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Auteurs: Cumerlato, Corinne.
Titre: Radio lycéenne: la douce musique de la tolérance.
Source: CRDP
Editeur: Editions CRDP d'Alsace.
La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Corinne Cumerlato
Radio lycéenne : la douce musique de la tolérance
«J’adore
la musique, c’est pour ça que je suis venu au Club radio
du lycée». Comme à ses débuts, il y a
trois ans, le club-radio du Lycée Jean Baptiste Schwilgué
de Sélestat continue d’attirer les fanas de musique.
Frank, Yann ou Aurélien ont pris en main consoles et micros
pour cette même raison : faire partager leur passion pour
la musique.
Cette année encore, la réunion de
programmation qui doit définir la nouvelle grille des
émissions a confirmé l’orientation donnée
au départ par les pionniers du club. La couleur de cette radio
lycéenne est d’abord musicale. Mais attention, pas
d’exclusives ou presque. Sur RJBS- radio Jean-Baptiste
Schwilgué-, on entend de la techno, du hip hop, du rock, du
métal, des musiques du monde et même «des comédies
musicales, comme Notre Dame de Paris » souligne Yann en
deuxième année de BEP d’électrotechnicien.
Seule limite fixée dès le départ par les
responsables éducatifs : les grossièretés
sont bannies, au micro comme dans les chansons diffusées.
C’est l’un des points de la charte élaborée
au sein du club et qui responsabilise les élèves sur le
matériel acheté comme sur les propos qu’ils
tiennent au micro.

Tout
le monde n’apprécie pas les choix musicaux de la radio.
Du coup, nombre de rappeurs se retrouvent exclus d’antenne. Franck n’apprécie pas cette «censure» qui ferme la porte à beaucoup de groupes «bien», d’autant que, d’après lui, la majorité des élèves du lycée préfèrent le rap et le hip hop. Yann et Aurélien trouvent «normal» de mesurer leurs commentaires. «On est dans un lieu public » reconnaissent-ils. En revanche, ils ont plus de mal à admettre le contrôle des contenus musicaux. Malgré ces réticences, les dérapages sont rares : « Les animateurs savent parfaitement se repérer dans le contexte » explique la conseillère d’éducation, Mme Bartoletti. Le club radio doit aussi se soumettre aux contraintes juridiques françaises qui imposent un quota d’au moins 40% de titres d’expression française et payer son tribu- environ 300 euros par an, à la Sacem, la société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique chargée de la gestion des droits de diffusion. C’est donc en parfaite légalité que fonctionne la radio de ce lycée qui accueille plus de 900 élèves …
Le projet de club
a vu le jour grâce au soutien du Fonds d’animation de la
vie lycéenne de la Région Alsace. Un dispositif destiné
à encourager les jeunes à prendre des initiatives et
des responsabilités qui les ouvre sur leur environnement ou
favorise le dialogue au sein de leur établissement. La
proposition d’une radio lycéenne mise sur pied par trois
étudiants de BTS avec l’aide d’un conseiller
d’éducation répondait parfaitement à ces
objectifs. En février 2001, la Région leur remet un
chèque de 7600 euros qui permet l’achat du premier
matériel. Le lycée, lui, met à disposition des
élèves un local d’une vingtaine de mètres
carrés, situé dans le hall principal qui abrite
quelques tables, un baby-foot et le foyer socio-éducatif.
C’est là que se retrouvent souvent les élèves,
c’est là que seront accrochés les six
haut-parleurs qui diffusent la radio. L’aventure peut
commencer.

A
chaque rentrée, l’équipe d’animation met au
point sa grille de programmes.
Avec deux platines CD, une table de sono douze pistes, deux lecteurs enregistreurs K7 et mini disc, un amplificateur de diffusion, un générateur à effets et quatre micros, les animateurs de la radio ne semblent pas mécontents. «On a du bon matériel, il résiste bien au temps » estime Yann. Il leur manque cependant des fonds pour créer une vraie discothèque, la plupart du temps, ils ramènent leurs propres CD.
A la rentrée,
les treize élèves inscrits au club se sont réparti
les dix heures de diffusion hebdomadaires et ont concocté leur
propre grille des programmes. Car, si la formule de radio musicale
n’a jamais été remise en cause, chaque année
la nouvelle équipe redéfinit une nouvelle
programmation. Pas de gros changements pour l’instant. Les
émissions musicales se taillent la part lion. Elles ont lieu
en direct entre 12 h 00 et 13 h 30 chaque jour de la semaine. La
radio diffuse aussi une programmation musicale le matin, avant les
cours, de 7 h 45 à 8 h, et lors des récréations.
Cette année encore, le club accueille environ une moitié de «nouveaux » pour la plupart des élèves de seconde encouragés par leurs copains. Ce cocktail équilibré explique sans doute la pérennité de cette radio qui fête sa troisième année de fonctionnement. Les «anciens» sont en effet très soucieux de la formation des nouveaux animateurs. La plupart ont été initiés aux secrets de la technique radio et de l’animation en allant rendre visite à la radio publique régionale. Un souvenir important : «même si c’était rapide », rapporte Franck, «c’était très intéressant de voir comment marche une vraie radio ». Aujourd’hui, c’est à leur tour d’initier les néophytes. En quelques semaines, ces garçons doivent être aussi à l’aise à la technique qu’au micro. Car comme dans bien des radios associatives, l’animateur est un véritable homme orchestre, capable de manipuler la table de mixage sans ratés, d’enregistrer des CD, de créer des jingles et de savoir « parler dans le micro ».

De
12 h à13 h30, et pendant les récréations,
RJBDS diffuse ses émissions dans le hall du lycée Jean-
Baptiste Schwilgué.
Aurélien,
élève de seconde, a fait ses débuts il y a
quelque semaines. «C’était la catastrophe »
raconte-t-il sans fausse pudeur. « Je devais faire dix
secondes au micro, au bout de cinq secondes, je n’avais plus
rien à dire…Cinq secondes de blanc, c’est
long». Plusieurs enseignants du lycée relèvent
que le club radio favorise une meilleure expression orale chez ces
élèves qui, pour la plupart, suivent un cursus
technique. Le direct oblige les animateurs à de sérieux
efforts, surtout quand ils ont en charge l’une des six
rubriques qui rythment la semaine.
Spécial hit-parade,
l’actualité du manga, sites internet, culture info,
culture hip-hop, sorties week-end sont les principaux rendez-vous
hebdomadaires de RJBS. Chaque animateur partage au micro ses
découvertes, ses coups de cœur sur le thème qu’il
a choisi. Franck qui anime la rubrique manga tous les lundis
reconnaît qu’il lui faut préparer son émission
soigneusement. «Cela me prend environ une heure à une
heure et demie pour choisir mes sujets et la musique que j’intercale
entre mes interventions. Je recherche toujours quelque chose
d’original, je n’aime pas faire ce que font les
autres».
Environ une fois par mois, l’équipe
décide d’organiser «une spéciale»,
soit une heure trente d’émission consacrée à
un thème d’actualité ou à la vie du lycée.
La journée portes ouvertes du lycée, les attentats du
11 septembre ou la guerre en Irak ont fourni l’occasion de
bousculer la programmation habituelle. «Là, »
prévient Yann, «c’est facilement plusieurs jours
de travail. On réalise des interviews pour illustrer nos
sujets ou on invite des gens pour en parler au micro avec nous.
Plusieurs profs ont refusé, mais d’autres sont venus
ainsi que le proviseur».

L’animateur radio, c’est un homme orchestre : à l’aise avec la console et au micro…
La communauté
éducative du lycée est relativement indifférente
à l’animation du club radio. Beaucoup la perçoivent
comme «un simple fond sonore ». «C’est
du bruit, pas de la radio » lâche un professeur
technique. D’autres portent un regard plus positif, même
s’ils ne se sentent guère concernés par
l’irruption de ce nouveau média dans la vie du lycée.
« L’outil est là et il y a des passionnés »
reconnaît la proviseure-adjointe Mme Ludmann qui regrette à
la fois le «sous-emploi» de la radio et une insuffisante
information sur ses émissions. « Il pourrait y
avoir plus de contenus » estime-t-elle.
«Les
enseignants ont du mal à bouger sur les nouveaux supports »
observe Jean-Christophe Kénervé, le conseiller
d’éducation qui, pendant deux ans, a prêté
main forte aux élèves. «Mais pour moi, c’est
un succès. Les élèves font preuve d’autonomie
dans la gestion du club et ils ont acquis un regard critique sur ce
qu’ils entendent. Ils savent distinguer les faits des
commentaires. A cet égard, l’expérience du 11
septembre a été très instructive».
«La
radio est un média qui les touche », relève
une autre conseillère d’éducation. «Tous
écoutent ou font de la musique. Le côté technique
aussi les intéresse car beaucoup sont en formation
technico-industrielle. Pour ceux qui participent au club, ce support
leur apporte une curiosité supplémentaire. Eux-mêmes
ont demandé à visiter d’autres radios. Cela
ajoute à leur compréhension du monde. »

Côté
auditeurs, la radio ne fait pas l’unanimité. «On
n’est pas respecté » regrette Franck qui
évoque les coups de pieds dans la porte du local, qui, par
deux fois déjà, ont tenté d’interrompre
une émission. «C’est nul, c’est toujours la
même musique. Trop de techno, de métal ».
Aydozdu, 16 ans, ne partage pas du tout les choix musicaux des
animateurs et parfois le débat s’envenime. «C’est
mieux que rien » estime Kevin, mais ils devraient faire
plus de débats, être plus ouverts ». En dépit
des critiques, les surveillants constatent tout de même que,
depuis l’ouverture de la radio dans le hall, «on voit
beaucoup moins de walkman sur les oreilles des élèves».
«Ça ajoute à la convivialité »
estime la conseillère d’éducation Mme Bartoletti.
Xavier et David, deux élèves de Terminale, sont plutôt
satisfaits et trouvent que «ça détend».
A défaut d’adoucir les mœurs comme
certains l’espéraient, la musique de RJBS produit
d’autres effets bénéfiques . «Les élèves
découvrent d’autres musiques, d’autres cultures
souligne Jean-Christophe Kénervé. La radio est un
véritable outil pédagogique. Pour tous, c’est un
apprentissage de la tolérance, une ouverture sur le monde».

Passionné de musique, Yann est au club radio depuis ses débuts et est en train de créer le site internet de la radio.
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