeunes des outils de réflexion susceptibles d’influer sur leurs attitudes et leurs comportements, l’école pourrait élaborer des programmes adaptés à l’ouverture sur le monde de la même façon qu’elle a sensibilisé les jeunes aux valeurs environnementales.

Les médias ont aussi un rôle formateur

La responsabilité de former les citoyens de demain, de les amener à s’ouvrir au monde et de les faire participer à la culture universelle n’incombe pas seulement à l’école. Le rôle des médias est primordial dans l’intérêt que les jeunes peuvent développer à l’égard de la société dans laquelle ils vivent et de ses productions. Groupe minoritaire dans l’ensemble de la population, les jeunes se sentent souvent peu visés par les sujets d’actualité qui touchent davantage la société vieillissante et dont on traite abondamment, comme c’est le cas des problèmes liés au secteur de la santé. Il importe donc de s’interroger sur la place que l’on accorde aux centres d’intérêt des jeunes.

Les productions culturelles et le sentiment d’appartenance

Les actions menées par l’État peuvent avoir une influence majeure sur les tendances à venir, en ce sens qu’elles peuvent favoriser le développement des centres d’intérêt des jeunes à l’égard de disciplines souvent méconnues et jugées moins à la mode, et quant aux produits de culture québécoise. L’attrait des jeunes pour des produits culturels, qui reflètent un sentiment d’appartenance à la société québécoise et qui assurent le développement de son identité, repose de prime abord sur l’offre du marché et l’accessibilité à ces produits. À cet égard, l’écoute croissante de la musique en français et en anglais en parts égales est peut-être consécutive à la percée de nombreux jeunes artistes sur la scène de la chanson québécoise et à la réglementation des quotas de diffusion imposée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes aux stations radiophoniques. De plus, la popularité des festivals auprès des jeunes d’ici fait de ces événements des moteurs extraordinaires de promotion de la culture québécoise.

Les limites de la recherche sur la culture

La recherche actuelle accuse des limites du point de vue des connaissances sur la culture et les pratiques culturelles. Les enquêtes quantitatives disponibles servent à mesurer la participation à des activités et la fréquentation d’établissements culturels, puisque l’objectif consiste avant tout à analyser les variations de comportements à travers le temps pour saisir s’il y a élargissement ou augmentation des publics. Selon Pronovost et Cloutier (1995), il y a un large consensus sur les variables qui déterminent les pratiques culturelles de la population (âge, revenu, scolarité, etc.), mais il existe peu de données sur la structuration des usages, comme les sources de motivation qui sous-tendent les pratiques et les raisons qui déterminent le choix d’une pratique plutôt qu’une autre.

On a également peu de connaissances sur le contenu culturel de certaines activités auxquelles les jeunes participent, à savoir les genres de films qu’ils vont voir, la langue de diffusion et l’origine de la production, le genre de spectacles de théâtre ou d’expositions d’art qui les attirent. Ce sont là des données qui mériteraient d’être recueillies en vue d’approfondir les connaissances sur l’univers culturel des jeunes d’aujourd’hui.

À notre grand étonnement, nous n’avons pas trouvé d’études traitant des aspirations des jeunes à l’égard de la culture et, par conséquent, de leurs attentes par rapport à l’État. Ce manque d’information nous prive d’un matériel important pour l’élaboration de politiques culturelles qui répondraient aux besoins de la jeunesse actuelle. Cependant, une enquête sur la mobilité géographique des jeunes montre l’importance des produits culturels dans l’attrait des moins de 25 ans pour la ville (Gauthier et autres à paraître).

Enfin, il convient de souligner l’absence de compilation de données sur les jeunes créateurs et artistes de la relève. Voilà une lacune qu’il faudrait combler puisque c’est une dimension importante qui témoigne de la vitalité culturelle d’une société et de l’apport des jeunes à l’identité culturelle québécoise et à son développement.

Annexe

Source : MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Enquête sur les pratiques culturelles au Québec, fichiers 1989, 1994 et 1999; calculs effectués par l’Observatoire jeunes et société.

Bibliographie



















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1 Le travail de repérage a été effectué par Madeleine Gauthier dans le cadre de la présentation des études sur les jeunes au Canada au Comité consultatif jeunesse du Conseil de l’Europe à Strasbourg, le 27 mai 1998, et au cours de la session du Comité de sociologie de la jeunesse au congrès de l’Association internationale de sociologie tenue à Montréal en août 1998.

2 « Il faut bien que jeunesse se passe! » titrait un article de Robert Muchembled en 1990 à propos des « royaumes de jeunesse ».

3 Dans l’Enquête sociale générale de Statistique Canada, les répondants doivent remplir un journal afin de répartir toutes leurs activités sur une base quotidienne, et ce, pendant douze mois. Quant à l’enquête sur les pratiques culturelles, elle demande aux répondants le temps consacré par semaine aux activités de loisir durant la dernière année. La réponse de ces derniers repose sur la perception qu’ils ont du temps accordé au loisir.

4 En 1999, l’organisme Vu a tenu douze expositions, dont six ont été faites par des jeunes âgés de 20 à 30 ans. Le centre d’artiste en arts visuel Œil de Poisson a comme politique de réserver une petite galerie à l’intention des artistes en début de carrière.

5 Depuis la création d’Oxy-Jeunes, plus de 21 000 jeunes ont participé aux activités.

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