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Auteurs: Faverjon, Jacques.

Titre: Clavardage = clavier + bavardage.

Source: http://perso.wanadoo.fr./ecole.chabure/clavardage/article_clavardage.htm [21.01.04]

La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'auteur.



Jacques Faverjon

Clavardage = clavier + bavardage



Définition:

Le clavardage, c'est la traduction imagée du « chat ». Ce sont les québécois qui ont inventé ce terme pour éviter d'emprunter un mot américain. Il s'agit d'utiliser des logiciels de messagerie instantanée pour communiquer en direct par claviers et écrans interposés.
Utilisez cet outil en milieu scolaire, vous faites du « clavardage pédagogique ».

Depuis trois années scolaires, j'expérimente, entre mes élèves de CM1-CM2 et des classes de Montréal, cet outil de correspondance scolaire vivant et moderne.

S'organiser pour clavarder

Une fois par semaine, à jour et heure fixes, nous clavardons pendant 45 minutes avec nos correspondants de l'école Fernand Seguin à Montréal. En France, c'est la fin de la journée d'école alors que les petits Québécois la débutent: décalage horaire oblige!

Pour les séances de début d'année, nous avons opté pour des activités de présentation en grand groupe. Nous avions préalablement envoyé à nos correspondants les photos des élèves et l'adresse des pages Internet sur lesquelles ils se présentent (leurs « pages-perso »). Les enfants avaient préparé des indices permettant à leurs interlocuteurs d'outre-Atlantique de les reconnaître. L'un des quatre ordinateurs de la classe permettait les échanges alors que les autres étaient utilisés pour visionner les photos que nous avions également imprimées.

Une fois ces séances de présentations terminées, nous ne clavardons plus que par petits groupes: en général deux équipes de trois enfants côté français et deux équipes côté québécois. Les groupes sont définis en début d'année et il y a un tour de rôle. Dans chaque groupe, nous avons mélangé les CM1 avec les CM2 qui ont plus d'expérience et plus d'aisance au clavier. Les trois « clavardeurs » ont des rôles différents mais interchangeables en cours de séance: Il y a celui qui tape, un autre qui contrôle à l'écran, le troisième aide à trouver les touches du clavier et cherche éventuellement des mots dans le dictionnaire. Il y a toujours discussion entre les membres du groupe avant de taper et d'envoyer une phrase. Après la séance, les équipes de « clavardeurs » font un compte-rendu de leurs discussions au reste de la classe.

Les enfants qui ne clavardent pas sont en autonomie sur leur plan de travail de la quinzaine.

De quoi parlent-ils?

Les idées d'échanges sont nombreuses, nous en décidons avec l'enseignant québécois par courriel ou clavardage entre adultes quelques jours avant la séance. Les différences entre nos deux pays sont une source intarissable: la vie à l'école, les loisirs, le quartier, les expressions du langage local (à St Etienne, de nombreuses expressions du parler local (le gaga) subsistent encore dans le langage courant)....

Nous avons aussi imaginé « l'école de nos rêves », joué à inventer une phrase commençant par le dernier mot de la phrase précédente, essayé de tracer une figure géométrique décrite par les interlocuteurs....

On peut aussi organiser des séances « interviews », par exemple, l'an dernier, après que nous ayons réalisé des fusées à eau, les correspondants nous ont longuement interrogés au sujet de leur fonctionnement, ou encore, lors du passage à l'Euro, mes élèves ont tenté d'expliquer ce que ça changeait pour eux.

En général, chaque séance demande un peu de préparation de la part des « clavardeurs ». Nous exploitons aussi parfois les discussions pour obtenir un document présentable sur le site internet de l'école où dans le journal scolaire. On peut aussi prolonger une séance en reprenant une notion qui a posé problème (par exemple, à la suite de la discussion intitulée « que ferions nous si vous veniez nous rendre visite », nous avons étudié le conditionnel...)

Notre première séance en mars 2001

La construction d'un conte.

Une séance-interview à propos des fusées à eau que nous fabriquons.





1- Un extrait d'une des premières séances de l'année.Les clavardeurs se font deviner leur identité.

chabure5 dit :J'ai écrit un poème et une histoire. Je n'ai pas mis de photo mais un dessin...

fernandseguin dit : C'est Amélie...

chabure5 dit :Non

chabure5 dit : Je suis un garçon...

fernandseguin@hotmail.com dit : C'est Mathieu...

chabure5 dit : Bravo c'est bien moi...

fernandseguin@hotmail.com dit :Youpi!!



2- Un joli exemple d'incompréhension qui pousse les interlocuteurs à la rigueur orthographique.

seguin6c@hotmail.com dit : est ce que vous êtes déjà venu à Montréal ou au Canada?...

chabure1 dit :non jamain...

seguin6c@hotmail.com dit :jamain?...

chabure1 dit :mais nous aimerions bien...

seguin6c@hotmail.com dit :c'est très jolie

chabure1 dit :jamais!...

seguin6c@hotmail.com dit :surtout le centre-ville...

3- Un extrait qui met en évidence les lacunes des « clavardeurs » dans l'utilisation du conditionnel.

chabure2 dit : Si vous veniez en france les garçons vous ferai jouer au foot

chabure2 dit : les filles vous ferai aller à la piscine vous regardriez la télé...

chabure2 dit : et vous si on venai que feriez vouqs

chabure2 dit :vous...

labo1 dit :si vous veniez à montreal ,nous irons au stade olympiques pour regarder un match des Expos

labo1 dit :une equipe de basball ...

labo1 dit :bassball...



Clavarder avec des adultes

Une autre piste que j'explore avec mes collègues québécois est celle du clavardage avec des adultes. Pour cela, en collaboration avec Hélène Legault (enseignante ressource en informatique à Montréal), nous avons créé le site « cyber-complices »: les adultes francophones qui souhaitent échanger avec les enfants des écoles abonnées s'y inscrivent en précisant les domaines dans lesquels ils sont prêts à intervenir (par clavardage ou par e-mails). Les enfants des 25 classes abonnées disposent actuellement d'une liste de 35 cyber-complices prêts à leur donner des informations dans des domaines aussi variés que l'astronomie, la musique, l'Alsace, le métier de journaliste...



Clavarder, c'est écrire « pour de vrai »

La richesse pédagogique des activités de clavardage repose surtout sur la réalité de l'échange en direct. C'est toujours un moment de plaisir intense dans la classe et l'heure de la séparation arrive toujours trop tôt. Les enfants discutent avec des amis à la fois proches et si éloignés! Ils parlent la même langue, ont le même âge et pourtant ont des cultures si différentes! Ce surprenant constat exite leur curiosité et fait naître l'envie d'échanges.



J'écris pour être compris

L'envie d'être compris... Une motivation sans comparaison pour mobiliser toutes ses compétences d'écrivain. Lorsqu'on veut se faire comprendre, on apporte un soin particulier à la syntaxe et à l'orthographe, on soigne le vocabulaire, la ponctuation. Lorsque les enfants clavardent, je ne corrige jamais leurs phrases, je laisse ce soin aux québécois qui ne manquent pas de poser des questions lorsqu'ils ne comprennent pas. C'est dans de telles situations que l'on a recours au dictionnaire, où que l'on cherche un synonyme.

Exemple:

Chabure: Nous allons à la cantine en car.

Fernand Seguin: Qu'est-ce que c'est: car?

Chabure: Une sorte de camion avec des sièges.

Fernand Seguin: Ah! Un autobus!

Bien sûr, il y a d'autres situations d'écriture qui nécessitent cette mobilisation, mais le maître est finalement toujours là pour emprisonner les fautes à l'intérieur de l'école: La lettre aux correspondants est corrigée avant envoi, le journal avant diffusion, les pages web avant mise en ligne, le texte libre avant présentation... En clavardage, le temps est un atout: Il faut aller vite pour donner une réponse, il faut donc bien que les enfants prennent la responsabilité d'envoyer le message sans l'accord du maître, et c'est le fait d'être responsable de leurs écrits qui les pousse à se surpasser.

Pour les élèves les plus en difficulté, les séances de clavardage sont l'occasion d'échanger avec des enfants qui n'ont pas de préjugés envers eux. J'ai souvent été surpris par les productions de ces élèves. Vous savez, comme quand il y a un remplaçant, ou au début de l'année, et que, pleins de bonnes résolutions, ils luttent pour cacher le plus longtemps possible leurs difficultés.



On lit, on écrit, on dit: on clavarde.

En clavardant, on lit, sans aucun doute. On écrit? Pas tout à fait, puisqu'on utilise le clavier. On dit? Oui, presque! Les discussions prennent parfois des allures d'échange téléphonique, avec les silences, les hésitations, les redites. Preuve qu'il s'agit d'échanges vivants: la vie est palpable à l'autre bout de la fibre optique: On essaye de comprendre ce que font les interlocuteurs, on émet des suppositions lorsqu'il y a un « silence » un peu long, on prépare une question en anticipant la réponse à la précédente. Lorsqu'on pratique le clavardage, il est difficile de penser que l'utilisation des TICE déshummanise les rapports!



Une situation de coopération

Lors des nombreuses séances que j'ai organisées, il est rare qu'un élève ait été inactif. Les tâches au sein du groupe sont bien définies et chacune est indispensable au bon fonctionnement de l'échange. Il s'agit de négocier l'orthographe, la syntaxe, le contenu. Qui dit négociation dit recherche d'arguments et utilisation de références communes (règles d'orthographe, dictionnaire, documents...). J'interviens peu dans les discussions et je pense que c'est important pour que les élèves gardent la responsabilité de leurs messages. Il s'agit aussi de gérer le temps; alors la mobilisation de tous les membres du groupe permet des réponses plus rapides; ainsi, même les élèves qui ont habituellement des difficultés à s'investir dans des travaux collectifs s'impliquent et mesurent l'apport qu'ils offrent aux autres.

Travailler par projets

Pour la réussite des activités pédagogiques en clavardage , il est impératif de préparer les discussions. Le groupe de « clavardeurs » s'inscrit alors dans une dynamique de projet: les enfants anticipent le déroulement de l'échange. Parfois même envisagent plusieurs directions possibles. Lors de la séance, ils utilisent leurs notes, ils se réfèrent à leur préparation, ils mesurent la distance entre leurs prévisions et l'orientation de la discussion et doivent en tenir compte pour poursuivre le dialogue. Le projet ne s'arrête pas à la séance de clavardage, c'est en particulier le cas lorsque nous décidons de publier sur le site internet ou le journal de l'école. Il y a alors du travail en aval (illustration, ré-écriture à partir du texte brut de la discussion...)

Lors d'échanges en direct, en plaçant les enfants dans une situation différente de la traditionnelle relation enseigné/enseignant, nous les invitons à donner, recevoir, analyser et traiter des informations à grande vitesse. Ceci leur permet d'utiliser et de développer des compétences indispensables à l'enrichissement de leur perception du monde. (En échangeant avec leurs correspondants québécois à partir de documents communs et en constatant que leur analyse n'est pas exactement la même, ils prennent conscience de la diversité culturelle et, ainsi, se posent des questions sur leur propre culture.)
On peut rapprocher cette pratique pédagogique de celle des exposés présentés par les élèves à leur pairs, mais ici, l'interaction obligatoire provoquée par l'utilisation de la messagerie instatanée accroit la nécessité de traiter les informations de manière dynamique. Le groupe de clavardeurs fait des allés-retours entre ses connaissances, ses sources documentaires et les réactions des interlocuteurs. On peut parler d'activité de haut niveau qui, en posant des problèmes de différents ordres aux enfants, les amène à réinvestir des compétences aussi bien disciplinaires que transversales.

Si vous voulez tenter l'expérience...

Nous avons testé plusieurs logiciels (Voir annexe), Notre choix actuel se porte sur MSN qui est compatible PC et MAC et qui permet d'enregistrer les conversations.

Pour faciliter les échanges, nous utilisons quelques règles simples:

Lorsqu'on passe la « parole », on envoie trois points de suspension ( ... )

On n'envoie pas forcément les phrases complètes, mais dès que l'on a tapé trois ou quatre mots, ce qui évite les longues attentes.

On cherche à anticiper les réponses et on prépare le message suivant en attendant celui des interlocuteurs, quitte à changer d'avis après réception.

On peut trouver des correspondants sur certains sites web, il me semble que le clavardage avec une classe d'un autre pays motive d'avantage les enfants en faisant appel à leur curiosité et permet des échanges plus riches dès lors que l'on cherche à explorer les différences culturelles.

La complicité entre les enseignants est également un facteur important de réussite du projet. Il faut savoir ce que l'autre attend d'une telle activité et moduler ensemble ledit projet en cours d'année scolaire. La régularité des échanges est elle aussi gage de réussite: il faut quelques temps pour que s'instaure une complicité entre les enfants et qu'ils osent écrire de manière plus spontanée. L'habitude permet également un meilleur fonctionnement des groupes de « clavardeurs » qui s'organisent de mieux en mieux au fil des séances. Annexe 4

liens utiles



Recherche de correspondants québécois:

réseau de télématique scolaire québécois: http://rtsq.qc.ca/

Prof.inet: http://www.cslaval.qc.ca/prof-inet/aai/collab/aai_registre.html

Epals: http://www.epals.com/

Aides et conseils pour faire fonctionner le clavardage dans une classe:

Les pages de Hélène Legault: http://www.csdm.qc.ca/clavardage

« cyber-complices »: le site pour établir une communication avec des adultes:



Logiciels gratuits:

ICQ: On voit en temps réel ce que l'interlocuteur tape au clavier (C'est un avantage, mais aussi un inconvénient pédagogique, il n'y a pas de droit à l'erreur!), On peut enregistrer la conversation mais les déconnexions sont fréquentes et la compatibilité entre MAC et PC n'est pas assurée.

MSN: Bonne compatibilité entre MAC et PC, le logiciel est relativement stable et on peut sauvegarder les conversations au format *.txt. On ne peut lire le message qu'une fois que l'interlocuteur l'a envoyé, par contre, un message indique: « Votre interlocuteur est en train de taper un message. »

IVISIT: permet d'aller plus loin et d'organiser des visio-conférences avec des web-cam.

MULTI-CHAT: Ce sont des salles privées que l'on peut installer dans une page web. Vous n'avez ensuite qu'à afficher la page dans votre navigateur pour correspondre, il n'y a rien à installer sur le PC, C'est une bonne alternative que j'utilise lorsque nous clavardons avec un interlocuteur occasionnel mais nous avons eu parfois le désagrément de voir surgir des internautes indésirables dans nos conversations. Autre inconvénient: on ne peut sauvegarder la conversation que par l'utilisation de « copier-coller » réguliers.

NET-MEETING: C'est un bon choix, mais il ne fonctionne que sous windows. On peut utiliser le tableau blanc qui permet de dessiner sur la même feuille!



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