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Auteurs: Divers, .
Titre: Dossier: La musique en fête.
Source: http://www.france.diplomatie.gouv.fr/label_france/FRANCE/DOSSIER/musique/musique.html
La publication est faite avec l'aimable autorisation des auteurs.
Dossier : la musique en fête
Philippe Chauveau
La chanson à la française : une tradition bien vivante
Inventeurs
du music-hall, les Français ont créé une
tradition de chanson littéraire - poétique, satirique
ou dramatique -, dont Edith Piaf, Charles Trenet, Georges Brassens,
Barbara, Jacques Brel ou Juliette Gréco comptent parmi les
plus illustres représentants.
L'incomparable Edith
Piaf
demeure une référence pour la génération
actuelle.
Héritier du café-chantant, le café-concert (milieu du XIXe siècle) est l'ancêtre du music-hall. Après avoir connu d'insupportables restrictions qui entravaient son expression (interdiction de se costumer, de dire un texte sans musique, de jouer la pantomime, d'utiliser un accessoire...), le café-concert fut libéré de ses entraves par décret en 1867 et allait donner naissance au music-hall : « Salle de concert, ou de théâtre, avec orchestre, où l'on donne des spectacles variés : morceaux de musique et de chant, sketches dramatiques, tableaux vivants et revues à grand spectacle avec effets de lumière et grand usage de machinisme, des danses, des acrobaties, etc. »
La chanson entre alors dans un véritable âge d'or, où l'extravagance le dispute à la prodigalité. Des quartiers chics aux faubourgs, on se rue sur ces théâtres consacrés à la chanson. Ouvriers, bourgeois, artistes, commerçants, militaires et bonnes d'enfants s'assemblent là, devant la même scène, la même cerise à l'eau-de-vie, dans la bonne ambiance, chaude, bruyante et enfumée, pour se repaître de l'admirable floraison de refrains nouveaux reflétant l'âme du pays tout entier. Des artistes encore jamais vus entrent en scène, ne reculant devant aucun moyen pour se distinguer.
Les « gommeuses », ou « épileptiques », exhibent généreusement leurs jambes et leurs décolletés, se trémoussent, grivoisement, abusant de tout un arsenal de grimaces. C'est l'époque de Polaire, à la taille douloureuse de minceur, de Mistinguett, qui apporta au genre l'audace excessive de sa gouaille populaire, d'Yvette Guilbert, l'incomparable, immortalisée par Toulouse-Lautrec, qui remit tout en question. Le choix, la qualité de son répertoire (au service des poètes), sa manière de « jouer » la chanson provoquèrent un bouleversement total. Elle demeure, avec Thérésa, la plus illustre représentante de l'histoire du « Caf'Conc' ».
L'arrivée d'Aristide Bruant, dans les années 1880, fit sensation ! Ce Villon moderne, costumé d'étrange façon, ajouta à la gloire chantée des hymnes mondialement connus et, de nos jours, toujours recherchés. D'autres l'accompagnaient, non moins adulés. L'astre Paulus, Fragson, Félix Mayol, fantaisiste de charme, qui chantait l'immortelle Viens Poupoule, Dranem, dont les inepties du répertoire suscitaient l'enthousiame du plus intellectuel des publics.
M
aurice
Chevalier.
En 1901, à Ménilmontant, débute un garçonnet, d'à peine onze ans. Petit, rondinet, il chante le répertoire paysan. Il s'appelle Maurice Chevalier. En 1909, il accède au semi-vedettariat. Le cas Chevalier demeure unique. D'abord par son exceptionnelle conscience professionnelle qui lui fit apprendre tous les arts de la scène (chant, comédie, danse, imitation, pantomime, et même la boxe !), par l'ampleur de sa carrière, ensuite. Réclamé, fêté, acclamé au-delà des frontières, sacré aux Etats-Unis, pays réputé difficile entre tous, comme le chanteur de variétés le plus phénoménal de l'histoire, enfin par la longévité de sa carrière scénique : soixante-sept ans. Un record !
Côté dames, « madame Guilbert », tombée grièvement malade en 1909, se consacre exclusivement à la vieille chanson française, et étudie quelque 60 000 textes écrits entre le XIe et le XXe siècle. La plus parfaite des diseuses se retire en 1927, laissant une place que seule, peut-être, aujourd'hui Juliette Gréco peut prétendre occuper.
Ces noms-là, plus quelques autres repoussèrent les derniers adieux du vieux caf'conc' jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale. Si les événements de 1914 portèrent un rude coup à l'artisanat de la chanson, ils demeurent moindres, cependant, au regard de celui asséné par le cinématographe, qui l'acheva. Les années 20 consacrèrent le règne du dieu cinéma.
Mistinguett, devenue reine de Paris, triomphait au Casino. La création de Dédé par Chevalier venait de révéler le comédien que l'Amérique guignait et allait enlever. L'Olympia annonçait la rentrée, après six ans d'absence, de Fréhel, l'inoubliable inoubliée. Cette gosse de la rue, sensible, frémissante, servait son art, populaire, avec une maîtrise étonnante.
Aucune salle ne résistait à l'entrain endiablé que lui communiquait Georgius, gavroche parisien, parodiste burlesque. Marie Dubas, véritable athlète de scène, comique excentrique, faisait pouffer de rire jusqu'au moment où, par des moyens simples, elle prenait le parti d'émouvoir. Enfin, il y avait Maryse Damia, diseuse réaliste, la tragédienne de la chanson, une voix grave, faite de sanglots et de révolte, où passait le grand frisson de l'art.
En 1930, le cinéma, devenu parlant, réactive la ferveur des foules. Les films américains de Chevalier font fureur. Parallèlement, la chanson s'adapte. Micro, disque et radio en modifient l'aspect. L'on peut maintenant se faire entendre d'une grande salle, sans voix « de scène », sans grande diction aussi. Le métier change. Ainsi, Mireille. Ses compositions modernes (paroles de Jean Nohain), teintées de jazz, amorcent le tournant. Tandis qu'en véritable homme de scène, Fernandel, lui, fraîchement débarqué de son midi natal, gagne haut la main. Dans la tradition troupière, ce digne successeur du grand Polin fait merveille.
En
1937, c'est l'explosion Piaf ! L'air perdu, misérable,
isolée dans la
lumière
brutale, le cheveu triste, la bouche écarlate, les mains
pendantes le long du pauvre tricot noir qui godaille. Elle chante, et
le miracle s'accomplit.
Dans la lignée de Maurice Chevalier, le style Montand : pouvoir de séduction et élégance décontractée du chanteur sachant danser et jouer la comédie.
En 1938 : Charles Trenet est en début de première partie. La tenue est au point : chemise et complet bleus, cravate blanche, fleur à la boutonnière, feutre gris clair. Prévu pour trois chansons, il en chante... douze. Le miracle est tel que la vedette rentre chez elle.
Et Montand nous arrive ! En pleine occupation, alors que les programmes sont sous contrôle, lui, dégingandé à la cow-boy, chemise à carreaux et large chapeau, lance à la salle, couleur vert de gris dans ses premiers rangs, des « hello, boys ! » percutants. C'est le métier de chanteur, école Chevalier, qui se retrouve. Chaque partition est interprétée comme un petit acte de comédie.
D
ans
le même temps, la rive gauche peaufine une nouvelle manière.
C'est le retour au caveau d'autrefois, ressuscité dans les
sous-sols de la Huchette, de l'Arlequin, etc. Tous les tenants de la
nouvelle école s'affirment là : les Frères
Jacques, Catherine Sauvage, Francis Lemarque (auteur des premiers
textes de Montand), Cora Vaucaire, et, en particulier, figures
de proue du navire nouvelle chanson, Léo Ferré
et Juliette Gréco. Quelle affiche ! Un peu plus
tard naîtra Barbara, étrange « Dame de
Minuit », d'abord au service des grands auteurs, qui ne
tardera pas à se servir elle-même.
Paris se couvre de ces boîtes à chansons d'où vont se lancer, à l'assaut des grandes scènes, l'éclatante relève de l'après-guerre : Patachou, Pierre Perret, Serge Gainsbourg, Bobby Lapointe, Guy Béart et tant d'autres, tous enfants naturels des Chevalier, Trenet, Ferré.
En
1952, se révèle Georges Brassens. Cette voix
grave, chaude, t
oute
empreinte de bonté, enveloppe, émeut. Ses chansons,
tendres, ironiques, anticonformistes subjuguent. L'année
suivante c'est la révélation Brel ! Sans
concessions, le grand Jacques se bat, en scène, mord dans
chaque mot, déchire le public qui l'acclame. Au music-hall,
durant ce temps, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Zizi
Jeanmaire, Colette Renard et Serge Reggiani ne sont pas en
reste.
Beaucoup d'entre ces artistes seront emportés, dans les années 60, par la submergeante vague « yé-yé ». Quelques-uns passeront tout de même : Jean Ferrat, Yves Duteil, Serge Lama, Claude Nougaro, Michel Sardou, entre autres. Une consolation. Dans les divers sondages, les Français placent régulièrement en tête de leurs chansons préférées le Temps des cerises, écrite en 1866, et les Roses blanches, mélodrame au succès grandiose créé en 1925, par Berthe Sylva !
Virginia Dae
La musique en fête
Fête de la
mu
sique,
festivals, concerts... En France, l'année est ponctuée
d'événements musicaux, dont la variété
permet de satisfaire tous les publics. Affichant une vocation de
découvreurs, les festivals sont souvent la rampe de lancement
des idoles de demain.
Salle comble à l'Olympia pour Rachid Taha.
C'est comme un grand coup de soleil, un vent de folie. Rien n'est plus pareil aujourd'hui... C'est la fête, la fête »... Le 21 juin, chanter Michel Fugain est de circonstance. Le jour du solstice d'été, alors que le soleil traîne à l'horizon, s'échappe en effet des rues de toutes les communes de France un formidable brouhaha. Trompettistes de jazz, chorales, pianistes de bar, percussionnistes africains, orchestres classiques, guitaristes rock, adeptes de la techno, accordéonistes musette... s'en donnent à cœur joie. Professionnel ou amateur, dans les cours des palais nationaux, les halls de gare, les cafés, les églises, les places, les jardins, voire les hôpitaux, chacun y va de son répertoire, de son interprétation, de son improvisation. On chante, on danse, on s'enflamme, on s'amuse... bref : « C'est la fête ! », celle de la musique. Pour la quatrième année consécutive, le ministère des Affaires étrangères offre, à cette occasion, au grand public un concert dans ses jardins. L'édition 1999 a mis à l'honneur les musiques du monde1.
C
réée
par la France, la Fête de la musique rassemble aujourd'hui 98
pays.
Chaque année, l'événement créé en 1982 par Jack Lang, alors ministre de la Culture, prend de l'ampleur. Aujourd'hui, sa coordination ad hoc recense plus de 10 000 rendez-vous, auxquels s'ajoutent maintes manifestations spontanées. Et encore, si l'on se cantonne à la France. Car l'idée a fait du chemin, et désormais ce sont 98 pays qui y participent. Pour cela, en collaboration avec le réseau diplomatique français, la coordination a impliqué les acteurs locaux afin, explique son responsable, Jean-François Millier, « de susciter de vraies manifestations locales et non franco-françaises ».
En Europe, elle a lancé en outre, en partenariat avec des municipalités telles que Barcelone (Espagne), Naples (Italie), Berlin (Allemagne) ou Prague (République tchèque), un réseau de la Fête européenne de la musique, et une Charte a été établie. « Le réseau étant voué à s'élargir, explique M. Millier, il fallait s'assurer que les grands principes - gratuité, accès aux professionnels comme aux amateurs, ouverture à tous les genres musicaux - perdureraient. » Résultat : depuis 1994, des échanges d'artistes ont lieu. Ainsi, des groupes barcelonais se produisent-ils à Paris aux côtés de musiciens de Budapest, alors qu'à Berlin d'autres sont rejoints par des artistes français.
« La démocratisation de l'accès aux pratiques artistiques et culturelles constitue une priorité absolue », estime Catherine Trautmann, ministre de la Culture et de la Communication. Aussi, hormis la Fête de la musique, son ministère soutient-il certains festivals. « Nous avons la volonté d'aider ceux qui cherchent à créer des passerelles entre les divers courants des musiques actuelles et à décloisonner les publics », explique Cécile Favarel, chargée des festivals.
L
e
collectif festif et coloré des Négresses vertes au Hot
Brass à Paris.
Le Printemps de Bourges, qui vend près de 100 000 places de concert, reçoit ainsi 2,2 millions de francs (335 000 euros2) de l'Etat. Créé en 1977 pour « sortir des sentiers battus de la pollution décibélienne », le festival, qui, une semaine durant, fait vivre Bourges (région Centre) jusqu'à l'aube, au rythme de l'« ethno-dub », du « noisy-pop », du « rap-fusion », du reggae mais aussi de la chanson, a désormais choisi « de placer en priorité dans sa programmation de jeunes artistes ou groupes en phase avec les musiques actuelles », comme l'affirme son président Daniel Colling.
Avec son réseau Printemps, « tête chercheuse de la jeune création », le festival s'est en effet doté d'une structure pour détecter, accompagner et professionnaliser de nouveaux talents. Constituée de vingt-cinq antennes régionales et de onze internationales, elle sélectionne des groupes qu'elle présente lors du festival. Cette année, à leurs côtés, étaient invités Jacques Higelin, Mano Solo, NTM ou Zebda, sur une scène qui a déjà reçu Franck Zappa, Iggy Pop, Charles Trenet, ou Daft Punk.
L
a
grâce et la sereine insolence de la chanteuse Zazie, fidèle
des concerts « Sol en si » destinés à
récolter des fonds pour les enfants malades du sida.
Autre festival d'envergure internationale : les Rencontres transmusicales, qui se déroulent, depuis vingt ans, à Rennes (Bretagne) en décembre. Mêlant musiciens, plasticiens, vidéastes..., les « Trans » ont fondé leur réputation sur leurs qualités de défricheurs de tendances. Parmi leurs révélations : Noir Désir, les Négresses vertes, Mano Negra, IAM... Très bien intégré dans sa ville, qu'il dynamise et dont il reçoit un large soutien, le festival attire quelque 25 000 personnes. Au-delà de ce temps fort, les Trans mènent une action à l'année : gestion d'une salle de concerts, production de spectacles, programme d'éducation artistique, rédaction d'un magazine...
Si un festival peut générer un journal, l'inverse se révèle aussi possible. Ainsi, l'hebdomadaire culturel branché les Inrockuptibles a-t-il lancé le sien en 1988, en collaboration avec les magasins de biens culturels FNAC. Aujourd'hui, il se tient chaque automne à Paris et dans plusieurs villes de province. Prolongement du contenu rédactionnel du magazine, ce rendez-vous cherche à faire découvrir des artistes peu connus. Il est ainsi à l'origine des premiers concerts en France des groupes Blur, Pulp, Oasis ou Supergrass. Une édition du festival vient aussi d'être créée en Argentine, où des groupes français (dont Autour de Lucie) se sont produits.
Les « Inrock » sont également partie prenante dans Musiques métisses, festival qui, en mai, réunit à Angoulême (voir l'article sur la région Poitou-Charentes) des artistes de tous les continents. C'est là que la chanteuse capverdienne Cesaria Evora démarra sa carrière planétaire, et que le Sud-Africain Johnny Clegg se produisit la première fois en Europe. Symbole du brassage des cultures, Musiques métisses est devenu l'un des grands rendez-vous de la « world music », et promeut des groupes issus des communautés immigrées, qui « enrichissent le paysage musical ».
L'intérêt pour les musiques métissées croît très nettement en France, ce qu'a souligné d'ailleurs la sélection 1999 des Victoires de la musique, lancées en 1985. Lors de ce rendez-vous annuel de remise des prix de la profession, qui a, cette année, doublement récompensé le chanteur Alain Bashung3, la Francophonie était aussi très présente. Un univers qui a son propre festival : les Francopholies, à La Rochelle (Poitou-Charentes). Du 13 au 18 juillet 1999, celles-ci fêteront leurs quinze ans en y associant l'Europe.
Dans un autre registre, du 6 au 15 août, le très actif Festival interceltique réunira à Lorient (Bretagne) des milliers de spectateurs venus de toute la planète pour rencontrer des créateurs des pays celtes dans une ambiance de fête où se côtoient rockers, jazzmen, adeptes du kilt ou de la coiffe bigoudène.
Rock, folk, chanson, reggae, rap, techno, world music..., aucune tendance ne manque à la palette des festivals, qu'affectionnent les Français. Une enquête du ministère de la Culture sur leurs pratiques culturelles n'indique-t-elle pas que 18 % d'entre eux ont joué d'un instrument ou fait du chant dans les douze mois précédents ? Une autre n'affiche-t-elle pas que le nombre d'écoles de musique ne cesse de croître ? Beaumarchais avait sans doute raison : en France, « tout finit par des chansons ! ».
Gilles Rio
La chanson française au-delà des frontières
Entraînée par les bataillons techno, house et world, une nouvelle génération d'artistes français parvient enfin à séduire l'étranger.
Vu de l'extérieur, entre l'époque de Saint-Germain-des-Prés et de Piaf et le début des années 90, le paysage musical français a connu un trou noir. Les « yéyés », qui adaptaient benoîtement les standards anglo-saxons, étaient moqués, comme notre variété. Si la France se prévalait d'une réputation dans l'élitisme (jazz, musique contemporaine...), elle s'avérait rarement capable de produire une musique populaire attractive à l'international, à l'exception de cas isolés comme Aznavour, Mireille Mathieu, Gainsbourg... La vague disco de la fin des années 70 est son seul titre de gloire (Cerrone, Patrick Hernandez, en passant par quelques vedettes des années 60 reconverties : Claude François, Sheila...).

Toute la diversité des genres représentés à l'export par la France. En février 1999, on évaluait à 9 millions le nombre d'albums français vendus à l'étranger en 1998, un chiffre en augmentation. La variété française a, par ailleurs, représenté 54,5 % du marché français (contre 45,5 % pour la variété internationale) en 1998.
Dans les années 90, la scène française s'est développée dans sa diversité, appuyée par une évolution législative (notamment la loi sur les quotas de chanson française à la radio de 19944) et technique (multiplication des nouveaux supports de promotion d'internet au satellite), ainsi qu'un changement de stratégie des majors du disque, qui préfèrent de plus en plus déléguer la recherche de talents à des labels indépendants (pour en récupérer les fruits sitôt le succès au rendez-vous).
Paris est aujourd'hui devenu une place forte de la techno et de la house. Déjà, bien avant la vague techno, Jean-Michel Jarre s'était imposé comme un précurseur mondialement reconnu. Il fallut attendre le milieu des années 90 pour qu'une scène entière émerge. Paradoxalement, c'est en Angleterre que la « French Touch », comme on appelle ici cette vague de DJ (disc-jockeys) venue de l'autre côté du Channel, a été consacrée.
D
ans
la foulée de Laurent Garnier, Daft Punk a explosé
au début de 1997 sur l'influente scène musicale
anglaise, avec un album, Homework, qui se vendra à
1,5 million d'exemplaires dans le monde. Une flopée
d'artistes (Air, Cassius, Stardust, Bob Sinclar, Dimitri from
Paris, Mr Oizo, Kojak...) s'est engouffrée avec brio dans
la brèche, imposant la « French Touch »
comme un mouvement durable, de Londres à Berlin, en passant
par Rome, New York, Sidney, Amsterdam, Ibiza, Toronto...
Derrière la « French Touch », depuis le succès américain des Gipsy Kings, la scène « world », traditionnelle ou moderne, a aussi acquis reconnaissance et respect. Terre d'accueil, la France a su découvrir et reproduire des talents issus de cultures éloignées des canons anglo-saxons (Cesaria Evora, Lhasa, Wes, Alabina...). Outre certains pays occidentaux (Allemagne, Etats-Unis, Canada...), les musiques du monde permettent de toucher des territoires moins médiatisés, comme l'Afrique ou l'Amérique latine. Les artistes français ne sont pas insensibles à ce brassage multiculturel : l'album hispanisant Clandestino de Manu Chao (ex-Mano Negra) est disque de platine en Espagne, Deep Forest et Era ont vendu des millions d'albums.
Les autres genres intéressent rarement en dehors des pays francophones. Dans la chanson actuelle, excepté la Québécoise Céline Dion (son album D'eux - quasi-entièrement écrit par le français Jean-Jacques Goldman - a été le disque en français le plus vendu dans le monde avec 6 millions d'exemplaires), seuls Florent Pagny, Mylène Farmer, Francis Cabrel et Patricia Kaas peuvent revendiquer un petit impact en Europe, comme Anggun, Indonésienne chantant en français et en anglais, dont la carrière explose depuis un an.
Fondé aussi sur le texte, le rap souffre de la même manière de la barrière de la langue. Toutefois sa popularité croît au sein de la Francophonie, notamment en Afrique. IAM a l'an dernier décroché disques d'or et de platine en Belgique, en Suisse et au Canada, à l'instar de MC Solaar quelques années auparavant. En 1998, Manau, qui dispense une variété rap celte, a même dépassé le cadre de la Francophonie en popularisant sa Tribu de Dana en Hollande ou en Pologne.
Le rock français est ignoré même si la Mano Negra, à force de concerts, s'est rendue célèbre en Amérique latine, ou si des jeunes groupes comme Autour de Lucie ont bénéficié d'un bon bouche à oreille dans les grandes villes américaines (près de 80 000 albums vendus). Le jazz rassemble un public plus confidentiel, mais fervent. Depuis Jean-Luc Ponty, seul Michel Petrucciani, décédé en janvier 1999, avait su s'imposer auprès des amateurs.
De même dans la musique plus classique, où la France recèle peu d'artistes grand public. Richard Clayderman conserve un public fidèle en Asie et en Europe de l'Est. Mais la vraie révélation de 1998 se nomme Emma Shapplin. Carmine meo, le premier album de cette jeune diva, a décroché des disques d'or et de platine dans treize pays (dont l'Argentine, la Grèce, le Liban ou la Nouvelle-Zélande).
Derrière
cet élan créatif, les structures se sont organisées.
Le milieu techno a fédéré un tissu de labels
indépendants, dont la plupart réalisent les trois
quarts de leurs ventes hors de France. Les départements export
se sont développés, et pas seulement chez les majors.
Les professionnels de l'industrie musicale et les institutionnels
semblent, eux aussi, avoir pris la mesure de l'enjeu, culturel et
économique de ce rayonnement international.
Philippe Nassif
Le triomphe des musiques noires
Sous l'influence
notamment de la jeunesse d'origine immigrée, la variété
française c
onnaît
un heureux phénomène de « blackisation »
depuis ces dernières années.
Pour Ophélie Winter, cela ne fait pas l'ombre d'un doute : « Je suis persuadée d'avoir été black dans une autre vie. » Après tout, l'ex-animatrice des soirées Dance Machine de la chaîne télé M6, qui chantait Dieu m'a donné la foi (titre de son premier tube, en 1996), s'est, en quatre ans, hissée au rang d'idole adolescente. Des 10-16 ans imprégés de culture américaine, qui croisent désormais le rap et la dance, plébiscitent une France « black-blanc-beur » championne du monde, et se reconnaissent dans le couple métissé que forme Mc Solaar et Ophélie Winter, un rapper d'origine africaine et une jolie blonde revendiquant ses origines juives.
Un changement
d'humeur qui se traduit, entre autres, par la montée en
puissance depuis quelques années de la musique black - rap,
soul, funk, reggae et R'n'B, sorte de rap aux mélodies
lascives moelleuses - dans la variété française.
Ce qui, somme toute, est plutôt inédit : longtemps
la musique française a cultivé un univers
essentiellement blanc, privilégiant la tête, les
mélodies et la guitare au détriment des rythmes, du
ventre et des lignes de basses.
Native.
Nous n'en sommes plus là : « Encore très peu représentés il y a une décennie, les canons de la musique black se sont infiltrés dans la production française, constate Marc Tessier-Ducros, directeur de marketing du label Source, la tête chercheuse du groupe Virgin, qui a entre autres produit le funk de Sinclair, la soul de Teri Moïse ou la R'n'B de China. Il y a deux ans, personne ne voulait entendre parler de formation R'n'B. Désormais, toutes les majors se battent pour les produire. »
Après Poetic Lovers, Native, Tribal Jam ou Laam (avec la reprise de Chanter pour ceux... de Michel Berger), cette année les nouveaux prétendants se bousculent au portillon : K-Reen, Hasheem, Melgroove, Poet Hop Jazz, Afrodiziac, Soul Attitude, Assia, X-clusives, Wallen ou Nicole.
Il est vrai que les récents succès en France des Américaines Brandy, Monica et Laureen Hill, ont attiré l'attention de l'industrie du disque. Il est aussi vrai que la réussite d'Ophélie Winter a ouvert la voie des grands médias à des rythmes dansants. Mais il n'en reste pas moins que cette « blackisation » est d'abord due - à l'instar de la situation américaine - à une affirmation croissante de la jeunesse issue de l'immigration. Non seulement le rap (notamment médiatisé par le puissant réseau radio Skyrock) s'est imposé comme la première musique jeune, mais on assiste désormais à une prise en main des moyens de production par cette génération.
A
insi,
les membres de la nébuleuse Ministère Amer (Stomy
Bugsy, Passi, Doc Gyneco) ont leurs propres labels et cherchent à
les doter d'une puissance commerciale, alternant « singles »
spécifiquement « rap » et « hip
R'n'B » beaucoup plus édulcoré en direction
d'un public plus large, tel l'un des tubes de l'été
1998, Il fait chaud de Passi, ou Doc Gyneco clamant
Classez-moi dans la variét'. Mieux : le marché
des musiques black est en France devenu si important qu'il est
désormais prioritairement courtisé par les artistes
américains : après le duo Nas et NTM,
en 1997, on annonce pour cet été un duo entre Passi
et Pras, ex-membres des Fugees, qui, à n'en pas douter,
devrait cartonner des deux côtés de l'Atlantique.
Philippe Nassif
La déferlante de la « French Touch »
Longtemps moqués par les Anglo-Saxons en matière musicale, les Français redorent leur blason depuis quelques années au son de la techno.
Si nous étions français, nous vendrions déjà des millions d'albums », expliquaient récemment les Basement Jaxx, duo londonien qui écume l'underground anglais depuis cinq ans et dont le morceau Red Alert s'annonce d'ores et déjà comme le tube house de l'été 1999.
La
remarque résume, à elle seule, le basculement que
connaît la scène musicale hexagonale depuis trois ans :
pour la première fois dans l'histoire de la musique pop, les
Français sont jugés dignes d'attention par les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui, depuis trois décennies,
avaient plutôt l'habitude de se gausser du manque de « rock
attitude » des « froggies ». Pour
cela, il aura fallu une révolution musicale : la
naissance du mouvement techno, au sein duquel les jeunes Français
ont su exprimer une singularité inédite, en réaction
à des aînés plutôt portés sur la
pâle copie des A
nglo-Saxons.
Frémissante en 1996 - notamment grâce au succès de l'album délicieusement kitsch Sacré Français de Dimitri From Paris -, cette lame de fond se cristallisera en janvier 1997, avec la sortie de l'album Homework des Daft Punk et le déferlement médiatique (300 interviews en deux mois !) qui s'en suivra. Avec un million et demi de disques vendus, ce duo enflamme les « dancefloors » de la planète de leur musique house inspirée par la scène de Chicago, d'une efficacité, d'une désinvolture et surtout d'une crédibilité (l'underground continue à les suivre) imparables.
La « French Touch » est née, qui connaît encore aujourd'hui une reconnaissance bien plus importante à l'étranger que dans son propre pays. Désormais, chaque disque électronique français est accueilli avec ferveur en Grande-Bretagne, une nation qui, rappelons-le, fait et défait les modes depuis le début des années 90.
La seconde déferlante a lieu un an plus tard, en janvier 1998, avec la sortie du premier album de Air, subtile musique de salon aux élancements pop empruntés à Burt Bacharrach, David Bowie ou Taxi Girl. Succès monstrueux : Air est en couverture des magazines anglais les plus branchés (Dazed and Confused, The Face) et vend 450 000 albums à l'étranger.
L
a
même hystérie médiatique s'abattra, en janvier
1999, sur l'album de Cassius, orfèvre d'une house chic
et dansante déjà écoulée à quelque
150 000 exemplaires outre-Manche, tandis que le tube de l'été
1998, Music Sounds better with you, produit par la moitié
des Daft Punk, Stardust, termine sa carrière à
1,2 million de « singles » vendus.
Pour autant, on aura du mal à identifier un son « French Touch » : rien de commun entre le son black et rocailleux des Daft Punk, l'élégance de Cassius ou l'onirisme quiet de Air. Rien si ce n'est une même fraîcheur d'esprit doublée d'une érudition à toute épreuve. « Les Français sont beaucoup moins inhibés et plus ouverts que nous, explique un journaliste anglais. Ils osent mixer des références très différentes - le hip-hop, le rythm'n blues, le hard-rock, les musiques latines ou la pop des sixties - alors que les musiciens anglais restent généralement coincés dans une seule tradition. » La touche française : une liberté salutaire.
Christophe Conte
Le rock français libre comme l’air
Autrefois étouffé sous les complexes, le rock français connaît une embellie depuis le milieu des années 80, où il a appris à redécouvrir ses propres racines au lieu d'envier celle des autres.
C'est plutôt une bonne nouvelle : le rock français a cessé d'être, à l'aube du XXIe siècle, l'objet de moqueries préféré des amateurs de rock sans frontières. Quatre décennies ont passé depuis les premières secousses électriques made in France et ce fameux complexe qui tenaillait les musiciens hexagonaux par rapport à leurs cousins anglo-saxons est sur le point d'entrer au musée, tout près de la relique du complexe des footballeurs.
E
n
dehors des modèles éprouvés, le vétéran
Noir Désir a ouvert la voie à toute une génération
de groupes rock en France.
Pour cause de barrière linguistique insurmontable, le rock chanté en français franchit difficilement les frontières de l'espace francophone, mais au moins, à l'intérieur de ces frontières-là, il a su trouver une identité propre et creuser son sillon de manière assez profonde pour désormais ne devoir plus rien à personne.
Le temps des « yéyés » qui ronéotypaient en le caricaturant le rock d'Elvis ou de Gene Vincent relève à présent d'une préhistoire un peu burlesque. Celui, guère plus flatteur, des groupes clonés sur d'obsédants modèles (Téléphone parodiant sans réelle envergure les Rolling Stones, Trust s'imaginant en AC/DC francophone) étant lui aussi révolu, le rock français paraît enfin affranchi de ses vieilles manies, non seulement prêt à assumer sa singularité mais aussi à la brandir comme un étendard.
On parlera là encore d'exception culturelle française. Au cours des années 90, tandis que des ramifications diverses de la production française (notamment celle des musiques électroniques instrumentales) prenaient d'assaut la citadelle jadis imprenable du marché discographique international, le rock d'obédience plus classique voyait également son impact décupler, au point d'amener certains groupes ou artistes à égaler côté chiffres de vente les caciques de la chanson traditionnelle.
Ainsi Noir Désir, groupe bordelais confiné pendant plus d'une décennie dans la confidentialité du public rock, vend désormais chacun de ses disques à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Plus étonnant, c'est en faisant entorse à presque toutes les règles éprouvées du marketing et de la promotion que Noir Désir s'est imposé : refus de participer aux émissions télés en « prime-time », clips vidéo souvent en rupture avec tous les codes du genre, pochettes allant comme sur leur plus célèbre album Tostaky jusqu'à montrer le groupe... de dos.
La brèche ouverte par Noir Désir a d'ailleurs vu s'engouffrer une génération entière de groupes provinciaux soutenus par les réseaux locaux jusqu'à leur triomphe sur l'ensemble du territoire. Ainsi Louise Attaque, le plus important phénomène apparu ces dernières années (deux millions d'albums vendus) a d'abord été précédé d'une forte réputation pour avoir écumé les planches les plus reculées de la France profonde.
L
a
très scénique Catherine Ringer, des Rita Mitsouko, a la
gouaille, le culot et la démesure des chanteuses d'antan.
Le rock français actuel peut s'enorgueillir d'avoir fait plier quelques certitudes anciennes. En premier lieu, il a démontré que la langue française possédait assez de reliefs pour que les paroles du rock ne tournent plus toujours autour des mêmes platitudes. En s'inspirant du meilleur de la chanson à texte (Brel, Ferré, Trenet ou Aznavour figurent à présent au rang des influences mises sur le même plan que les Beatles ou les Clash), le rock français a élargi son imaginaire, a raffermi sa langue et a trouvé sa voix.
Un jeune artiste comme le Breton Miossec, qui a déjà publié trois albums autant remarqués pour leur densité musicale que pour leurs mots crus et cinglants - les deux premiers s'intitulent assez brutalement Boire et Baiser -, appartient à une nouvelle école du rock à texte, qui refuse la facilité des jolies sonorités pour chercher à donner à son propos du sens et du corps.
C
hristophe
Miossec, tête brûlée de la nouvelle école
du « rock à texte ».
Déjà, au milieu des années 80, l'émergence du mouvement alternatif qui fait accéder les Bérurier Noir et autres Garçons Bouchers à une notoriété nationale prônait la combinaison hautement inflammable des énergies punk et du vocable français fleuri par l'argot et la chanson populaire des faubourgs. Fréhel et Piaf, déjà évoquées en filigrane chez les Rita Mitsouko quelques années auparavant, redevenaient ainsi des muses, tandis que sous les lampions du bal c'était la foire d'empoigne entre la guitare et l'accordéon.En avance sur tout le monde d'une courte tête, les Rita Mitsouko ont notamment donné le ton (bariolé, festif, débraillé) d'une époque où, pour la toute première fois, le rock devenait une langue vivante et vibrante traduit en français. En prenant les ondes en otages (les tubes Marcia Baïla ou C'est comme ça), en révolutionnant l'art du clip vidéo (avec Jean-Baptiste Mondino), le duo parisien distillait à grande échelle, auprès d'un public non averti, l'essence même de cette subversion joyeuse en provenance d'un double héritage : celui de mai 68 et celui des punks.
Plus tard, un groupe fit plus d'étincelles que les autres en ouvrant en grand ses fenêtres sur le monde, en particulier sur les musiques sud-américaines alors mal connues : la Mano Negra. Pionnier dans l'interaction entre les langues et les cultures, doté d'un extraordinaire moteur de scène en la personne de son chanteur Manu Chao, la Mano fut ce catalyseur multivitaminé qui introduisit une dimension à la fois festive et revendicative dans le rock français. A partir de là, de nombreux musiciens français comprirent qu'ils auraient mieux à faire en allant puiser dans les folklores et cultures qui font le tissu en forme de patchwork de la France qu'à poursuivre d'éternelles chimères anglo-américaines.
Auparavant, durant les décennies 60 et 70, il fallut se contenter de tirs isolés, souvent en provenance des mêmes élites, toujours cités en chapelet pour donner illusion de richesse : Michel Polnareff, Serge Gainsbourg, Gérard Manset et quelques autres, exceptionnels parrains d'un rock français en pleine croissance, qui lui ont aussi infligé certains de ses complexes. Ainsi, le rock et la pop français ont-ils trop longtemps vécu sous l'étouffoir de Gainsbourg, à l'exception d'un chanteur qui a su faire le lien parfait entre la génération du grand Serge et la nouvelle : Alain Bashung. En 1999, Bashung a dépassé les trente ans de carrière et figure pourtant dans le tiercé des innovateurs permanents du rock français, conjuguant une démarche artistique souvent ardue avec d'importantes réussites commerciales.
Longtemps dominé par quelques emblèmes, le rock français est désormais multiple, plus riche chaque année de nouvelles têtes, de nouveaux labels et de nouveaux albums. Qu'ils soient plutôt pop et citadins (Autour de Lucie) ou plutôt folk et ruraux (Tue Loup), bruitistes, minimalistes ou bien néotraditionalistes, tous ces nouveaux groupes forment avec leurs parents proches du rap, de l'électro et de la chanson un terreau créatif qu'on a de bonnes raisons de croire fertile pour l'avenir.
Eliane Azoulay
Paris, capitale des musiques du monde
Babel des musiques du monde, la France est le terrain fertile des rencontres entre traditions et inspirations occidentales, africaines, arabes ou latines. Une scène musicale placée sous le signe du métissage, pour la plus grande joie du public.
Sur les Champs-Elysées défile un « damier rythmique » alternant tambourinaires français et sénégalais, une pyramide de percussions guinéennes, une kyrielle d'accordéons, de cornemuses et de vielles à roues venues des bords de Marne, de Bretagne, du Berry... Le tout est rondement mené par le Béninois Wally Badarou, qui a concocté une pimpante mixture de bourrée auvergnate, de gigue celtique et de youyous orientaux invitant à la ronde planante des derviches tourneurs de Turquie et à celle, rêveuse, de géantes ballerines façon boîte à musique...
L'Afrique, avec le Camerounais Manu Dibango, l'Amérique latine, avec le Colombien Yuri Buenaventura, et le Moyen-Orient, avec l'Israélienne Noa l'occupent une place à part entière en France.
Nous sommes en juillet 1989, au fameux défilé multicolore imaginé par Jean-Paul Goude pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française. Il s'agit, le temps d'une parade, de mettre en musique, au-delà des blessures du colonialisme, l'universalisme si cher à « l'esprit français ». Et aussi d'illustrer une mondialisation galopante qui va de pair avec un goût croissant pour les racines les plus particularistes.
Le
G
uinéen
Mory Kanté.
Paris capitale de la « world music », a-t-on clamé au début des années 90 lorsque les Anglais, les Allemands ou les Japonais venaient sur les bords de Seine découvrir le frisson d'une harpe-luth africaine, d'un luth arabe ou d'une flûte indienne. Au point qu'à l'étranger, le raï oranais (voir encadré) ou la morna cap-verdienne d'une Cesaria Evora sont souvent devenus, tout autant que le musette parisien, des symboles de la culture française.
En 1991, la chanteuse tunisienne Amina représentait la France au concours de l'Eurovision. La même année à New York, Khaled l'Algérien, Mory Kanté le Guinéen et les Gipsy Kings, gitans de la région d'Arles (sud de la France), portaient haut les couleurs du drapeau bleu, blanc, rouge, lors d'un concert du 14 juillet, à Central Park. Depuis, les années de l'Inde, du Japon ou de l'Egypte organisées en France, ont ajouté leur pierre sonore à la grande Babel des musiques du monde.
L'expression « world music » fut inventée à Londres au début des années 80, par des aficionados anglais soucieux de mettre de l'ordre dans les bacs des disquaires, où les traditions « de pays » se perdaient entre variété, jazz, rock ou musique classique. Aujourd'hui, on parle plus volontiers de « musiques du monde », en français dans le texte, après avoir hésité entre des dénominations insistant sur l'exotisme (musiques typiques), le tribalisme (musiques ethniques), le régionalisme (folklore) ou le passéisme (traditions).
En réalité, loin d'être nouveau, le phénomène remonte à la nuit des temps. Lorsque le compositeur Bartók allait à la recherche des vieilles mélodies hongroises ou que Puccini s'inspirait des traditions japonaises, ils s'adonnaient déjà au grand brassage des genres et des régions. Que font les Tziganes et les Gitans depuis leur départ de l'Inde au Xe siècle, sinon des mariages de sons en voyage ? Toutes les musiques populaires du XXe siècle sont issues de la rencontre entre l'Europe et l'Afrique, via l'esclavage en Amérique. Le blues, le jazz, le rock ont su faire cavalier seul. Le reggae et le rap sont en train de réussir la même performance. La samba, le tango ou la salsa se trouvent, pour le moment, dans la famille « monde ».
N
ouvelle
étoile de la « world music », la
chanteuse égyptienne Natacha Atlas.
L'unique différence de fond par rapport aux siècles précédents, c'est qu'avec l'apparition de la radio, du disque, de la cassette indéfiniment reproductible, de l'avion, de la télé et du satellite, ce tour du monde des musiques s'est considérablement accéléré. En n'importe quel point du globe, il est désormais possible de puiser dans le supermarché des sons de la terre que les samplers et autres échantillonneurs mettent à la portée de tout un chacun.
Parmi les temps forts de ce grand renouveau des « chants de la terre », citons l'Exposition universelle de 1889, qui permit à Debussy de découvrir le vertige des musiques javanaises, le Bal nègre de la rue Blomet à Paris, qui dès le début du XXe siècle mit la béguine et le mambo à la mode, le mouvement folk des années 70, qui vit la grande résurrection des vocalises corses, celtiques ou berrichonnes.
A coups d'accordéon-rock distillé par quelques stars, le « piano à bretelles » est redevenu un emblème du style français après avoir été catalogué relique vieillotte. Recyclés dans des déluges de sons électroniques, les archaïques « musiques de transe » font désormais guincher des foules d'adolescents. Dans le même temps, s'affirme la vogue des musiques acoustiques, qui servent d'écrin respectueux aux raffinements les plus anciens.
On a pu craindre un temps que le label musiques du monde ne devienne un ghetto pour les artistes du tiers monde. Ou que les chants du Sud ne soient dévorés par le méchant loup impérialiste du Nord. En réalité, l'inspiration circule et vient plus souvent des pauvres que des riches. Parfois même, une reconnaissance occidentale permet à des styles orientaux en voie de disparition de prendre un nouveau départ.
L
'inverse
est également souvent vrai. A coups d'échos de salsa,
de samba ou de raï, la chanson française, le rock, le
jazz s'offrent de formidables cures de jouvence (citons les musiques
colorées de Manu Chao, des Rita Mitsouko, de
Pascal Comelade). Même le rap commence à regarder
du côté des musiques ethniques (comme le groupe Bisso
Na Bisso qui revisite la rumba congolaise), donnant ainsi
l'occasion aux générations issues de l'immigration, qui
n'ont jamais connu le pays de leurs parents et se sentent souvent
écartelées entre plusieurs cultures, de renouer avec
leurs racines.
Mais c'est sans doute la techno qui propose le plus spectaculaire retour aux sources. Tout a commencé par de légers métissages, à la marge, entre l'archaïque et l'électronique attisant le flamboiement des vocalises d'Orient d'un soupçon de rythmes digitalisés (Didi de Khaled, Ya Rayah de Rachid Taha, Musti-musti de Nusrat Fateh Ali Khan ou Let The Plinn d'Alan Stivell).
Puis se sont multipliées les mixtures ethno-techno, engloutissant, avec un énorme succès, la subtilité des traditions de la brousse et de la savane dans la rigidité robotique de musiques fabriquées sur des machines (Deep Forest, Manau, Mangu). Enfin sont arrivées des productions beaucoup plus équilibrées comme le dernier album de la très kitch Natacha Atlas, qui renoue avec la verve moyen-orientale la plus glamour et propose une attrayante version techno-loukoum de Mon amie la rose de Françoise Hardy.
L
e
Cubain Compay Segundo, qui lança la vague salsa en France.
Au fil des ans, les reprises « world » d'anciens tubes français sont de plus en plus à la mode. Il y eut le fameux Ne me quitte pas, de Jacques Brel, en version salsa par le Colombien Yuri Buenaventura, puis la Petite Cantate, de Barbara, adaptée par la fanfare cubaine Banda Municipal de Santiago de Cuba ; et enfin Comme d'habitude, le grand succès de Claude François, chanté en français et en arabe par Khaled, Rachid Taha et Faudel, le triomphal trio d'« 1,2,3 Soleils », concert fédérateur organisé en septembre 1998 à Bercy.
Après la grande vague salsa, lancée en France par l'irrésistible nonagénaire Compay Segundo au milieu des années 90, s'annonce un engouement sans précédent pour les musiques algériennes, qui indique peut-être qu'après les Polonais et les Italiens la grande famille française commence à intégrer sa composante arabe. Désormais le fameux Aïcha écrit pour Khaled par Jean-Jacques Goldman est entonné jusque dans les banquets familiaux. Or, c'est bien connu, en France, tout commence et tout finit par une chanson !
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La France, terre d'accueil du raï
Aux côtés de Khaled, qui a propulsé le raï sur la scène internationale, Rachid Taha (à gauche) et Faudel (à droite) |
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Pourtant ses deux sources d'inspiration sont purement traditionnelles. D'une part, la poésie bédouine - mâtinée d'improvisation sur l'actualité sociale et politique - pour flûte gasba des chiouks (les maîtres de ce genre). D'autre part, le chant âpre et grivois pour percussions, des meddahates, chanteuses des assemblées de femmes qui, avec une certaine lubricité et à la grande joie des « anciennes », initient les jouvencelles aux pièges et aux joies de l'amour. Pratiqué d'abord dans les cabarets à hautes doses d'alcool, le raï chante crûment les plaisirs de l'amour libre et les vertiges de l'ivresse. Longtemps d'ailleurs, les hommes et les femmes l'écouteront séparément, et le plus souvent en cachette. C'est seulement lorsque les chebs (les jeunes) mettront de l'eau dans leur vin et policeront un peu leurs paroles que le raï sera admis à la radio ou à la télévision algérienne et sera écouté en famille. Désormais, parents et enfants se pressent ensemble aux concerts organisés dans les salles les plus populaires comme les plus huppées. Il aura fallu pour cela que Khaled accepte de se plier aux règles du show-business. Lui qui fut un des premiers à introduire l'accordéon, aujourd'hui remplacé par le synthétiseur, dans une musique pour flûtes et percussions, laisse, en 1992, deux habitués des stars du rock (Don Was et Michael Brook) produire son album Khaled et nourrir de percussions dance music ses mélopées lancinantes et rugueuses. Le premier tube planétaire en arabe se trouvait dans cet album : Didi, depuis traduit en toutes sortes de langues, même en hindi et en hébreu. Bien que Cheb Mami ait amorcé une percée avec son grand succès Mama, le seul réel dauphin de Khaled est aujourd'hui le tout jeune et très charismatique Faudel (vingt ans à peine) : grandi à Mantes-la-Jolie (en région parisienne), il fait craquer les foules avec sa désarmante gentillesse, son regard pailleté, sa voix éblouissante. Dans le même temps, commencent à apparaître sur le devant de la scène, d'autres facettes des musiques arabes. Rachid Taha, l'ancien chanteur du groupe Carte de séjour, qui immortalisa Douce France de Charles Trenet en version « beur », rallie les foules avec sa lancinante techno inspirée du chaabi, version populaire de la très classique musique arabo-andalouse. L'Orchestre national de Barbès et le groupe Gnaoua Diffusion revisitent, eux, les musiques de transe des Gnaoua du Maroc (musicothérapeutes), au son du rock et du funk. La ronde des musiques arabes ne fait que commencer. |
Anne-Marie Paquotte
La francophonie en chansons
Si les pays francophones représentent le public naturel de la chanson française, l'inverse est également vrai, et les artistes venus des quatre coins de la Francophonie caracolent en tête des ventes de disques en France. Entre « chanteuses à voix » et comédie musicale, le Québec est à l'honneur, la Belgique et la Suisse pratiquant également d'harmonieux échanges avec la France.
Dans le vaste domaine de la chanson francophone, les Québécoises raflent la mise. Céline Dion règne sur les ventes de disques, rejointe par Lara Fabian, sa concitoyenne d'adoption, d'origine belge ; en une chanson (la Différence) et un duo (avec Johnny Hallyday), celle-ci a conquis les Français.
L
a
nouvelle « chanteuse à voix »
québécoise, Isabelle Boulay.
La faveur du public pour les « chanteuses à voix » ne se dément pas, d'où l'afflux constant de nouvelles recrues. Dernière en date, la jeune Isabelle Boulay (qui a participé à une des nombreuses versions de Starmania, le triomphal opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon) espère bien faire un jour la nique à ses aînées. Dans un registre nettement plus intime, la rayonnante Lynda Lemay a su, quant à elle, faire reconnaître la grâce de son écriture.
Les Québécois rivalisent avec les Québécois. Luc Plamondon a fait un tabac cet hiver avec sa nouvelle comédie musicale, Notre-Dame de Paris (le livret est de Richard Cocciante). Tous les augures pourtant lui prédisaient que Starmania était l'exception qui confirme la règle selon laquelle ce genre est peu prisé de ce côté-ci de l'Atlantique. L'exception s'est renouvelée : pour l'héroïne de Victor Hugo, tout Paris a eu les yeux de Quasimodo. Le spectacle s'est joué quatre mois à guichets fermés dans une salle parisienne, le disque s'est arraché en France, en Belgique et au Canada, et le spectacle est depuis parti en tournée.
Maurane
a été l'une des interprètes de Starmania
avant de poursuivre sa carrière en solo. « Chanteuse
à voix », elle aussi - « elle a un
diamant dans la gorge », dit d'elle Maxime Le
Forestier -, son répertoire, s'il se cherche encore, est plus
exigeant que c
elui
de ses collègues.
La chanteuse Maurane,
à
la voix chaude et profonde.
L'arrivée en trombe d'Axelle Red ne la menace pourtant pas sur son territoire. La rousse flamande, de nationalité belge, est la seule francophone réellement convaincante dans la reprise des recettes éprouvées de la « soul » des années 70. Il faut dire qu'elle s'est adjoint les services de l'arrangeur d'Isaac Hayes et du guitariste Charles « Skip » Pitts, des pointures du genre. Il y a quelques mois, elle a partagé la scène avec des stars de la soul et du rythm'n'blues, Isaac Hayes mais aussi Wilson Pickett ou Percy Sledge. Après avoir préludé à la Coupe du monde de football en duo avec le Sénégalais Youssou N'Dour, Axelle Red a été élue artiste féminine de l'année aux dernières Victoires de la musique.
L
e
Suisse Stephan Eicher
En Suisse, la chanson collectionne moins les Disques d'or ou de platine que les artistes originaux. Stephan Eicher toujours, éclectique, polyglotte, ambassadeur d'une européanité intérieure. Sarclo, salubre citoyen du monde, a participé à la dernière tournée d'un Renaud enthousiasmé par ce personnage plein de verdeur et de tendresse. Jean Bart, vrai cinéaste musical, mêle à ses harmonieuses ballades des répliques empruntées à des films.
Retour au Québec, où est née la renommée de Lhasa de Sela, captivante nomade américano-mexicaine qui chante en espagnol et depuis peu en français. Elle s'est d'abord inspirée de légendes aztèques, y a mêlé ses chroniques crânes et songeuses, continue son voyage. Avec elle, la Francophonie s'élargit aux frontières du monde, hors des frontières du temps.
Anne-Marie Paquotte
Une pléiade d’auteurs
La force de la chanson française actuelle tient sans conteste à la vigueur des nouveaux auteurs. On assiste depuis quelques années dans l'écriture à une poussée de sève bienvenue. Elan tardif - il a fallu d'abord que la chanson, longtemps qualifiée de « chanson à texte », accorde plus d'importance à la musique, ce qu'elle a fait en intégrant les tempos nouveaux : hip-hop, trip-hop, world music. Mais élan intense.

Interprètes d'hier et d'aujourd'hui (de gauche à droite) : Serge Gainsbourg, Zazie, Juliette, Alain Souchon, et Etienne Daho.
On a pu croire que Jane Birkin, interprète exclusive en même temps qu'égérie de Serge Gainsbourg, serait condamnée au silence à la mort de celui-ci. Or, après un album où elle reprenait des chansons de lui qu'il n'avait pas écrites pour elle, la chanteuse et comédienne s'est fait écrire d'autres rôles, par d'autres metteurs en scène sonore. Pour ce faire, elle a essentiellement puisé dans le jeune vivier français : à l'exception de Françoise Hardy, Gérard Manset, Alain Souchon et Etienne Daho, ses dernières chansons sont signées de plumes neuves : Miossec, Nilda Fernández, MC Solaar ou Zazie. Et elles ne déparent pas dans le répertoire hors du commun de la dame.
Dans cette éclosion de nouveaux talents, on pourrait s'amuser à tracer des lignées : entendre dans la frémissante finesse de Zazie des échos de Françoise Hardy, la mémoire de Barbara dans l'indomptable liberté d'Arielle, l'amour de la langue d'un Nougaro dans la fièvre d'un Allain Leprest. Et s'étonner de reconnaître chez un nouveau venu, Marc Gauvin, l'empreinte du grand Gainsbourg lui-même, à travers le chant murmuré, le jeu euphonique avec les mots. Seule la cynique nonchalance d'un Dutronc interprétant Jacques Lanzmann ou David McNeil n'a, semble-t-il, pas encore fait souche...
Les familles cohabitent désormais sans préjugé. Le rock ne trouve plus la chanson avilissante : témoin les récentes reprises de Brel, sous le titre Aux suivants, où Alain Bashung et le groupe Noir Désir figurent parmi les plus convaincants de ces interprètes inédits du grand Jacques (voir article sur le rock).
D
e
Brel encore on est parfois tenté de rapprocher Dick
Annegarn (le Hollandais devrait figurer dans notre chapitre
consacré aux francophones, mais, comme Brel le Belge, les
Français l'ont définitivement adopté !). Ce
dernier maîtrise, d'une manière époustouflante,
l'art poétique, l'audace métaphorique, l'alternance de
la gouaille joueuse, de la chronique pudique et de l'émotion
la plus bouleversante. C'est sans aucun doute l'une des meilleures
plumes actuelles.
Annegarn figure au catalogue de « tôt Ou tard », l'un des labels français les plus attentifs à l'originalité des styles. Quand Lithium rassemble les minimalistes (voir encadré), lui collectionne les singularités. De Jacques Higelin, qui s'est joint il y a peu à la jeune écurie, on connaît l'admiration pour Trenet, qui a souvent influencé son inspiration.
On peut rattacher à la parentèle du « fou chantant » Thomas Fersen, lui aussi « tôt Ou tardif ». Fabuliste moderne, Fersen manie une écriture fluide, jongleuse, jouant de l'espièglerie aussi bien que d'une gravité qui se teinte avec élégance d'une apparente légèreté.
C'est plutôt dans la littérature romantique qu'il faudrait rechercher l'ascendance de Jean-Louis Murat. Enraciné en Auvergne, Murat évoque souvent sa région avec une passion qui n'a pour rivale que la passion amoureuse, ténébreuse et sensuelle. Il est de ceux qui ont su renouveler le pas de deux traditionnel au genre - je t'aime, tu m'aimes, on s'aime. Lui préfère au flou sucré des contes de fées la noirceur des jours ensemble, la brûlure des nuits partagées. Une fièvre salubre dans un domaine où on a encore trop souvent l'impression qu'une poupée Barbie a dicté ses fadaises au chanteur de charme de service.
N'oublions pas non plus Juliette - verve féroce et gourmande dans la tradition des grandes dames de la chanson réaliste -, Enzo Enzo, subtile et sensible impressionniste, Arthur H., audacieux expérimentateur néo-surréaliste des mots et des sons, et les autres qui défient heureusement ces conventions désuètes, de concert avec leurs prestigieux prédécesseurs dans la carrière, Brel, Barbara ou l'indétrônable Alain Souchon.
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La chanson minimaliste A lui seul, un label indépendant, Lithium, a donné naissance ces dernières années à ce que l'on a qualifié de mouvement minimaliste dans la chanson française. Caractéristiques principales : des arrangements d'abord extrêmement dépouillés, qui virent actuellement au « brut de décoffrage », autour de guitares saturées jusqu'aux limites du supportable. Des voix ténues, discrètes, blanches. Une écriture blanche elle aussi, comme on a pu le dire il y a plus d'une décennie d'une tendance de la littérature américaine : le ton est distant, cliniquement détaché. La colère est sous-jacente : pas de hurlements désespérés, pas de dénonciation virulente de nos sociétés libérales, juste les symptômes d'une rage froide.
Chef de file incontesté de cette mouvance (qui compte aussi Philippe Katerine, Julien Baer, Bertrand Betsch), Dominique A. a su installer sa vision du monde et de la musique. D'album en album (il en a publié quatre à ce jour), on l'a vu évoluer vers une austérité délibérée. Sur le dernier paru, Remué, les orchestrations aériennes du précédent, la Mémoire neuve, ont fait place à la rudesse de climats « post-industriels » ; la voix naturellement veloutée se contraint à la sécheresse ; le constat d'un monde glacé est implacable, et accablant. S'y trouvent rassemblées les qualités du minimalisme : l'exigence, la rigueur, l'anti-culte du moi, et ses défauts - entre autres, le revers de la distance, vertu salubre s'il en est, mais qui fustige comme faiblesses pécheresses et l'émotion et l'humour ; et sur le plan musical, le jeu de guitare basique. |
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Pourtant, les minimalistes ne sont pas tous aussi radicaux dans leur démarche. Françoiz Breut, compagne de Dominique A., qui a participé aux concerts de celui-ci - accueillie avec chaleur par le public -, a également publié un album auquel il a largement collaboré. Le résultat de leurs travaux n'est guère plus optimiste, mais opte pour la clarté plus que pour l'atone blancheur, pour une mise à nu qui ne métamorphose pas son monde en un écorché de Bacon : plutôt en un désert où, grâce à cette voix frémissante de vie, rien n'est tout à fait perdu au bout du compte, « au bout de tout, au bout de rien du tout ». |
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La chanson buissonnière A côté de tendances « lourdes » - variété puissamment médiatisée, minimalisme puritain -, se profile une chanson légère, joueuse, dont la modernité renoue avec une fantaisie guère cultivée depuis Charles Trenet. Espièglerie bienvenue dans un domaine où le sérieux est souvent de mise... Parmi ces artistes d'humeur folâtre, on citera M., alias Mathieu, fils du chanteur Louis Chédid et petit-fils de la poétesse et romancière Andrée Chédid - noble lignée. Les gambades de M. ne la déshonorent pas.
Cheveux laqués formant sur son crâne sa lettre-pseudo, costume rouge rutilant, le jeune homme ne dément pas sa réputation d'excellent guitariste (outre son paternel, il a accompagné Sinclair, Nina Morato, Mathieu Boogaerts). Sa virtuosité instrumentale se déploie à sa guise sur des rythmes colorés, au long de chansons plaisantines. M. dit qu'il refuse de grandir, et son répertoire témoigne de ce « syndrome Peter Pan », irréductible et contagieux esprit d'enfance. Esprit qui règne aussi chez Mathieu Boogaerts, lequel fait danser ses comptines mutines sur un mambo, une biguine, une bossa, des ruissellements d'eau, des tintements de clochette. Délibérément anodins, ses petits refrains sonnent parfois vains. On touche chez lui à la limite de ce mini-genre. |
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Autre tendance buissonnière, la musique jouant d'instruments-jouets. Après Pascal Comelade, Yann Tiersen a mis sur scène un piano-toy aux côtés d'un clavier classique, d'un accordéon et d'un violon. L'homme-orchestre entraîne son auditoire fasciné de ritournelles semblant surgies d'un moulin à musique en songeries pianistiques, d'un tempétueux solo de violon à un duo piano-accordéon - il en joue simultanément. L'inventif Tiersen accueille désormais un groupe à ses côtés sur scène, et chante de plus en plus volontiers. Voix murmurante, brefs instantanés de vie ordinaire, croquis doux pris sur le vif : une chanson singulière. |
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Chanson engagée, chanson dégagée ?
Tout en faisant rimer amour et fantaisie, la chanson fut aussi longtemps insolente, frondeuse, « franc-tireuse ». Brel moquait les Bourgeois ; Ferré décrétait qu'« à l'école de la poésie on n'apprend pas, on se bat » ; le Déserteur de Boris Vian n'a cessé d'être censuré en période de guerre. La pasionaria sonore a-t-elle déserté le champ des batailles d'idées ? On entend peu aujourd'hui de tribuns chantants prendre la scène pour une estrade. Les temps ont changé, aurait pu dire Dylan. Le patron honni d'antan a laissé place à d'anonymes et gigantesques conglomérats financiers. Les jeunes bourgeois en colère de mai 68 ont, pour beaucoup d'entre eux, opté pour le libéralisme. L'ennemi intérieur balance entre tentation du compromis et tentation du désespoir. On n'en est plus au no future des punks des années 80, mais carrément au « no present » ! Les textes de Dominique A. notamment témoignent de cet abattement, de ce repli sur le vide. Cependant, la chanson actuelle ne pratique pas la déploration à l'unisson. Le Québécois Richard Desjardins a toujours la rage fertile. Le groupe Noir Désir manifeste avec constance un engagement vigilant contre l'extrême droite ou l'exclusion : en témoigne encore sa récente participation au concert organisé au profit du GISTI (Groupe d'information et de soutien aux immigrés), et au live qui l'a suivi (chez Naïve), avec entre autres Miossec, Rachid Taha, Louise Attaque, Teri Moïse, les Rita Mitsouko. |
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Le prometteur groupe rock Tue-Loup refuse de « crever les poings liés ». Les Têtes raides n'oublient ni les déportés (le septet reprend le Cœur a sa mémoire, de Mauricette Leibowitch), ni l'Algérie (Dans la gueule du loup, de Kateb Yacine). Atteint du sida, Mano Solo éructe sa fureur : « La liberté ou la mort / Moi j'aurai eu les deux ». Dans une chanson ironiquement intitulée Tous ensemble, Erik Arnaud dénonce l'individualisme contemporain. Les Toulousains de Zebda font reprendre en chœur à leur public le Chant des partisans.
Pierre Perret, qui n'a jamais craint d'appeler un chat un chat, a appelé son dernier album, la Bête est revenue. Engagement sans fard contre l'extrême droite de la part d'un chanteur qui peut se targuer de réunir un public réellement populaire. Les prises de position d'artistes aussi consensuels que lui restent cependant l'exception qui confirme la règle. La plupart de ses collègues à succès donnent plutôt dans le politiquement correct, la mauvaise conscience de bon ton. Si Madame X, la chanson de Francis Cabrel qui clôt son nouvel album, est une sobre et terrible vision de la misère ordinaire aujourd'hui en France, il ne s'agit là que d'un constat, pas d'un pamphlet. Aux accents révolutionnaires de jadis, la chanson préférerait-t-elle le ronron de la pensée |
Stéphane Lerouge
Musique et cinéma : un duo qui s’exporte
Véritable plaque tournante de la musique de film depuis les années 30, la France compte de nombreux compositeurs au rayonnement international.
Au cinéma, le compositeur doit être l'homme de toutes les cultures. » C'est en ces termes que Nino Rota, frère de création et double musical de Fellini, définissait son statut : celui d'un créateur, musicien, devant parvenir à s'exprimer à travers l'univers d'un autre créateur, metteur en scène. Dans la musique au cinéma, il n'y a ni limitation, ni restriction à une inspiration particulière, du néoclassique au rap, du jazz aux recherches électroacoustiques, sans oublier les larges horizons qu'ouvre le recours aux folklores.
La comédie
musicale culte Les
Parapluies
de Cherbourg de Jacques Demy, mise en musique par Michel Legrand,
avec Catherine Deneuve.
C'est précisément cette invitation à la diversité des styles qui attire les hommes de musique vers le septième art. Fascinés par cette forme de liberté, beaucoup de musiciens français issus de la chanson ont, dès les années 30, commencé à voir dans le cinéma une sorte d'idéal, d'accomplissement, un moyen rêvé pour affirmer d'autres ambitions. Comme notamment Paul Misraki, auteur des succès de l'orchestre de Ray Ventura (Tout va très bien, Madame la marquise, Qu'est-ce qu'on attend ?) : à travers les films de Jacques Becker, Orson Welles, Jean-Luc Godard ou Claude Chabrol, il révélera ses qualités de symphoniste inventif et rigoureux.
Même parcours, quarante ans plus tard, pour Jean-Claude Petit (Jean de Florette, Cyrano de Bergerac, le Hussard sur le toit) ou Gabriel Yared (37°2 le matin, l'Amant), à l'origine arrangeur de variétés. « Composer pour des films, précise Petit, me permet de faire les preuves des différentes cultures musicales qui sont les miennes. C'est aussi la meilleure opportunité pour aborder des langages que l'on ne traiterait pas sinon. »
Historiquement, le premier musicien à avoir réfléchi et théorisé sur l'agencement entre la musique et les autres ingrédients sonores était français. Compositeur de Jean Vigo (l'Atalante) et Marcel Carné (Quai des brumes, Le jour se lève), Maurice Jaubert imposera une écriture lyrique et minimaliste et, surtout, une façon personnelle de faire pénétrer la partition dans le film. Chez lui, chaque intervention musicale naît et meurt dans un bruit... Pionnier et poète, premier grand compositeur du parlant, Jaubert entraînera la musique de film sur les chemins de l'innovation, le temps d'une trajectoire fulgurante : dix ans seulement de 1930 à 1940, date de sa mort sur le front, où il est tué à quelques heures du cessez-le-feu.
C'
est
au compositeur fétiche de Luc Besson, Eric Serra, que la
musique du James Bond Goldeneye avait été confiée.
Depuis, la France s'imposera toujours comme une plaque tournante de la musique de film. A la façon d'un aéroport culturel, elle est l'endroit où l'on arrive et d'où l'on part... Futur compositeur d'Alfred Hitchcock, de John Huston ou de William Wyler (Ben Hur), le Hongrois Miklos Rosza sera, dans les années 20, le disciple parisien d'Arthur Honegger, avant de s'expatrier à Hollywood, dont il deviendra l'un des musiciens emblématiques.
Trois décennies plus tard, l'Argentin Lalo Schifrin (Mission impossible, Bullitt, Tango) et l'Américain Quincy Jones (Dans la chaleur de la nuit) affineront simultanément leurs connaissances au Conservatoire de Paris, sous la direction de Nadia Boulanger, qui formera au début des années 60 un jeune immigré roumain, Vladimir Cosma, dont les partitions envelopperont d'un voile de nostalgie une tendance douce-amère de la comédie à la française (Alexandre le bienheureux, le Grand Blond avec une chaussure noire, Un éléphant ça trompe énormément).
Dans l'autre sens, les exemples ne manquent pas : de toutes les branches de l'audiovisuel français, la musique de film est certainement l'activité qui a su le mieux exporter ses forces vives. Que l'on songe par exemple aux carrières internationales de Maurice Jarre (Lawrence d'Arabie, Docteur Jivago, le Cercle des poètes disparus), Francis Lai (Love Story), Michel Legrand (Un été 42, Yentl), Georges Delerue (Platoon), Gabriel Yared (le Patient anglais) ou même Eric Serra, récemment appelé à rénover musicalement l'image de James Bond (Goldeneye).
Depuis Paul Misraki, premier compositeur français à avoir sévi à Los Angeles, en 1945, Hollywood exerce sur les musiciens hexagonaux le pouvoir d'un aimant. Comme s'il s'agissait d'un passage obligé pour avoir accès à une réelle reconnaissance mondiale... De fait, les départs respectifs de Maurice Jarre (en 1966) et de Georges Delerue (en 1981), motivés par des conditions de travail plus confortables, ont fait réfléchir beaucoup de professionnels...
Auréolé par les réussites des films musicaux de Jacques Demy (les Parapluies de Cherbourg, les Demoiselles de Rochefort), Michel Legrand décidera à son tour de traverser l'Atlantique en 1968, comme pour s'offrir une nouvelle naissance. « Cela dit, au bout de deux ans et demi, j'ai viscéralement ressenti le besoin de rentrer en France... Edith Piaf m'avait dit un jour : "Si tu t'installes aux Etats-Unis, tu perdras ton talent !" Dès que j'ai senti le danger, j'ai pensé à Piaf et j'ai aussitôt bondi dans un vol retour. Ce qui ne m'empêche pas de continuer à composer pour des films américains. Ainsi, je reste proche d'Hollywood, tout en ayant la tête en France. »
Et aujourd'hui ? Quel est l'état de la musique de film en France ? Après l'avènement de Jean-Claude Petit et Gabriel Yared, puis de Serra à travers les films de Luc Besson, on a longtemps guetté l'émergence d'une nouvelle génération de musiciens de l'écran. A la moitié des années 90, il était enfin possible de déceler quelques solides et prometteurs compositeurs pour demain : Bruno Coulais (Microcosmos, Dom Juan, Belle Maman), Béatrice Thiriet (Petits arrangements avec les morts, l'Autre Côté de la mer), Alexandre Desplat (Un héros très discret, Love, etc.), Pierre Adenot (les Aveux de l'innocent).

Se devant d'épouser l'univers d'un cinéaste tout en lui apportant une « poésie supplémentaire », la musique de film est considérée comme un acteur à part entière par les compositeurs français.
Même si ces musiciens ne forment pas un collectif aussi soudé que celui de la Nouvelle Vague autrefois, le souci d'épouser un cinéma de leur temps, auprès de metteurs en scène de leur génération - comme Pascale Ferran, Dominique Cabrera, Arnaud Desplechin, Eric Rochant, Denis Podalydès, Lætitia Masson, Mathieu Kassovitz - leur offre une situation désormais enviable. Béatrice Thiriet reconnaît que « ce sont des gens qui aiment la musique et qui l'intègrent comme un élément à part entière de leur écriture. Car la bonne musique de film ne doit pas être un pléonasme mais un état supplémentaire ».
Seul motif d'inquiétude à l'horizon des jeunes compositeurs : sur l'exemple de Tarantino, une tendance accrue de certains metteurs en scène à habiller partiellement ou totalement leurs films avec des musiques déjà existantes, souvent en provenance de catalogues pop, rock ou rap. Mode éphémère ou rejet durable d'une création musicale originale ? Tous s'accordent sur le fait qu'à l'heure actuelle, le cinéma reste malgré tout le seul moyen d'écrire de la musique instrumentale et de la faire entendre par un large public. Tout en essayant d'apporter un « plus ». Un peu à la façon de Maurice Jaubert, père fondateur de la musique de film française, qui écrivait en 1934 : « La musique doit contribuer à rendre claire et logique l'histoire que constitue tout film. Tant mieux si, au passage, elle lui fait don d'une poésie supplémentaire, la sienne propre. »
Parcours choisi
A
ECOUTER
Les
Cinglés du music-hall : 1
volume par année de 1932 à 1943, par Jean-Christophe
Averty, (éd. Frémeaux et Associés)
Anthologie de la chanson française : (des trouvères aux grands auteurs du XIXe siècle), 15 compacts
Charles Trenet : Anthologie (EMI)
Barbara :
Intégrale, 13 CD, 260
titres (Philips)
Georges Brassens : Intégrale (Philips)
Jacques Brel : Intégrale, 10 CD, 172 titres (Barclay)
Léo Ferré : Intégrale (Barclay)
Edith Piaf : 1936-1945 (Polygram)
Musiques
blackOphélie Winter : Privacy (EastWest)
Passi : Les Tentations (V2)
Sinclair :
La Bonne Attitude (Virgin)
Pierpoljack : (Barclay)
Poetic Lover : Amants poétiques (M6 Inte-ractif/Sony)
Secteur A : Live à l'Olympia (Hostile/Virgin)
Raggasonic :
Raggasonic 2 (Source)
Princess Erika : Tant qu'il y aura (Epic/Sony)
Native : Couleurs de l'amour (BMG)
Tribal Jam : Démarre le show (EMI)
TechnoDaft Punk : Homework (Virgin)
Air : Moon Safari (Source)
Cassius : Cassius (Virgin)
Dimitri from Paris : Sacrebleu (EastWest)
Etienne
de Crécy : Superdiscount (V2)
Compilation : Paris is sleeping, Respect is burning, 2 CD (Labels, Virgin)
Stardust : Music Sounds better with you (Yellow/EastWest)
Bob Sinclar : Sunsun (Yellow/EastWest)
Mellow : Mellow (ATM/Attol music)
Roudoudou :
Listener Digest (Delabel)
Autour de Lucie : Immobile (Le Village Vert/Sony)
Alain
Bashung : Fantaisie militaire (Barclay)
Bérurier Noir : Abracadaboum (Bondage)
Diabologum : #3 (Lithium/Virgin)
Manu Chao : Clandestino (Virgin)
Les Innocents : Post partum (Virgin)
Louise
Attaque : Louise Attaque (Atmos-phères/Sony)
Marquis de Sade : Rue de Siam (EMI)
Noir Désir : Tostaky (Barclay)
La Mano Negra : Best of (Virgin)
Miossec : Boire (PIAS)
Les
Rita Mitsouko : The No Comprendo (Virgin)
Tue-Loup : La Bancale (PIAS)
Sylvain Vanot : Sur des arbres (Labels/Virgin)
France :
l'accordéon de Marc
Perrone (Jacaranda, Chant du monde), les musiques
bretonnes d' Alan Stivell (Brian Boru, Dreyfus),
l'épinette de Jean-François Dutertre (Ballades
françaises, Adda).
Maghreb : le raï de Khaled (Khaled, Barclay), la techno orientale de Rachid Taha (Diwan, Barclay), le concert 1,2,3 Soleil (double CD, Taha-Khaled-Faudel, Barclay)
Afrique : les mornas cap-verdiennes de Cesaria Evora (Live à l'Olympia, Mélodie), les blues maliens d'Ali Fraka Touré (The River, World Circuit).
Amérique latine : le son cubain de Compay Segundo (Cien años de son, EastWest).
Asie : le qawwall pakistanais de Nusrat Fateh Ali Khan (The Last Prophet, Realworld).
Traverses : les iconoclastes télescopages de Pascal Comelade (Trafic d'abstraction, Disques du soleil et de l'acier).
Céline Dion : S'il suffisait d'aimer (Columbia).
Lara Fabian : Live, double album (Polydor)
Isabelle Boulay : Etats d'amour (V2)
Lynda Lemay : (WEA music)
Notre-Dame de Paris : (Sony)
Maurane : L'Un pour l'autre (Polydor)
Axelle Red : Toujours moi (Virgin)
Stephan Eicher : Louanges (Virgin)
Sarclo : On leur doit des enfants si doux (EPM)
Jean Bart : Serein (Musidisc)
Lhasa de Sela : La Llorona (tôt Ou tard)
Françoise Hardy : Danger (Virgin)
Jacques Dutronc : 2 CD années 1960-70 et 1980-90 (BMG)
Alain Souchon : 4 CD (Virgin)
Jane Birkin : A la légère (Mercury)
Zazie : Made in Love (Mercury)
Arielle : Immortelle (Island/Mercury)
Allain Leprest : Nu (Night & Day)
Marc Gauvin : Maline Cloé (EastWest)
Reprises de Brel : Aux suivants (Barclay)
Dick Annegarn : Adieu verdure (tôt Ou tard)
Thomas Fersen : Le Jour du poisson (tôt Ou tard)
Etienne Daho : Eden (Virgin)
Juliette : Assassins sans couteaux (SCA)
Enzo Enzo : Oui (BMG)
Jean-Louis Murat : Live in Dolorès (Virgin)
M. : Le Baptême (Delabel)
Arthur H : Fête trouble (Polygram)
Mathieu Boogaerts : J'en ai marre d'être deux (Island)
Yann Tiersen : Le Phare (Labels)
Pascal Comelade : El cabaret galactic (Virgin)
Dominique A. : Remué (Lithium, Labels)
Françoiz Breut : (Lithium, Labels)
Richard Desjardins : Boom Boom (Foukinic/BMG)
Les Têtes raides : Chambouliou (tôt Ou tard)
Mano Solo : Je sais pas trop (EastWest)
Erik Arnaud :1998 Amérik (Aliénor/PIAS)
Zebda : Essence ordinaire (Barclay)
Pierre Perret : La Bête est revenue (Adèle/EMI)
Francis Cabrel : Hors-saison (Columbia)
Collection Paul Misraki : quatre CD (Pomme Music-Sonic)
Les plus belles musiques de films de René Cloërec : un CD (Play-Time)
Maurice Jarre, musiques de films 1958-1964 : un CD (Play-Time)
Georges Delerue, trente ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
Michel Magne, vingt ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
François de Roubaix, dix ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
Les Parapluies du Cherbourg (version intégrale), musique de Michel Legrand : un double CD (Sony Classical)
Les Demoiselles de Rochefort (version intégrale), musique de Michel Legrand : un double CD (Mercury-Polygram)
Collection Vladimir Cosma : vingt-trois CD (Pomme Music-Sony)
Chanson française
Les Cinglés du music-hall : 1 volume par année de 1932 à 1943, par Jean-Christophe Averty, (éd. Frémeaux et Associés)
Anthologie de la chanson française : (des trouvères aux grands auteurs du XIXe siècle), 15 compacts
Charles Trenet : Anthologie (EMI)
Barbara : Intégrale, 13 CD, 260 titres (Philips)
Georges Brassens : Intégrale (Philips)
Jacques Brel : Intégrale, 10 CD, 172 titres (Barclay)
Léo Ferré : Intégrale (Barclay)
Edith Piaf : 1936-1945 (Polygram)
Musiques black
Ophélie Winter : Privacy (EastWest)
Passi : Les Tentations (V2)
Sinclair : La Bonne Attitude (Virgin)
Pierpoljack : (Barclay)
Poetic Lover : Amants poétiques (M6 Inte-ractif/Sony)
Secteur A : Live à l'Olympia (Hostile/Virgin)
Raggasonic : Raggasonic 2 (Source)
Princess Erika : Tant qu'il y aura (Epic/Sony)
Native : Couleurs de l'amour (BMG)
Tribal Jam : Démarre le show (EMI)
Techno
Daft Punk : Homework (Virgin)
Air : Moon Safari (Source)
Cassius : Cassius (Virgin)
Dimitri from Paris : Sacrebleu (EastWest)
Etienne de Crécy : Superdiscount (V2)
Compilation : Paris is sleeping, Respect is burning, 2 CD (Labels, Virgin)
Stardust : Music Sounds better with you (Yellow/EastWest)
Bob Sinclar : Sunsun (Yellow/EastWest)
Mellow : Mellow (ATM/Attol music)
Roudoudou : Listener Digest (Delabel)
Rock
Autour de Lucie : Immobile (Le Village Vert/Sony)
Alain Bashung : Fantaisie militaire (Barclay)
Bérurier Noir : Abracadaboum (Bondage)
Diabologum : #3 (Lithium/Virgin)
Manu Chao : Clandestino (Virgin)
Les Innocents : Post partum (Virgin)
Louise Attaque : Louise Attaque (Atmos-phères/Sony)
Marquis de Sade : Rue de Siam (EMI)
Noir Désir : Tostaky (Barclay)
La Mano Negra : Best of (Virgin)
Miossec : Boire (PIAS)
Les Rita Mitsouko : The No Comprendo (Virgin)
Tue-Loup : La Bancale (PIAS)
Sylvain Vanot : Sur des arbres (Labels/Virgin)
Musiques du monde
France : l'accordéon de Marc Perrone (Jacaranda, Chant du monde), les musiques bretonnes d' Alan Stivell (Brian Boru, Dreyfus), l'épinette de Jean-François Dutertre (Ballades françaises, Adda).
Maghreb : le raï de Khaled (Khaled, Barclay), la techno orientale de Rachid Taha (Diwan, Barclay), le concert 1,2,3 Soleil (double CD, Taha-Khaled-Faudel, Barclay)
Afrique : les mornas cap-verdiennes de Cesaria Evora (Live à l'Olympia, Mélodie), les blues maliens d'Ali Fraka Touré (The River, World Circuit).
Amérique latine : le son cubain de Compay Segundo (Cien años de son, EastWest).
Asie : le qawwall pakistanais de Nusrat Fateh Ali Khan (The Last Prophet, Realworld).
Traverses : les iconoclastes télescopages de Pascal Comelade (Trafic d'abstraction, Disques du soleil et de l'acier).
Chanson francophone
Céline Dion : S'il suffisait d'aimer (Columbia).
Lara Fabian : Live, double album (Polydor)
Isabelle Boulay : Etats d'amour (V2)
Lynda Lemay : (WEA music)
Notre-Dame de Paris : (Sony)
Maurane : L'Un pour l'autre (Polydor)
Axelle Red : Toujours moi (Virgin)
Stephan Eicher : Louanges (Virgin)
Sarclo : On leur doit des enfants si doux (EPM)
Jean Bart : Serein (Musidisc)
Lhasa de Sela : La Llorona (tôt Ou tard)
Plumes d'hier et d'aujourd'hui
Françoise Hardy : Danger (Virgin)
Jacques Dutronc : 2 CD années 1960-70 et 1980-90 (BMG)
Alain Souchon : 4 CD (Virgin)
Jane Birkin : A la légère (Mercury)
Zazie : Made in Love (Mercury)
Arielle : Immortelle (Island/Mercury)
Allain Leprest : Nu (Night & Day)
Marc Gauvin : Maline Cloé (EastWest)
Reprises de Brel : Aux suivants (Barclay)
Dick Annegarn : Adieu verdure (tôt Ou tard)
Thomas Fersen : Le Jour du poisson (tôt Ou tard)
Etienne Daho : Eden (Virgin)
Juliette : Assassins sans couteaux (SCA)
Enzo Enzo : Oui (BMG)
Jean-Louis Murat : Live in Dolorès (Virgin)
Chanson buissonnière
M. : Le Baptême (Delabel)
Arthur H : Fête trouble (Polygram)
Mathieu Boogaerts : J'en ai marre d'être deux (Island)
Yann Tiersen : Le Phare (Labels)
Pascal Comelade : El cabaret galactic (Virgin)
Chanson minimaliste
Dominique A. : Remué (Lithium, Labels)
Françoiz Breut : (Lithium, Labels)
Chanson engagée/dégagée ?
Richard Desjardins : Boom Boom (Foukinic/BMG)
Les Têtes raides : Chambouliou (tôt Ou tard)
Mano Solo : Je sais pas trop (EastWest)
Erik Arnaud :1998 Amérik (Aliénor/PIAS)
Zebda : Essence ordinaire (Barclay)
Pierre Perret : La Bête est revenue (Adèle/EMI)
Francis Cabrel : Hors-saison (Columbia)
Musique de film
Collection Paul Misraki : quatre CD (Pomme Music-Sonic)
Les plus belles musiques de films de René Cloërec : un CD (Play-Time)
Maurice Jarre, musiques de films 1958-1964 : un CD (Play-Time)
Georges Delerue, trente ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
Michel Magne, vingt ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
François de Roubaix, dix ans de musique de film : un double CD (Emi-Odéon)
Les Parapluies du Cherbourg (version intégrale), musique de Michel Legrand : un double CD (Sony Classical)
Les Demoiselles de Rochefort (version intégrale), musique de Michel Legrand : un double CD (Mercury-Polygram)
Collection Vladimir Cosma : vingt-trois CD (Pomme Music-Sony)
Les musiques de films de Jean-Claude Petit : un CD (Auvidis-Travelling)
La Grande Histoire de la chanson française : 2 tomes : « Vers la chanson moderne » (1996), « la Remontée aux origines » (1997), par Pierre Grosz, éd. France Progrès.
Music-Hall et Café-Concert : par André Sallé et Philippe Chauveau, éd. Bordas, Paris, 1986.
La Chanson française à travers ses succès : par Pierre Saka, éd. Larousse, Paris, 1994.
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1 Le 21 juin 1999, à l'occasion de la fête de la musique, le ministère des Affaires étrangères organise un rendez-vous des musiques du monde, avec au programme, le rap celtique du français Air-V (compositeur du groupe Manau), les rythmes cubano-rock du Cubain Raul Paz et les chansons Kabyles du groupe algérien Takfarinas. le concert, ouvert au public, a lieu dans les jardins de l'Hôtel du ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, 45 boulevard des Invalides, 75007 Paris
2 .Sur la base du taux définitif de l'euro fixé le 1er janvier 1999, soit 1 euro = 6,55957 francs.
3 Consacré meilleur artiste masculin de l'année et auteur du meilleur album avec Fantaisie militaire.
4 Les radios sont tenues de diffuser un minimum de 40 % de chansons d'expression française, dont 50 % de nouveaux talents ou de nouvelles productions