European Medi@Culture-Online http://www.european-mediaculture.org
Auteurs: Infobourg, .
Titre: Qu'est-ce que l'éducation aux médias ?
Source: http://www.actualiteenclasse.com/educat.html#2 [20.04.2004]
La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Qu'est-ce
que l'éducation aux médias ?
Dans un rapport publié par l'Unesco en 1984, on peut lire :
[par éducation aux médias, il convient d'entendre] toutes les manières d'étudier, d'apprendre et d'enseigner à tous les niveaux […] et en toutes circonstances l'histoire, la création, l'utilisation et l'évaluation des médias en tant qu'arts plastiques et techniques, ainsi que la place qu'occupent les médias dans la société, leur impact social, les implications de la communauté médiatisée, la participation, la modification du mode de perception qu'ils engendrent, le rôle du travail créateur et l'accès aux médias.
L'éducation
aux médias désigne donc différentes approches et
différents contenus. Le corpus qui en résulte est loin
d'être homogène et pour certains des intervenants, ce
caractère un peu éclectique est très positif
puisqu'il témoigne de la prise en compte du contexte social et
historique dans lequel l'éducation aux médias est
dispensée.
Nous traiterons ici plus précisément
de l'éducation aux médias telle que la réforme
en éducation en cours d'implantation au Québec en trace
la voie. D'une certaine façon, on peut dire que son
contenu est encore en construction. Le projet de l'Actualité
en classe s'insère dans ce développement. Il témoigne
des visions de ceux et celles qui y contribuent : des chercheurs
et praticiens de l'éducation et des communications ainsi que
des artisans des médias et des nouveaux médias.
en termes d'objectif
en terme de contexte
par ses objets d'études
par ses publics cibles
par les médias auxquels elle éduque
par sa pédagogie
L'expression
«éducation aux médias» ne renvoie pas à
un contenu bien délimité. C'est pourquoi on définit
souvent l'éducation aux médias en terme d'objectif,
celui de favoriser le développement de l'esprit critique à
l'égard des médias. Mais le terme «critique»
est un peu ambigu : il renvoie tantôt à l'idée
de désapprobation tantôt à celle de
distanciation. Le ministère de l'Éducation du Québec
indique sa préférence pour la seconde acception - la
distanciation - lorsqu'il identifie l'objectif global suivant :
Exercer son esprit critique, tout en ayant développé
sa pensée créative et autonome dans l'utilisation du
langage et de l'environnement médiatiques1.
Il ne s'agit donc pas de dévaluer les médias, mais bien
d'apprendre à les connaître pour mieux s'en servir à
la fois comme récepteur et producteur.
Comme certains
chercheurs l'ont bien démontré2,
il se fait déjà de l'éducation aux médias
dans les écoles du Québec. On éduque aux médias
en arts-communication, en arts plastiques, en morale et bien sûr
en français, sans compter les nombreuses initiatives
personnelles en histoire, en géographie etc. La réforme
de l'éducation qui se met en place apporte un élément
nouveau :
la transversalité
Les raisons qui ont poussé des éducateurs à préconiser d'éduquer les jeunes aux médias sont variées : formation de consommateurs avertis ou de citoyens éclairés, lutte contre décrochage scolaire ou contre l'analphabétisme, recherche du progrès social, formation des futurs travailleurs, etc. Certaines d'entre elles étaient inspirées par une attitude défensive : on souhaitait éduquer aux médias pour protéger les jeunes contre les effets néfastes des médias. Cette attitude n'a pas complètement disparu et ne disparaîtra sans doute jamais de nos motivations, mais on estime aujourd'hui que l'école doit intégrer les médias à son enseignement, d'abord et avant tout parce que ceux-ci font partie de l'univers des jeunes, parce qu'ils sont pour eux un domaine d'expérience de vie. Les médias : un domaine d'expérience de vie.
Les
médias alimentent, animent et influencent sans arrêt la
vie intellectuelle, affective et sociale des enfants. Les enfants
aiment la télévision et tous les autres médias
comme ils aiment l'ordinateur et les technologies issues de
l'informatique où ils retrouvent des éléments de
plaisir, d'instantanéité, de rapidité et
d'efficacité. Les médias plongent les enfants dans la
négociation constante de l'imaginaire avec le réel; de
l'émotion, de l'affectivité et de l'intuition avec la
rationalité. L'expérience quotidienne des enfants avec
les médias implique chez eux une activité intelligente
qui les introduit à une diversité d'informations, de
connaissances et d'expériences psychiques déterminantes;
elle les oblige à choisir, à faire des liens, à
traiter l'information, à donner du sens. Les médias
constituent un domaine d'expérience de vie. L'enfant y puise
nombre des ingrédients avec lesquels il se construit son
identité personnelle et sa vision du monde, ses modèles
de santé, de bien-être et de comportement
socio-relationnel, une représentation de
l'environnement physique, de
l'univers du travail, de la consommation, de la vie collective et de
la citoyenneté. Les médias exercent également
une influence sur son rapport avec la connaissance, les
apprentissages et la motivation scolaires. En éduquant
l'enfant aux médias, l'école accompagne l'enfant dans
ce domaine d'expérience de vie et l'aide à symboliser
ce qu'il a éprouvé, puis à intégrer de
manière personnelle ce qu'il apprend à l'école
et dans les médias.
(extrait du Programme
des programmes produit par le Ministère de l'Éducation
du Québec)
Même si elle est en cours d'implantation en tant que domaine d'expérience de vie et qu'elle doit être enseignée dans tous les programmes disciplinaires, l'éducation aux médias a ses propres objets d'étude :
réception des médias (usages, habitudes de fréquentation, influence des médias, public cible…) ;
langages et technologies des médias (genres journalistiques, grammaire visuelle, écriture hypertextuelle, sémiologie de l'image…) ;
réglementation et propriété des médias (institutions médiatiques, financement, publicité…) ;
contenus diffusés par les médias (représentation, objectivité, pluralisme, valeurs…).
Elle a aussi pour objet :
la capacité de production médiatique des jeunes eux-mêmes, c'est-à-dire l'utilisation des différents langages comme une technologie de l'intelligence.
(adapté
d'un extrait du Programme des programmes produit par le
Ministère de l'Éducation du Québec)
L'éducation aux médias vise différents publics et beaucoup d'intervenants en éducation aux médias pensent qu'elle doit nous accompagner tout au long de notre vie. Traditionnellement, ce sont les élèves du secondaire qui ont été visés en Amérique du Nord dans le cadre d'initiatives d'éducation à la télévision, en réaction à la popularité grandissante de celle-ci, initiatives souvent menées hors de l'école. Les projets de d'utilisation de la presse écrite en classe, développés à l'origine aux Etats-Unis et souvent plus proches de l'éducation par les médias que de l'éducation aux médias, visaient toutefois les élèves du primaire aussi bien que ceux du secondaire. Le projet de l'Actualité en classe vise les jeunes de 10 à 14 ans et prend place à l'école. Soulignons que la réforme de l'éducation en voie d'implantation au Québec inscrit l'éducation aux médias dans les curricula scolaires du pré-scolaire à la fin du secondaire (5 à 17 ans).
En éducation aux médias, quand on parle de médias, on pense plus particulièrement aux médias de masse et à la culture populaire, c'est-à-dire :
la presse écrite (journaux et magazines)
la presse électronique (radio, télé, Internet)
les émissions diffusées par les chaînes de radio et de télévision
les cédéroms grand public
les jeux multimédias les sites Web
le cinéma (documentaires et fiction)
la photographie de presse
les affiches les livres à grand tirage
les bandes dessinées
la musique populaire
les vidéoclips
la publicité
etc.
Mais on peut aussi intégrer les médias communautaires et les médias alternatifs. En fait, l'éducation aux médias cherche à intégrer tous les médias, les anciens, comme le livre, qui ont acquis à l'école un statut enviable ; les plus récents, comme la télévision et la radio envers lesquels l'école éprouve encore beaucoup de réticence; ainsi que les nouveaux médias, comme le Web et le courriel, qui provoquent chez les enseignants un mélange de crainte et de fascination. Si l'éducation aux médias touche un si large éventail, c'est parce que les questions qu'elle pose sont héritées d'une longue tradition combinant la rhétorique (appliquée souvent dans l'enseignement de la langue maternelle) et la démarche scientifique (appliquée plus souvent aux sciences). La pensée critique, au coeur de l'éducation aux médias, peut s'appliquer à tous les médias, mais ses modalités doivent tenir compte des spécificités de chacun d'eux.
La manière d'éduquer aux médias a longtemps été une source de débat entre les intervenants. Certains ne juraient que par l'analyse et l'observation passive alors que d'autres estimaient qu'il fallait absolument que les jeunes s'adonnent à la production médiatique. Depuis un important colloque international tenu aux débuts des années 90, on peut dire que ce débat est maintenant chose du passé car on met désormais de l'avant une approche qui combine un volet théorique et un volet pratique. C'est aussi cette approche que la réforme de l'éducation du Québec a adoptée.
L'éducation aux médias, intégrée transversalement au cursus, est ambitieuse : elle propose d'utiliser les matières disciplinaires pour comprendre les enjeux sociaux dont on trouve des échos dans les médias, ainsi que les expériences personnelles que ceux-ci nous font vivre. Elle invite aussi bien les professeurs de sciences, que de langues et d'arts à contribuer au développement du savoir à l'enrichissement de l'expérience de vie de leurs élèves avec les médias en utilisant les savoirs spécifiques de leur matière. Ce faisant, elle donne l'occasion aux enseignants de contextualiser leur discipline et d'en démontrer la pertinence de leur discipline tout en favorisant une meilleure appropriation de celle-ci. Un élève auquel les cours de sciences physiques portant sur les ondes hertziennes peut être l'occasion de faire permettent de mieux comprendre la réglementation portant sur les radiodiffuseurs si l'enseignant en profite pour souligner que les ondes hertziennes sont limitées et ont été considérées comme des richesses naturelles dont le CRTC devait réglementer l'usage. L'élève retiendra ainsi davantage la théorie sur la physique des ondes, surtout si son professeur d'histoire a mis à son programme un peu d'histoire des médias...
Sciences.
Les enfants manifestent de l'inquiétude parce qu'ils ont vu
dans les médias qu'un ouragan terrible avait dévasté
un pays d'Amérique du Sud. On les invite à s'exprimer
à ce propos, à apporter en classe un exemplaire d'un
journal qui en traite. Puis on compare l'information que l'on trouve
dans un manuel scolaire avec celle du journal.
Technologies.
Les enfants parlent beaucoup de la télévision. On peut
en profiter pour expliquer quelques-unes des technologies qui ont
permis la fabrication des images jusqu'à celles qui les
transmettent et les acheminent à la maison (de la photo à
la télévision). On peut aussi en profiter pour traiter
des effets spéciaux.
Mathématiques.
Pour expliquer simplement l'économie des médias, on
peut inviter les enfants à planifier le coût d'un
journal de classe (prix des photocopies, de la numérisation
couleur des photos de classe, des timbres s'il y a lieu moins la
commandite de la caisse populaire du quartier dont on publiera la
carte d'affaires…). Ou encore, on peut demander aux enfants
de comparer la surface occupée par la publicité dans
un hebdo «gratuit» et celle occupée dans un hebdo
à abonnement (payant).
Univers
social. Les enfants parlent tous d'un nouveau film de Disney
dont on annonce la sortie prochaine sur les écrans. C'est
l'occasion de parler des moyens de promotion et de publicité
utilisés et d'aborder la notion de public cible.
Arts
(musique). Les enfants adorent certains groupes (Back Street
Boys, Spice Girls ou encore Britney Spears). On peut aborder les
genres musicaux, faire un palmarès maison des groupes
préférés des élèves pour
expliquer l'élaboration des «top ten».
Univers
social. Les enfants ont vu le film Mulan. C'est l'occasion de
parler de la Chine en les invitant à caractériser la
représentation que le film donne de la Chine, comparativement
aux idées qu'ils s'en font et aux informations que livrent
d'autres types de documents médiatiques ou encore leur livre
de géographie.
Langue
d'enseignement. Les enfants ont tous vu le film Titanic. On peut
les inviter à comparer le film avec des livres portant sur le
même sujet. En comparant la forme écrite et la forme
cinématographique, on peut aborder les conventions de l'une
et de l'autre et donner aux enfants «les mots pour le dire».
Développement personnel et social. Les enfants peuvent confronter les valeurs qui sont mises de l'avant dans les magazines qui leur sont destinés, notamment en termes de critères physiques (grand, mince, costaud) et humains (le héros du stade, la gracieuse gymnaste). Ils peuvent également comparer la population des médias (les personnages des émissions de télé) avec celle qu'il trouve dans leur environnement immédiat (la famille, les amis).
(extrait
du Programme des programmes produit par le Ministère de
l'Éducation du Québec)
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1 Ministère de l'Éducation du Québec, Le programme des programmes (bulletin de liaison), Automne 1999 (numéro destiné aux enseignants du primaire)
2 Roussy, Michel. 1993. Esquisse d'un modèle d'éducation aux médias pour les écoles secondaires francophones du Québec, Thèse de doctorat, Faculté des sciences de l'éducation, Université de Montréal, 1993, 236 p.