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Auteurs: Josephson, PH.D. Wendy L. / Centre National d'Information sur la Violence dans la Famille, .
Titre: Etude sur les effets de la violence télévisuelle sur les enfants selon leur âge.
Source: http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/violencefamiliale/html/nfntseffevage_f.html [27.04.2004]
Reproduit avec la permission du Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2004.
WENDY L. JOSEPHSON, PH.D.
ETUDE SUR LES EFFETS DE LA VIOLENCE TELEVISUELLE SUR LES ENFANTS SELON LEUR ÂGE
LES HABITUDES QUE LES ENFANTS PRENNENT VERS L'ÂGE DE DEUX ANS ET DEMI INFLUENCERONT LEUR COMPORTEMENT FUTUR DE TÉLÉSPECTATEURS.
Selon leur âge, les enfants regardent, voire comprennent la télévision différemment.. Cela tient à leur capacité d'attention, à leur façon de traiter l'information reçue, à l'effort intellectuel qu'ils peuvent consentir, à leur expérience de vie. On doit tenir compte de ces variables si l'on veut comprendre comment la violence télévisuelle affecte les enfants d'âges différents.
Les enfants de moins de dix-huit mois peuvent regarder la télévision pendant de courtes périodes, mais cela exige un effort considérable de leur part. Ils préfèrent leurs propres activités. Même quand la télévision retient leur attention, sans doute ce que des adultes considéreraient comme la signification du contenu leur échappe-t-elle. Ces enfants saisiraient d'abord des fragments discontinus de sons et lumière avec, occasionnellement, la capacité de reconnaître des personnages humains ou animaux.
Aucune recherche n'a abordé l'effet d'un contenu télévisuel violent sur des enfants de cet âge, mais certains indices laissent croire que ceux-ci peuvent imiter le comportement vu à la télévision quand ce dernier est présenté simplement, sobrement et dans une intention didactique.
C'est vers l'âge de deux ans et demi que les enfants deviennent téléspectateurs. Le téléviseur allumé retient leur attention, et leur capacité de saisir le contenu des émissions se développe. Ils peuvent imiter ce qu'ils voient et entendent à la télévision.
Les habitudes prises par les enfants de cet âge influenceront leur comportement futur de téléspectateurs. Or, ces enfants préfèrent les dessins animés ou les émissions équivalentes, peuplées de personnages dynamiques. On peut donc supposer qu'ils seront soumis à un régime intense de violence télévisuelle.
À l'âge préscolaire (de trois à cinq ans), les enfants regardent la télévision de façon délibérée. Ils recherchent la signification du contenu, mais ils sont aussi attirés par les effets frappants de mise en scène, tels que le dynamisme des personnages, les changements rapides de décor, les jeux de sons et lumière intenses et inattendus.
La violence télévisuelle est étroitement liée à ces effets saisissants. Ainsi les enfants de cet âge sont-ils portés à rechercher la violence, en particulier celle des dessins animés, et à être retenus par elle, Ce n'est pas la violence en elle-même qui les attire, mais ce qui accompagne sa mise en scène. Préférant les dessins animés, les enfants d'âge préscolaire sont ainsi soumis à un grand nombre d'actes violents pendant une journée normale comme téléspectateurs. De plus, ils ne peuvent guère mettre cette violence en contexte, car les nuances subtiles sur la motivation des personnages ou les conséquences des gestes posés leur échappent.
Ces enfants jouent de façon plus agressive après avoir regardé des émissions dont les péripéties sont vives et intenses, et en particulier après avoir regardé des émissions violentes.
On considère qu'une étape déterminante pour la compréhension des effets de la télévision sur un comportement violent se situe entre les âges de six et onze ans. À ce stade de leur développement, les enfants ont les aptitudes pour suivre une intrigue, pour comprendre un contenu, même implicite, pour saisir les motivations des personnages et les conséquences de leurs gestes. Toutefois, en retour, les émissions exigent d'eux de moins en moins d'effort intellectuel; et c'est précisément l'effort exigé qui déterminera si l'attention est diffuse et superficielle ou si le contenu informatif de l'émission aura un effet profond.
À l'âge de huit ans, les enfants sont plus aptes à sentir des effets modérateurs importants dans le contenu des émissions; ils ne deviendront pas plus agressifs si la violence vue est représentée comme manifestement mauvaise, c'est-à-dire perçue comme causant des souffrances, ou objet de désapprobation et de châtiments. Par ailleurs, des émissions violentes suscitent tout particulièrement des comportements agressifs chez des enfants de cet âge s'ils sont portés à croire que cette violence reflète la réalité, s'ils s'identifient à un héros violent (c'est le cas des garçons, surtout), ou encore s'ils se livrent à des fantasmes d'agression.
Les enfants de six à onze ans regardent encore des dessins animés, mais ils commencent aussi à suivre davantage des émissions pour adultes ou orientées vers la famille. Ils deviennent également friands des films d'horreur. Peut-être ce goût surprenant est-il simplement une tentative d'exorciser ses peurs en se faisant peur. Toutefois, dans la mesure où ce régime habitue les enfants à la peur et à la violence, peut-être cela les rend-il plus tolérants de la violence dans la réalité.
À l'adolescence, à partir de douze ans, les enfants sont aptes à la pensée abstraite et au raisonnement logique. Ces aptitudes, toutefois, interviennent très peu dans leur comportement de téléspectateurs, qui exige peu d'effort intellectuel. Les adolescents regardent moins de télévision que les enfants plus jeunes, et la regardent moins en famille. Leurs intérêts sont centrés sur des questions d'indépendance, de sexe, d'amour romantique, et leur préférences vont vers des formes d’expression qui exploitent ces préoccupations, le plus souvent négativement : les clips vidéo, les films d'horreur et, pour les garçons, les films pornographiques.
Les adolescents, davantage que les enfants plus jeunes, mettent en question la vraisemblance du contenu des émissions; de plus, ils sont moins portés à s'identifier aux personnages du petit écran. Un petit pourcentage des adolescents croit en la réalité des émissions et s'identifie aux héros violents : ces jeunes seront vraisemblablement plus agressifs, surtout si des thèmes d'héroïsme agressif alimentent leurs fantasmes.
Les aptitudes au raisonnement et à l'abstraction, couplées à la tendance normale de l'âge à contester l'autorité, rendent les adolescents particulièrement influençables par certaines formes de violence, de criminalité, de suicide représentées à la télévision. Ces actes imitateurs, toutefois, sont le fait de seulement un petit pourcentage des adolescents.
Dans un monde où la violence télévisuelle est envahissante et où les enfants ne peuvent guère échapper à son influence, les parents sont les meilleurs intervenants dans les habitudes téléspectatrices de leurs enfants.
Les parents peuvent s'interposer de plusieurs façons pour limiter l'exposition de leurs enfants à la violence. Restreindre le nombre et le genre des émissions vues est sans doute le moyen le plus efficace et commun. Toutefois, différentes méthodes d'intervention peuvent s'imposer selon l'âge des enfants.
Normalement, les parents n'ont pas vraiment à s'inquiéter d'un effet néfaste de la télévision sur leurs enfants de bas âge. Néanmoins, ils peuvent souhaiter limiter l'exposition de ceux-ci à la violence ou à tout autre comportement potentiellement dangereux.
La même remarque vaut pour les bambins, qui sont davantage portés à imiter ce qu'ils ont vu à la télévision. Les parents, par une décision simple et efficace, pourraient également évaluer leurs propres habitudes de téléspectateurs, car les enfants de cet âge sont très influencés par le comportement de leurs parents.
Afin de réduire l'agressivité d'un enfant d'âge préscolaire ou encore de dissiper ses peurs, les parents pourraient regarder des émissions avec leurs enfants, commenter le contenu de celles-ci, distraire ou rassurer l'enfant apeuré, renforcer ou interdire des comportements imités de la télévision.
Réduire le temps d'écoute est certainement une façon efficace d'intervenir auprès des jeunes enfants; avec les enfants plus âgés, les parents doivent discuter, expliquer ou encore interpeller la télévision. De cette façon, les parents aident leurs enfants à interpréter ce qu'ils voient et surmontent l'effet que la violence télévisuelle pourrait avoir sur les attitudes et le comportement de ceux-ci. De plus, cette façon de faire développe l'esprit critique des enfants : l'effort intellectuel et analytique qu'ils sont amenés à fournir fait d'eux des téléspectateurs moins passifs.
Une stratégie efficace pour réduire les peurs et l'agressivité des adolescents est de les encourager à exprimer leurs opinions sur les émissions, ou encore à analyser et mettre en question le contenu de celles-ci. Du même coup ils deviennent plus critiques.
Malheureusement, il existe très peu démissions non violentes, instructives et amusantes pour enfants. Il ne serait pourtant pas si difficile de réaliser une programmation non violente, car ce n'est pas la violence en elle-même qui attire les jeunes téléspectateurs. L’industrie télévisuelle devrait créer une programmation s'adressant aux enfants qui tiendrait compte des comportements des téléspectateurs et qui répondrait aux intérêts des différents groupes l’âge.
Les enfants en bas âge ne comprennent guère le contenu des émissions. Toutefois des émissions instructives qui utiliseraient de l'animation, des voix enfantines ou féminines, une gestuelle et des prises simplifiées gagneraient leur faveur. À regarder de telles émissions plutôt que des dessins animés, ils seront moins exposés à la violence et, en vieillissant, plus aptes à profiter d'une programmation éducative.
Pour les enfants d'âge préscolaire, une bonne programmation intégrerait des effets de mise en scène frappants et un type de discours s'adressant aux enfants : phrases simples prononcées lentement, se référant à des objets représentés à l'écran, avec répétition. Ces techniques amélioreront leur capacité d'attention et leur compréhension et peuvent mettre en relief les aspects importants du contenu, tels que les moments essentiels de l'intrigue.
Les enfants du primaire sont un groupe quasi oublié dans la programmation. Leurs émissions pourraient facilement éviter la violence car les enfants de cet âge sont davantage attirés par la variété et le tempo que par la violence. Les garçons, il est vrai, recherchent des héros masculins (qui ont tendance à être violents), mais, en vérité, c'est la puissance du héros, et non sa violence, qui les attire. On pourrait créer des personnages forts mais positifs, à contre-courant des stéréotypes actuels, pour répondre à ce besoin. De tels personnages retiennent leur attention, tout autant que les héros violents.
La programmation pour adolescents doit se garder de promouvoir des fantasmes de viols et éviter de représenter des comportements agressifs comme générateurs de plaisir ou de renommée. Si la programmation pour adolescents s'adressait à leurs besoins et à leurs intérêts spécifiques, peut-être ceux-ci regarderaient-ils moins de films d'horreur et de vidéos pornographiques.
La violence à la télévision n'est pas responsable de toute l'agressivité constatée chez les enfants. Par ailleurs, certains enfants sont beaucoup plus-sensibles à la violence télévisuelle que d'autres. Certes, ces enfants seraient probablement plus agressifs de toute façon. Mais la violence à la télévision rend ces enfants à risque plus agressifs qu'ils ne le seraient autrement. Ils constituent une minorité de téléspectateurs, mais formeront vraisemblablement la majorité des agresseurs. Ce constat, et la violence à la télévision qui en est inséparable, commandent notre attention.
LES ENFANTS EXPOSÉS À LA VIOLENCE TÉLÉVISÉE PEUVENT DEVENIR INSENSIBLES À L'ÉGARD DE LA VIOLENCE RÉELLE, VOIR LE MONDE COMME UN ENDROIT MÉCHANT ET CRAINDRE QU'ON PUISSE USER DE FORCE PHYSIQUE POUR RÉSOUDRE DES CONFLITS.
En psychologie, la recherche sur l'incidence de la violence télévisuelle sur le comportement des enfants a permis de dénombrer plusieurs effets : l'imitation de la violence et des crimes vus à la télévision (mimétisme)1 : la désinhibition à l'endroit des comportements violents2, le déclenchement » de gestes impulsifs d'agression (amorçage)3; et le transfert d'activités telles la socialisation avec les autres enfants et l'interaction avec les adultes, qui enseigneraient aux enfants des façons non violentes de résoudre les conflits4. Des effets émotionnels ont également été constatés, parmi lesquels on compte. une désensibilisation à l'égard de la violence réelle5, la conviction que le monde extérieur est méchant et menaçant6 et une forte crainte qu'autrui puisse user de force physique pour résoudre des situations conflictuelles7. Certaines recherches8 avaient d'abord avancé que la violence à la télévision pouvait permettre aux téléspectateurs de laisser libre cours à leurs puisions destructrices par le biais de leur imaginaire plutôt que de passer aux actes contre des cibles réelles, mais aucune étude ultérieure n'est venue corroborer cette hypothèse, soi-disant « cathartique ».
La plus grande préoccupation sur le plan social, et partant la majeure partie de la recherche dans ce domaine, visaient les jeunes téléspectateurs, même si ces effets ont tous été observés chez les adolescents et les adultes. Aucun ne semble entièrement spécifique à l'un ou l'autre des groupes d'âge. 'Toutefois, selon une analyse réalisée en 19869 regroupant près de 300 études, l'ampleur des effets de la violence à la télévision, tant sur les agressions physiques que sur d'autres types de comportements antisociaux, semble être légèrement plus élevée chez les enfants d'âge préscolaire que chez les enfants plus âgés et ce, jusqu'à 9 ou 10 ans. Les effets de la violence télévisuelle (particulièrement en ce qui a trait aux agressions physiques) s'accentuent chez les garçons et s'atténuent beaucoup chez les filles au cours de l'adolescence.
Pour comprendre comment la violence à la télévision affecte différemment les enfants selon leur âge, il faut considérer les autres différences entre ces enfants. Selon leur âge, en effet, les enfants ne sont pas exposés au même contenu, le contexte d'écoute est différent, de même que leur façon de regarder la télévision et le sens qu'ils lui donnent. Ils ont également une expérience différente du monde et de la télévision comme médium. C'est en jetant un regard sur toutes ces différences que nous parviendrions à vraiment comprendre les effets engendrés par la violence à la télévision chez les jeunes téléspectateurs.
IL EST HABITUELLEMENT PLUS INTÉRESSANT POUR LES BÉBÉS DE MANGER, DE GRIMPER SUR LES MEUBLES ET DE FAIRE CHANGER SA COUCHE QUE DE REGARDER LA TÉLÉ.
Portée du champ d'attention de l'enfant lorsqu'il regarde la télévision
À trois mois, les bébés peuvent fixer un écran de télévision allumé pendant de courtes périodes si un adulte les met face au poste de télévision. Mais l'attention visuelle qu'ils portent à la télévision semble exiger un effort considérable. En effet, des bébés de ce groupe d'âge qui ont regardé la moitié ou plus d'un dessin animé télévisé de six minutes ont presque invariablement manifesté par la suite des signes de fatigue, notamment des pleurs, de l'irritabilité ou des bâillements10.
Dès l'âge de six mois, les bébés se montrent intéressés par la télévision et sont attentifs durant des périodes pouvant atteindre 16 minutes, si on les place dans un parc à proximité d'un téléviseur et qu'ils n'ont rien d'intéressant à faire11. Toutefois, les bébés ont souvent des choses plus intéressantes à faire que de regarder la télé. Il est habituellement plus captivant pour eux de manger, grimper sur les meubles et faire changer sa couche12 que de fixer le petit écran. Selon des études américaines, bien que les bébés soient exposés environ deux heures par jour à la télévision13 ils ne consacrent pas plus de 10 % de ce temps à la regarder14 et ne se tournent que très rarement vers l'écran de télévision.15
Les bébés japonais semblent être de plus attentifs téléspectateurs que les bébés américains. (Aucune étude comparable n'a été réalisée au Canada.) Alors que l'exposition des bébés américains semble être surtout l'effet du hasard, du fait que le bébé se trouve dans la pièce où les autres membres de la famille regardent la télévision, une étude effectuée au Japon révèle que les mères japonaises interrogées-ont déclaré veiller à ce que leurs bébés regardent les émissions télévisées éducatives inscrites à l'horaire. On s'est rendu compte que les bébés japonais, tout comme les bébés américains, sont exposés à environ deux heures de télévision par jour16. À cet âge cependant, aux dires de leur maman, plusieurs bébés japonais étaient déjà des téléspectateurs assidus de Avec maman, l'émission télévisée éducative la plus populaire auprès des enfants d'âge préscolaire, et près de 80 % des mères interrogées ont déclaré avoir observé des signes d'écoute attentive : ils ont par exemple tapé des mains « comme à la télévision ». Un tel degré de loyauté et de participation de la part des bébés téléspectateurs contraste nettement avec la relative inattention rapportée par des chercheurs américains17 mais concorde assez avec les observations faites de parents qui regardaient délibérément l'émission Sesame Street et d'autres émissions pour enfants avec leurs bébés18. Contrairement aux bébés simplement exposés au choix des autres membres de la famille, ces enfants ont démontré qu'ils connaissaient l'émission et qu'ils y réagissaient (par exemple, en pointant du doigt les personnages familiers à l’écran dès l’âge de 10 mois.)
Quels avantages les enfants peuvent-ils vraisemblablement tirer de la télévision? Par l'observation des mouvements oculaires des enfants occupés à regarder la télévision, une étude japonaise a révélé qu'à un an, les enfants portaient une attention visuelle aux segments d'émission accompagnés de musique et de changements de scènes ou de personnages fréquents, mais qu'ils ne se montraient pas intéressés par les portions de l'émission liées au déroulement de l'intrigue19. Par contre, les enfants de trois ans, eux, scrutaient l'écran pour y capter les indices nécessaires pour suivre l'intrigue. Cela donne à penser que les enfants d'un an qui regardent » la télévision passent probablement à côté de ce que les adultes considèrent comme le contenu de l'émission, y voyant surtout des manifestations de lumière et de sons qu'ils peuvent, en déployant des efforts, regrouper parfois en une seule image comme celle d'un personnage qui parle ou agit.
Lorsque les mères japonaises déclarent que leurs bébés imitent les gestes qu'ils voient à la télévision, comme les applaudissements et certains mouvements de gymnastique, il semble que les enfants puissent imiter les personnages de la télévision presque aussitôt qu'ils sont en mesure de séparer ces personnages du milieu dans lequel ils se trouvent. Bien sûr, on peut aussi supposer que les enfants reproduisent en réalité des gestes posés par leurs parents ou leurs frères et soeurs, plutôt que d'imiter les gestes des personnages de télévision, car ces rapports se fondent tous sur l'observation d'enfants qui regardaient la télévision dans un contexte naturel, avec d'autres membres de leur famille.
COMME LES ENFANTS PEUVENT IMITER LES COMPORTEMENTS SIMPLES QU'ILS VOIENT À LA TÉLÉVISION, LES PARENTS ÉVITERONT D'EXPOSER LEURS ENFANTS À DE LA VIOLENCE OU À D'AUTRES IMAGES TÉLÉVISÉES QU'ILS POURRAIENT IMITER.
Une autre recherche incite à prendre au sérieux les affirmations de parents selon lesquelles leurs bébés apprennent par la télévision20. On a en effet découvert que des bébés de 14 mois pouvaient regarder attentivement, puis imiter la démonstration télévisée que faisait un adulte d'une nouvelle façon d'utiliser un jouet. Aucune aide parentale n'était possible dans l'étude, et la démonstration du jouet supposait une suite relativement complexe de gestes. Il faut préciser qu'en plus, la démonstration comportait certaines caractéristiques qui peuvent rebuter les tout-petits (pellicule noir et blanc, absence de trame sonore musicale, recours à un comédien en chair et en os), même si elle avait l'avantage d'être extrêmement simple dans sa forme, sans autre action à l'écran, et d'être présentée aux bébés dans le contexte d'un laboratoire où très peu d'autres choses pouvaient les occuper ou capter leur attention. Fait plus remarquable encore, ces bébés de 14 mois ont réussi à reproduire les gestes observés à la télévision, même s'ils ont dû attendre au lendemain (parce que le jouet n'était pas disponible). Ainsi, lorsque des gestes sont présentés à la télévision d'une façon simple et didactique et qu'ils sont dégagés de toute interférence, il semble que les bébés plus âgés imitent bel et bien des gestes vus à la télévision.
Aucune recherche n'a porté sur les effets particuliers de la violence télévisée sur les enfants. On a démontré que ce n'est qu'avec un matériel télévisuel simple, dégagé de toute interférence et présenté de façon didactique que les enfants pouvaient imiter les comportements qu'ils voyaient à la télé. La violence présentée à la télévision n'a pas ces caractéristiques. Toutefois, on s'est aperçu que les enfants pouvaient imiter des gestes forts attrayants au plan visuel, tels les applaudissements et les mouvements de gymnastique et que la violence à la télévision comporte habituellement de ces éléments qui semblent capter l'attention et l'intérêt de téléspectateurs d'un an par ailleurs assez dépourvus de discernement : action, mouvements, changements de scènes ou de personnages et bruit21.
Étant donné qu'un phénomène de mimétisme semble toujours possible, les parents éviteront d'exposer leurs enfants à de lu violence ou à d'autres images télévisées qu'il serait dangereux que leurs enfants imitent. Dans des conditions habituelles d'écoute, il n'y a donc probablement pas lieu que les parents s'inquiètent de possibles influences pernicieuses sur leurs bébés. En fait, les bébés plus âgés peuvent apprécier les émissions éducatives conçues pour les enfants d'âge préscolaire, sans compter que l'écoute active de ce type d'émissions permet aux parents et aux enfants de s'amuser ensemble et d'échanger, un peu comme à l'heure du conte22. Des études ont révélé que les parents qui regardaient activement les émissions éducatives pour enfants avec leurs bébés et leurs bambins, attiraient fréquemment leur attention sur les personnages, les gestes, les objets et autres effets télévisuels.23 De telles interventions peuvent fort bien avoir pu inculquer à ces tout jeunes téléspectateurs leurs premiers rudiments de l'écoute télévisuelle24.
LES BAMBINS REPRODUISENT CE QU'ILS VOIENT ET ENTENDENT À L'ÉCRAN, COMME LE DÉMONTRENT DES ENFANTS DE MOINS DE DEUX ANS QUI POUVAIENT RÉPÉTER DES PHRASES ENTIÈRES TIRÉES D'UNE PUBLICITÉ POUR DES BOISSONS GAZEUSES.
Brusquement, vers l'âge de deux ans et demi, les enfants commencent à appréhender fort différemment la télévision. Le temps moyen qu'ils passent à proximité d'un poste de télévision allumé25 ne change pas de façon appréciable, mais ils y sont de trois à quatre fois plus attentifs, au point où ils le fixent près de la moitié du temps quand il est allumé. À cet âge, les enfants commencent également à se tourner vers l'appareil lorsqu'il est allumé, même s'ils sont occupés à un jeu ou à une autre activité. Cette transition semble inhérente au développement des fonctions cognitives de l'enfant de cet âge : sa capacité d'intérioriser les objets et les gestes sous la forme de pensées, de mots ou de souvenirs, lui permet de décoder le contenu télévisé26.
Ce raffinement des facultés cognitives fait soudainement entrer les enfants dans le monde des téléspectateurs à proprement parler. Lorsqu'ils atteignent l'âge de trois ans, la plupart des enfants déclarent avoir une émission favorite27. En moyenne, ils regardent environ deux heures de télévision par jour, et se montrent très fidèles à certains types d'émissions (par ex., émissions éducatives pour enfants, émissions et films d'action ou d'aventures, comédies, jeux télévisé28. Comme pour les téléspectateurs plus âgés, leur choix en matière d'émissions télévisées dépend des heures de diffusions29 mais ils expriment également de fortes préférences à l'endroit des dessins animés et autres émissions dépeignant des personnages qui bougent rapidement30. Ils sont particulièrement enclins à regarder des émissions éducatives pour enfants31.
Même si aucune étude n'a encore porté sur les effets spécifiques de la violence télévisuelle sur les. bambins, nous savons qu'ils sont capables d'apprendre un langage et des gestes en regardant la télévision. Les jeunes bambins reproduisent non seulement ce qu'ils voient à l'écran32 mais aussi ce qu'ils entendent, comme le démontrent des jeunes téléspectateurs de moins de deux ans qui pouvaient répéter des phrases entières tirées de publicités pour des boissons gazeuses33.
C'est à ce stade que peuvent s'enraciner les habitudes d'écoute susceptibles d'exposer les enfants à un contenu très violent tout au long de leur enfance. Certaines études ont révélé que les habitudes d'écoute des tout-petits (tant en ce qui a trait à la quantité qu'au type d'émission) persistent jusqu'à la première enfance34, tout comme les habitudes d'écoute de la première enfance persistent tout au long de la seconde enfance35.
Les habitudes télévisuelles des enfants, ou moment où ils deviennent vraiment téléspectateurs, son largement tributaires de celles de leurs parents36. Les parents pourraient influer fortement sur les enfants en examinant leurs propres habitudes d'écoute et en les corrigeant au besoin. Étant donné que les bambins imitent ce qu'ils voient et entendent à la télévision, les parents devraient éviter de les exposer à des émissions qui, par leur violence ou autrement, pourraient les amener à se blesser ou à blesser autrui.
Une étude a été menée ou Jupon par des chercheurs universitaires et par l'industrie de la télévision afin de trouver des moyens de rendre les tout-petits plus attendri aux émissions éducatives et de leur foire mieux comprendre ces émissions ou moment où ils commencent à devenir de véritables téléspectateurs, soit autour de l'âge de deux ans et demi37. Selon les résultats, il est facile de produire un contenu qui soit attrayant pour les enfants de deux uns, mais il est par contre difficile de leur présenter ce contenu d'une manière compréhensible.
Les éléments qui ont le plus retenu l'attention des enfants de deux ans étaient les dessins animés, les personnages d'enfants et de gros animaux, les voix d'enfants et les mouvements « en plans fixes ». C’est-à-dire que l'action d'agiter les brus ou de sauter sur place se déroule toujours dans la même section de l'écran, sons que la caméra effectue des panoramiques ou des effets de loupe).
La simplification des arrière-plans, les répétitions plus fréquentes, lu taille plus grosse des personnages principaux par rapport à celle des personnages secondaires, ont semblé rendre plus compréhensibles les segments destinés aux enfants de deux ans. Toutefois, 20 % seulement de ces enfants de deux ans ont semblé comprendre le matériel qui leur était présenté, et il s'agissait dons ce ces d'enfants d'un peu plus de deux ans (soit de deux ans et sept mois à trois ans).
Il y a lieu de se demander quel intérêt pédagogique il y a à offrir une programmation eux tout-petits s'ils sont si peu nombreux à sembler comprendre les émissions qui leur sont présentées. Toutefois, la grande accessibilité des émissions éducatives comportant les éléments et techniques suggérés en fera tout probablement des téléspectateurs fidèles38. Ainsi, ils seront plus susceptibles de regarder ces émissions plus tord, lorsque leur contenu pédagogique prendre un sens pour eux. Des habitudes télévisuelles axées davantage sur les émissions éducatives plutôt que sur les dessins animés commerciaux réduiraient également leur exposition à la violence.
LES ENFANTS D'ÀGE PRÉSCOLAIRE SE CONCENTRENT SURTOUT SUR LES ÉLÉMENTS PHYSIQUES LES PLUS PERCEPTIBLES DES ÉMISSIONS TÉLÉVISÉES, EN PARTICULIER LORSQUE LE CONTENU SE SITUE HORS DE LEUR CHAMP D'EXPÉRIENCE. DANS UNE SCÈNE VISUELLEMENT RÉALISTE MAIS ACCESSOIRE D'UNE ÉMISSION ÉDUCATIVE SUR LES USAGES ET LA CONSTRUCTION DE CANAUX, LES CONDUCTEURS DE BATEAUX COUVRENT LEUR TÊTE POUR ÉVITER QUE LES ARAIGNÉES NE TOMBENT SUR EUX LORSQU'ILS TRAVERSENT DES TUNNELS. LES ENFANTS AVAIENT TENDANCE À DÉCRIRE LE TOUT COMME ÉTANT UNE ÉMISSION DANS LAQUELLE DES ARAIGNÉES SAUTENT SUR LES GENS ALORS QU'ILS TRAVERSENT DES TUNNELS.
Une bonne part de la recherche sur les effets de la violence à la télévision a porté sur les enfants d'âge préscolaire. On a relevé certains effets relativement prononcés de la violence télévisuelle, tant chez les filles que chez les garçons de ce groupe d'âge39 et ce, particulièrement dans le cas de dessins animés violents. Un certain nombre de raisons peuvent expliquer pourquoi les enfants d'âge préscolaire seraient un public particulièrement sensible à ce type d'émissions.
Les enfants d'âge préscolaire manifestent une forte tendance à se concentrer sur les éléments physiques les plus évidents de leur environnement. Souvent, ils sont ainsi très attentifs à une caractéristique qui éclipse les autres. Au début de l'âge préscolaire, les enfants peuvent utiliser des processus symboliques, comme la pensée ou l'imagerie mentale, ce qui leur permet de commencer à développer des attentes structurées quant à l'aspect des choses, à leurs éléments ou aux gestes qui s'y rattachent et qui entrent dans une même catégorie, et de prévoir les étapes d'un déroulement quelconque. C'est ce qu'on appelle un « schéma »j à mesure que l'enfant se développe, il arrive à saisir davantage les nuances entre les éléments essentiels et les éléments accessoires d'une illustration, d'une image ou d'un événement. En utilisant les schémas d'événement (parfois appelés « scénarios »), les enfants d'âge préscolaire augmentent également leur capacité à comprendre qu'une série d'événements peut former un tout plutôt que de n'être qu'un ensemble décousu de personnages et d'actions indépendants les uns des autres40. L'élaboration des schémas dépend de l'expérience acquise et du développement cognitif, de sorte que les enfants d'âge préscolaire demeurent passablement dépendants des éléments formels les plus perceptibles pendant que se développent leurs propres schémas directeurs.
Ce mode de traitement de l'information amène les téléspectateurs d'âge préscolaire à regarder la télévision d'un point de vue « exploratoire»41. Ils cherchent le sens du contenu télévisuel42 mais ils demeurent particulièrement sensibles aux éléments formels les plus perceptibles des émissions télévisées : mouvements rapides des personnages, changements rapides des scènes et des personnages, décors variés, intensité et imprévisibilité des scènes et des effets sonores, forte intensité de la musique et voix étranges ou inhumaines. Ces éléments formels de la production représentent en fait une liste allongée des effets télévisuels qui semblent capter l'attention des bambins et même des bébés.
LES DESSINS ANIMÉS, EN PARTICULIER, PEUVENT ÊTRE UNE SOURCE DE STÉRÉOTYPES NÉGATIFS À L'ENDROIT DE CERTAINES MINORITÉS OU DE GROUPES AUTRES QUE NORD-AMÉRICAINS CAR LES ENNEMIS DES HÉROS SONT SOUVENT REPRÉSENTÉS AVEC DES ACCENTS ÉTRANGERS ET DES TRAITS PHYSIQUES QUI NE SONT PAS CEUX DE LA RACE BLANCHE.
Les enfants d'âge préscolaire ne réagissent pas bêtement aux éléments formels les plus perceptibles. Tout comme ils apprennent à élaborer des scénarios et d'autres types de schémas qui les aident à organiser leur expérience de la vraie vie et à lui donner un sens, il semble que les enfants d'âge préscolaire développent aussi des schémas reliés aux éléments formels de la télévision et qu'ils peuvent les utiliser pour explorer ce médium. Ils semblent traiter ces éléments comme autant de signaux à l'effet que quelque chose d'intéressant est sur le point de se produire. Les caractéristiques importantes ou centrales du contenu télévisuel peuvent passer inaperçues ou être oubliées à moins d'être annoncées par les éléments formels les plus perceptibles de la production43 particulièrement dans le cas de matériel télévisuel qui se situe hors du champ d'expérience de l'enfant d'âge préscolaire et qu'il est, par conséquent, peu susceptible de comprendre les événements qui se déroulent.
Une émission éducative sur les usages et la construction de canaux44 illustre bien le degré d'attention accordé par les enfants d'âge préscolaire aux éléments formels d'une émission ors de leur champ d'expérience. Dans une scène visuellement réaliste mais accessoire de cette émission, les conducteurs de bateaux couvrent leur tête pour éviter que les araignées ne se posent sur eux pendant la traversée. Les jeunes téléspectateurs étaient plus susceptibles de décrire le tout comme étant une émission dans laquelle des araignées sautent sur des gens alors qu'ils traversent des tunnels, sans mentionner le contenu éducatif intentionnel de l'émission.
Un autre exemple porte sur un enfant de trois ans qui regarde une émission éducative pour enfants au sujet de la préparation dune expédition dans l'Arctique en traîneau à chiens45. Ne possédant aucune expérience qui puisse servir de point de comparaison avec un tel sujet, l'enfant a imaginé un synopsis apparemment fondé sur un élément de l'émission qui lui était familier: « Ils ont des verres fumés. J'ai des verres fumés. Maman m'en a acheté ».
L'attrait des éléments les plus perceptibles pour les enfants d'âge préscolaire est particulièrement fort, parce qu'à cet âge, ils ne consacrent une attention visuelle à l'écran de télévision qu'environ la moitié du temps où celui-ci est allumé46. Ils semblent toutefois écouter pendant la majeure partie du temps lorsqu'ils ne fixent pas l'écran47, et ils se retournent fréquemment pour le regarder, en réponse à des éléments formels sonores bien perceptibles, comme une musique ou des effets sonores puissants48. Ils sont sans doute à l'écoute de ces signaux sonores qui les avertissent de regarder l'écran pour savoir ce qui s'y passe, plutôt qu'ils ne semblent suivre le déroulement de l'histoire en écoutant la bande sonore. Les enfants d'âge préscolaire comprennent plus facilement l'information visuelle qui apparaît à l'écran que le matériel auditif49, quoiqu'ils puissent tirer un enseignement d'un dialogue adapté à leur vocabulaire50.
Les enfants d'âge préscolaire comprennent déjà beaucoup mieux les éléments formels des émissions, mais ils ne comprennent pas encore les éléments formels plus subtils. À titre d'exemple, ils reconnaissent immédiatement les dessins animés dont ils savent que le contenu leur est destiné51. Ils s'attendent à comprendre et restent attentifs à un matériel assez hermétique s'il leur est présenté sous cette forme52. Dès l'âge de quatre ans, la plupart des enfants comprennent que les « effets de loupe » de la caméra signifient le rapprochement ou l'éloignement d'un objet donné. Certains peuvent comprendre que l'éloignement ou le rapprochement d'un objet peuvent aussi être transmis par une séquence montée à partir de différents plans de caméra53.
Les reprises instantanées54 sont rarement comprises des enfants d'âge préscolaire. Il en est de même des éléments formels qui signalent le passage du temps55 comme les fondus et les retours en arrière, les sauts dans le temps56 ou les rêves57. Souvent, les enfants d'âge préscolaire restent insensibles aux éléments formels moins évidents utilisés pour marquer la transition entre les diverses portions d'une émission ou pour séparer le contenu de l'émission des messages publicitaires. À cet âge, ils risquent donc d'intégrer le contenu publicitaire au récit qu'ils font de l'intrigue ou d'être confus d'autres manières, surtout si le segment dure plus de huit minutes58. Toutefois, l'expérience aidant, même les très jeunes enfants pourront décoder les éléments formels plus subtils.
Les enfants qui regardent beaucoup la télévision sont parmi les premiers de leur groupe d'âge à comprendre le sens des effets de loupe et du montage des plans59. Par exemple, les enfants de trois ans, qui regardaient assidûment le magazine télévisé pour enfants appelé Play school, tournaient régulièrement la tête pour regarder l'écran aux moments charnières qui assuraient la transition entre les différentes portions de l'émission, caractéristique formelle subtile s'il en est60. La plupart des enfants d'âge préscolaire réagissent avec assez de constance à un élément formel sonore moins perceptible, comme une voix d'enfant ou de femme, élément annonciateur de matériel potentiellement intéressant et compréhensible pour eux61.
UNE ENFANT D'ÂGE PRÉSCOLAIRE A ÉTONNÉ SES PROCHES EN EXPRIMANT SUBITEMENT SA CRAINTE ET SON HOSTILITÉ À L'ENDROIT DES NOIRS APRÈS AVOIR REGARDÉ LA SÉRIE TÉLÉVISÉE ROOTS. LA SCÈNE QUI L'AVAIT EFFRAYÉE MONTRAIT UN ESCLAVE NOIR RECEVANT DES COUPS DE FOUET. ELLE A CONCLU QUE, POUR MÉRITER UN TEL CHÂTIMENT, LE PERSONNAGE FOUETTÉ DEVAIT ÊTRE TRÈS MAUVAIS ET, PAR CONSÉQUENT, TRES EFFRAYANT.
Les motifs et les réactions émotionnelles des personnages de l'intrigue s'accompagnent presque toujours d'éléments formels subtils, difficiles à comprendre62. Cela peut expliquer pourquoi les enfants d'âge préscolaire semblent rarement attentifs à ce qui touche aux émotions des personnages de télévision et ils ont même du mal à se les rappeler, particulièrement si ces personnages sont présentés sous forme animée ou sous forme de marionnettes63. Ils arrivent quand même assez facilement à classer les personnages en « bons » et en « mauvais » sur la base de leur apparence64. Un personnage très repoussant, ou dont les caractéristiques physiques sont étonnantes, comme un corps scindé en deux parties ou une peau verte, risque de passer dans la catégorie des « mauvais » ou des « effrayants », même s'il se comporte gentiment ou qu'il est bien intentionné65. Les dessins animés, en particulier, peuvent être une source des stéréotype négatifs appliqués à certaines minorités ou groupes autres que nord-américains66 car les ennemis des héros sont souvent représentés avec des accents étrangers et des traits physiques qui ne sont pas ceux de la race blanche67.
Les enfants d'âge préscolaire sont prédisposés à rechercher la violence à la télévision et à y accorder de l'attention, parce que la violence s'accompagne d'éléments formels perceptibles, comme une musique puissante, des mouvements brusques, des changements de plans rapides et des effets sonores68. La violence elle-même est transmise visuellement de sorte qu'elle est plus susceptible d'être facilement comprise par les enfants. De plus, les enfants de cet âge sont moins susceptibles de comprendre les informations plus subtilement encodées comme les motivations négatives, les conséquences punitives qui surviennent ultérieurement ou la souffrance des victimes, rendant ainsi peu probable le fait qu'ils puissent situer la violence dans un contexte précis69.
Le Committee on Social Issues Croup for the Advancement of Psychiatry a décrit le cas type d'une enfant d'âge préscolaire qui a étonné ses proches en exprimant subitement sa crainte et son hostilité à l'endroit des gens de race noire après avoir regardé en famille la série télévisée Roots70. Elle a décrit la scène qui l'avait effrayée dans laquelle un esclave noir recevait des coups de fouet. Elle a conclu de cette scène que, pour mériter un tel châtiment, le personnage fouetté devait être très mauvais et, par conséquent, très effrayant.
Bien qu'il n'y ait aucune raison de croire que cette réaction particulière soit typique chez les enfants d'âge préscolaire qui ont vu Roots, elle concorde certainement avec le mode d'écoute des enfants d'âge préscolaire. Cette scène était très réaliste, marquée par le claquement fort et répété du fouet et de rapides changements de plans de la victime à son agresseur. L'action et l'arrière-plan étaient par ailleurs relativement simples, et la scène se concentrait sur deux personnages seulement. Ces éléments suffisaient à attirer et à retenir l'attention d'un enfant d'âge préscolaires D'autres éléments de l'intrigue, perçus bien sûr par les téléspectateurs adultes (et par les enfants plus âgés), révélaient que les coups de fouet étaient injustifiés, excessivement cruels et administrés par un personnage dont les motifs et les agissements passés étaient inacceptables à l'endroit d'un personnage dont les motifs et les agissements passés étaient dignes d'éloges. Ces indices ont probablement échappé à la jeune téléspectatrice, puisqu'ils figuraient dans des scènes précédentes qu'elle n'avait probablement pas associées à la scène des sévices : l'information avait été principalement transmise sous forme de dialogue entre des adultes, dialogue qu'elle ne pouvait comprendre. Elle n'a peut-être même pas réalisé que les personnages des scènes précédentes étaient les mêmes que dans la scène du fouet, étant donné que, dans les scènes précédentes, ils portaient des vêtements différents, et ils arboraient des expressions différentes, se trouvaient dans d'autres décors et se comportaient différemment. Il n'est pas étonnant qu'elle ait eu de cette scène une perception différente de celles des adultes ou des enfants plus âgés et qu'elle n'ait pas ressenti beaucoup d'empathie à l'endroit de la victime. Elle aura basé son jugement sur l'information la plus immédiate et la plus évidente de la scène, interprétant ce visage noir et grimaçant de douleur comme étant à la fois méchant et effrayant. Le fait qu'elle n'ait pas reconnu l'expression de la douleur et qu'elle n'ait éprouvé aucune empathie concorde bien également avec l'insensibilité des enfants d'âge préscolaire à l'endroit des manifestations d'émotion à la télévision. Sa façon de percevoir la télévision comme une « fenêtre sur le monde » c'est-à-dire, offrant une interprétation exacte et non modifiée du monde) a amplifié sa peur du personnage. Le fait qu'il s'agisse d'un numéro d'acteur et que les événements se soient produits dans un lointain passé ne signifiait rien pour elle.
CE N'EST PAS LA VIOLENCE EN SOI QUI REND LES DESSINS ANIMÉS SI ATTRAYANTS POUR LES ENFANTS D'ÂGE PRÉSCOLAIRE. LES ENFANTS SONT ATTIRÉS PAR LES ÉLÉMENTS LES PLUS PERCEPTIBLES DES DESSINS ANIMÉS : DES MOUVEMENTS BRUSQUES, DES EFFETS SONORES ET UNE MUSIQUE PUISSANTE.
Les enfants d'âge préscolaire préfèrent de loin les dessins animés (une formule particulièrement violente) et ils leur accordent beaucoup d'attention. Par exemple, les dessins animés du samedi matin comportent de 20 à 25 actes de violence par heure (contre cinq par heur pour les émissions diffusées aux heures de grande écoute)71. Étant donné que les enfants d'âge préscolaire préfèrent, et de loin, ce format et qu'ils y accordent une très grande attention72 ils sont, par conséquent, exposés à un grand nombre d'actes de violence durant leur journée de visionnement. Sur la base des habitudes télévisuelles notées73 on a estimé que, par le biais de la télévision, les enfants auront en moyenne assisté à 8 000 meurtres et à 100 000 autres actes divers de violence et de destruction, lorsqu'ils commenceront l'école.
L'analyse des préférences des enfants en matière d'émissions de télévision et de l'attention qu'ils consacrent à ces émissions a révélé que ce n'est pas la violence en soi qui rend les dessins animés si attrayants pour les enfants d'âge préscolaire74. Les enfants sont attirés par les éléments formels les plus perceptibles des dessins animés : des mouvements brusques des personnages, des effets sonores et une musique puissante. Les dessins animés non violents et les émissions présentant des personnages réels, dotés de telles caractéristiques attirent tout autant les enfants si elles sont pourvues de ces éléments formels.
Par exemple75, ce groupe d'âge est celui qui manifeste la préférence la plus marquée à l'endroit des émissions éducatives pour enfants76.
Bien qu'il puisse être rassurant de savoir que c'est l'action qui attire les enfants d'âge préscolaire vers la télévision violente plutôt que la violence elle-même, il faut noter que le fait de beaucoup regarder de telles émissions risque d'augmenter le taux d'agressivité des enfants. On a découvert que les enfants d'âge préscolaire adoptent un comportement plus agressif au jeu après avoir regardé une émission de télé forte en rebondissements, mais totalement dépourvue de contenu violent77. Il fut révélé que le fort degré d'excitation à lui seul peut engendrer de l'agressivité et que ce sont les éléments formels les plus perceptibles qui suscitent de tels niveaux d'excitation. Il fut aussi démontré que tout contenu violent produit des effets substantiels et excite encore davantage les enfants78.
UN ENFANT QUI FRÉQUENTAIT UN JARDIN D'ENFANTS A DÉCLARÉ : «JE SAIS QUE BIG BIRD N'EXISTE PAS POUR VRAI. C'EST JUSTE UN COSTUME. À L'INTÉRIEUR IL Y A JUSTE UN OISEAU ORDINAIRE.»
Étant donné qu'une grande part de la violence offerte au regard des enfants durant la petite enfance est sous forme de dessins animés, on pourrait la croire relativement inoffensive puisque les enfants savent qu'il s'agit d'un monde imaginaire. En fait, chez les enfants plus âgés et les adultes, la distinction entre le réel et l'imaginaire s'est souvent révélée apte à tempérer l'influence de la violence télévisuelle sur le comportement et les émotions79. Les études qui ont comparé spécifiquement la violence véhiculée par des personnages en chair et en os à celle des dessins animés concluent en général que la violence filmée exerce nettement plus d'effets sur les comportements agressifs80. Toutefois, ces études comparatives n'ont pas été faites spécifiquement auprès d'enfants d'age préscolaire. Les études qui n'ont utilisé que les dessins animés comme exemple de violence télévisuelle incluaient des enfants d'âge préscolaire et ont révélé un accroissement de la violence. Une étude australienne a démontré que la combinaison de dessins animés violents et de jouets thématiques assortis pouvait avoir des effets considérables : tant les garçons que les filles étaient plus susceptibles de manifester physiquement et verbalement leur agressivité à l'endroit d'un petit copain s'ils venaient de visionner ensemble un dessin animé violent, et encore davantage, s'ils avaient à leur disposition les jouets assortis au dessin animé81.
Lorsqu'on le leur demande, les enfants d'âge préscolaire peuvent généralement dire des dessins animés qu'ils « ne sont pas vrais » ou qu'ils sont « pour faire semblant »82. Ils tendent également à classer les émissions qui parlent de fantômes, de monstres, de vampires, de sorcières et de génies dans la catégorie de « ce qui n'est pas vrai »83. Toutefois, les enfants d'âge préscolaire ne peuvent pas en général préciser ce qu'ils veulent dire par « vrai »84 et les questions ouvertes révèlent habituellement que les dessins animés font partie de la « fenêtre magique » qu'est la télévision, une représentation exacte et inaltérée du monde85.
Les enfants d'âge préscolaire ne font probablement pas référence à la même notion que les adultes lorsqu'ils disent des choses qu'elles sont « pour vrai » ou « pour faire semblant ». Des garçonnets fréquentant un jardin d'enfants décrivaient ce qui arrivait lorsque l'émission Superman était terminée selon eux, dans la ( vraie » vie, le personnage retournait à la maison, retirait sa cape et redevenait « Dick Clark ». (Ils voulaient probablement dire Clark Kent86.) Un autre enfant qui fréquentait le jardin d'enfants déclarait : « je sais que Big Bird n'existe pas pour vrai. C'est juste un costume. À l'intérieur il y a juste un oiseau ordinaire.87 » De même, des enfants qui fréquentent le jardin d'enfants ne comprennent pas la différence entre marionnette, personnage animé et personnage en chair et en os dans les émissions qu'ils regardent régulièrement.88 En fait, la dimension réel-imaginaire n'a peut-être aucune portée sur le jugement des enfants d'âge préscolaire lorsqu'il est question de contenu télévisuel.89
Il ne semble pas non plus que le fait que les personnages de dessins animés soient imaginaires puisse empêcher les enfants d'âge préscolaire de s'identifier à ces personnages. On a découvert que plus le personnage était irréel, plus les enfants d'âge préscolaire avaient tendance à la fois à vouloir lui ressembler et à penser qu'ils lui étaient semblables90. Une analyse historique sur les héros des enfants de 1900 à 1980 et un sondage auprès des adultes qui ont grandi avant et après l'avènement de la télévision confirmait que les enfants d'âge préscolaire, contrairement aux enfants de la seconde enfance, sont désormais plus susceptibles de choisir des héros imaginaires plutôt que des héros en chair et en os, de s'adonner plus à des jeux d'aventures épiques et de pénétrer dans l'univers des héros et des thèmes de jeu par l'entremise de la télévision plutôt que par les amis, les frères et soeurs ou les parents91.
PEUT-ÊTRE, LES ADULTES INTERPRÈTENT-ILS MAL LE SENS QUE DONNENT LES ENFANTS AUX MOTS «POUR VRAI» ET «POUR FAIRE SEMBLANT». UN ENFANT PARTICIPANT UNE ÉTUDE SUR LES FRAYEURS ENFANTINES A DIT AU SUJET DES ANIMAUX EFFRAYANTS QUI HANTAIENT SES CAUCHEMARS «JE LEUR AI DIT QU'ILS N'ÉTAIENT QU'UN RÊVE, MAIS ILS N'ONT PAS VOULU PARTIR.»
Environ 50 % des enfants d'âge préscolaire déclarent avoir été effrayés par la télévision92 et même les créatures ou les événements les plus improbables peuvent effrayer un enfant d'âge préscolaires93. Chez ces enfants les craintes peuvent être moindres à l'endroit des dessins animés qu'à l'endroit d'autres types d'émissions violentes. On a constaté une plus grande manifestation physique de peur chez des enfants d'âge préscolaire qui regardaient des dessins animés violents, par opposition à des dessins animés ou des émissions réalistes non violentes. Toutefois, ces enfants avaient des manifestations physiques de peur plus marquées et ils qualifiaient volontiers les émissions d'« effrayantes » lorsqu'ils y voyaient une scène de violence réaliste mettant en jeu des comédiens en chair et en os.94
Ceci dit, le réalisme n'est pas un préalable pour effrayer un enfant d'âge préscolaire. En fait, l'un des effets télévisuels parmi les plus effrayants pour les enfants d'âge préscolaire est la transformation très impressionnante de David Banner en « l'Incroyable Hulk ), dans la série enfantine du même nom95. Parce que les enfants d'âge préscolaire ne comprennent pas comment les choses peuvent demeurer les mêmes tout en revêtant un aspect différent, ils trouvent Hulk terrifiant et voient en ce personnage un être vilain à cause de son apparence physique. Ils n'arrivent tout simplement pas à comprendre que Hulk représente en fait le même personnage bienveillant qu'est David Banner.
Pour essayer de rassurer leurs enfants d'âge préscolaire sur ce qu'ils ont vu à la télévision, les parents ont le plus fréquemment recours à des stratégies cognitives, comme de parier de l'émission ou de rappeler que les scènes effrayantes ne sont pas réelles96. Or, les stratégies cognitives n'aident généralement pas les enfants d'âge préscolaire à maîtriser ces peurs. Ce sont des stratégies qui fonctionnent bien chez les enfants un peu plus âgés. Les explications verbales d'un documentaire sur les serpents ont en fait intensifié les craintes des enfants d'âge préscolaire lorsqu'ils ont par la suite vu la scène des serpents du film Les Aventuriers de l'arche perdue, en comparaison avec les enfant du même âge qui avaient vu le documentaire sans entendre les explications97. Dans le cadre d'une étude réalisée en 1984, presque tous les enfants d'âge préscolaire pouvaient répondre correctement que la vilaine sorcière du , Magicien d'Oz » n'existait pas vraiment, si l'expérimentateur le leur avait dit auparavant. Or, cette explication n'a aucunement apaisé leurs craintes lorsqu'ils ont vu la vilaine sorcière menacer Dorothée. Ils ont eu tout aussi peur que les enfants qui n'avaient pas été avertis que la sorcière n'était pas réelle98. Les enfants d'âge préscolaire (particulièrement lorsqu'ils sont distraits par la peur) risquent d'être incapables de reconceptualiser le stimulus qui a provoqué leur peur. Ou peut-être, les adultes interprètent-ils mal le sens que donnent les enfants aux mots « pour vrai » et « pour faire semblant ». Un enfant qui avait participé à une étude sur les frayeurs enfantines et qui décrivait les animaux effrayants qui hantaient ses cauchemars déclarait : «Je leur ai dit qu'ils n'étaient qu'un rêve, mais ils n'ont pas voulu partir »99.
LES PARENTS PEUVENT RÉDUIRE DE BEAUCOUP L'EFFET DE LA VIOLENCE TÉLÉVISUELLE EN REFUSANT D'ACHETER À L'ENFANT DES JOUETS LIÉS À UNE ÉMISSION VIOLENTE.
Plutôt que de tenter de réconforter un enfant apeuré avec des explications logiques, les parents feraient peut-être mieux de lui changer les idées, par exemple ou moyen d'un goûter, ou de lui fournir un réconfort physique, pur exemple en le faisant asseoir près d'eux ou en lui donnant une couverture ou un jouet à manipuler100. Outre le fait de fournir à l'enfant une distraction ou un réconfort, les parents de ces enfants peuvent peut-être les empêcher de ressentir de fortes craintes vis-à-vis la télévision en régissent leurs habitudes d'écoute. Les enfants d'âge préscolaire dont les parents ne régissaient pas d'une façon ou d'une autre leurs habitudes d'écoute étaient plus enclins à trouver le monde extérieur « vilain et effrayant »101.
Les enfants dont les parents régissent les habitudes télévisuelles sont non seulement moins craintifs, mois aussi moins agressifs102. Pour atténuer chez l'enfant les peurs et les comportements agressifs, ces parents peuvent avoir recours à diverses formes d'interventions notamment en limitant le nombre d'émission violentes ou effrayantes que l'enfant regarde, en regardant la télé avec lui, en encourageant ou en décourageant certains comportements que l'enfant imite de la télévision, en émettent des commentaires sur un contenu violent ou effrayant et en l'encouru tient à regarder des émissions à contenu pro-social103. En outre, ils peuvent réduire de beaucoup l'effet de lu violence télévisuelle en refusant d'acheter à l'enfant des jouets liés à une émission violente104.
La mesure dans laquelle les parents régissent les habitudes d'écoute de leurs enfants varie considérablement d'un pays à l'outre. Au Japon, les mères disent utiliser fréquemment la télévision comme « gardienne » pour leurs jeunes enfants105. On a découvert qu'à l'âge de trois ou quatre ans les enfants japonais passaient plus de lu moitié de leur temps d'écoute de télévision à la regarder seuls ou avec d'autres enfants. Cela contraste nettement avec la situation des enfants d'âge préscolaire américains qui passent environ 75 % de leur temps d'écoute en compagnie de l'un de leurs parents ou des deux106. Toutefois, le temps passé à regarder la télévision en compagnie des parents est plus susceptible d'être consacré à des émissions conçues pour un public adulte, et choisies pur les adultes107. Un tel mode d'écoute expose probablement les enfants d'âge' préscolaire à un contenu qui peut être vident, effrayant, ou à tout le moins, incompréhensible.
Les habitudes télévisuelles observées aux États-Unis semblent toutefois différentes de celles du Canada. Les recherches effectuées par le Centre fer Media and Youth Studies révèlent que bien ou-delà de 80 % des émissions les plus souvent regardées pur les enfants d'âge préscolaire dom les zones urbaines ou (anode sont des émissions pour enfants108. D'autre part, nous ignorons dans quelle mesure les parents canadiens utilisent la télévision comme « gardienne d'enfants » pour leurs enfants d'âge préscolaire. Il semble que les parents soient plus susceptibles de laisser leurs jeunes enfants regarder lu télévision seuls s'il s'agit d'émissions éducatives109. Cette tendance est somme toute normale si l'on songe que c'est en regardant des émissions pour adultes que les enfants risquent davantage d'avoir besoin de ces derniers pour répondre à leurs questions et les réconforter110. Des résultats récents indiquaient toutefois que l'émission Sesame Street facilite à tout le moins un apprentissage du vocabulaire, même si les parents ne regardent pas l'émission avec l'enfant111. En s'abstenant de regarder les émissions enfantines avec leurs enfants d'âge préscolaire, les parents se privent toutefois d'une occasion de renforcer l'apprentissage qui se fait quand ils discutent avec eux du contenu des émissions et qu'ils opèrent un suivi pur le biais d'activités qui s'y rattachent112.
LES ENFANTS CANADIENS REGARDENT LES ÉMISSIONS QUI LEUR SONT DESTINÉES LORSQUE CES ÉMISSIONS SONT DISPONIBLES MAIS, MALHEUREUSEMENT, CE N'EST PAS SOUVENT LE CAS.
La violence n'est pas nécessaire pour attirer l'attention des enfants d'âge préscolaire et s'est révélée propice à une exacerbation des manifestations d'agressivité. Il serait donc bon d'éviter toute violence dons les émissions qui leur sont destinées et il semble inutile de recourir à la violence à la télévision pour donner aux enfants d'âge préscolaire des leçons sur les aspects négatifs ou Les conséquences pernicieuses de la violence. Leur capacité d'abstraction dom ce domaine est extrêmement limitée.
Les enfants canadiens regardent les émissions qui leur sont spécifiquement destinées lorsque ces émissions sont disponibles mois, malheureusement, ce n'est pas souvent le cas113. Conséquemment, ils regardent beaucoup d'émissions conçues pour un public plus âgé. Les chaînes de télévision canadiennes pourraient mieux servir leurs jeunes publics en leur offrant une programmation plus variée (plutôt que la kyrielle de dessins animés qui forment la majeure partie des émissions pour enfants) et en réservant les plus horaires qui correspondent aux moments où les enfants sont plus susceptibles de regarder la télévision le matin, après 15 heures et en début de soirée114. Par exemple, la recherche sur les téléspectateurs d'âge préscolaire comporte un certain nombre de suggestions claires pour améliorer le compréhension qu'ont les enfants de la télévision et pour leur offrir des émissions mieux adoptées115. Des éléments formels plus perceptibles peuvent être utilisés pour orienter l'attention des téléspectateurs d'âge préscolaire vers les caractéristiques les plus importantes du contenu télévisuel tels les incidents manquants de l'intrigue. Les effets sonores sont dans certains ces plus efficaces que les effets visuels116. L'attention générale des enfants à l'endroit du matériel télévisuel peut également être intensifiée par l'ajoute à différents moments, d'éléments formels plus perceptibles ou de pointes d'humour, dons le mesure où celui-ci ne désinforme pas, comme c'est le cas pour l'ironie, qui peut être interprétée comme le contraire de ce que l'on désire foire comprendre117.
Pour les enfants d'âge préscolaire, l'attention et la compréhension semblent presque augmenter en proportion de la vitesse du déroulement118, mois un déroulement rapide peut également accroître l'agressivité chez ces enfants. Il y a d'outres forons de maintenir l'intérêt des enfants pour une émission de télévision, ou de la leur foire comprendre, qu'en lui impriment un rythme trépidant, par exemple en ayant recours à la narration ou au dialogue lus par des voix de femmes ou d'enfants, ou à un « discours destiné aux enfants », lequel suppose l'emploi d'un débit oratoire lent, de phrases simples et de références concrètes à ce qui est immédiat c'est-à-dire aux événements et objets qui apparaissent à l'écran) et de répétitions119. Ces méthodes se sont révélées efficaces pour accroître l'attention et lu compréhension de l'enfant120.
Les enfants d'âge préscolaire éprouvent de le difficulté à comprendre les émotions à partir de la télévision. Pour les aider à comprendre les émotions, le recours à des comédiens en choir et en os plutôt qu'à des personnages animés ou à des marionnettes serait plus efficace121. On peut intéresser les enfants aux émotions en utilisant des éléments formels qui captent leur attention, en insérant des pauses dons le déroulement des événements pour permettre à l'enfant de réfléchir à ce qu'il vient de voir, en prévoyant une narration qui portera sur lu réaction émotionnelle ou en prolongeant la présentation d'un contenu émotionnel. Bien qu'il vaille la peine d'examiner de telles mesures, leurs répercussions pourraient être minimes122. les chercheurs n'ont obtenu que des succès de courte durée lorsqu'ils ont tenté d'enseigner aux enfants d'âge préscolaire à reconnaître les émotions d'autrui.
L'ÂGE DE HUIT ANS EST CRITIQUE SUR LE PLAN DU LIEN QUI SE FAIT ENTRE VIOLENCE TÉLÉVISUELLE ET DÉVELOPPEMENT DE L'AGRESSIVITÉ EN RAISON DU DÉVELOPPEMENT COGNITIF ET ÉMOTIONNEL PROPRE À LA SECONDE ENFANCE.
Lorsque les enfants commencent à fréquenter l'école, ils regardent moins la télévision puisqu'ils ne peuvent plus la regarder autant durant le jour. Dès la deuxième ou la troisième année, le temps d'écoute augmente de nouveau puisqu'ils peuvent se coucher un peu plus tard; cette tendance s'accentue graduellement jusqu'à l'adolescence123. À cet âge, les enfants nord-américains et japonais regardent la télévision sans leurs parents plus souvent qu'ils ne le faisaient à l'âge préscolaire124 alors que les enfants suédois ont davantage tendance à regarder encore la télévision avec leurs parents125. Les enfants du primaire commencent à réduire leur consommation d'émissions éducatives au profit des dessins animés, des comédies et des émissions d'action et d'aventures126.
La seconde enfance est considérée comme une période cruciale pour ce qui est de la compréhension des effets de la télévision sur le degré d'agressivité. Certains auteurs sont d'avis que la seconde enfance pourrait être la plus importante parce que c'est entre 9 et 12 ans que les enfants regardent le plus la télévision (et qu'ils peuvent de ce fait être immergés dans la violence)127. D'autres chercheurs croient pour leur part que les âges de 10 à 12 ans seraient les plus importants parce que c'est à cet âge que naissent les intérêts durables et que s'ancrent les comportements chez les enfants128. La plupart des chercheurs s'entendent toutefois pour dire que l'âge de huit ans est critique sur le plan du lien qui se fait entre violence télévisuelle et développement de l'agressivité en raison du développement cognitif et émotionnel propre à la seconde enfance. Ces développements sont probablement dus au fait que désormais, les enfants ne se fient plus d'abord et avant tout à leurs perceptions, mais bien à l'information conceptuelle pour appréhender leur univers129.
Entre les âges de six et sept ans, les enfants développent un « schéma de déroulement » typique, un souvenir ou des attentes sur la façon dont les histoires (peu importe le médium) sont structurées130. Ils arrivent ainsi à mieux comprendre l'histoire (y compris l'intrigue dans les émissions de télévision) parce qu'ils peuvent maintenant anticiper le contenu pertinent et diriger leur attention en conséquence, mémoriser l'information selon son importance, et assortir l'information en fonction de leurs attentes quant à l'issue de l'intrigue.
À L'ÂGE DE HUIT ANS, LES ENFANTS SONT MOINS SUSCEPTIBLES DE MANIFESTER EUX-MEMES PLUS D'AGRESSIVITÉ SI LA VIOLENCE DONT ILS SONT TÉMOINS LEUR APPARAÎT MOTIVÉE PAR LA MÉCHANCETÉ, SI ELLE CAUSE UNE SOUFFRANCE OU SI ELLE EST PUNIE OU DÉSAPPROUVÉE.
Vers l'âge de sept ans, l'attention visuelle accordée à la télévision augmente pour correspondre à environ 70 % du temps d’écoute et atteint là un plateau131 Bien que toujours attentif aux repères perceptibles, l'enfant de cet âge peut plus facilement les reléguer au second plan, au profit de caractéristiques relatives au contenu ou aux motifs personnels qu'a l'enfant de regarder l'émission. À l'âge de huit ans, les enfants peuvent interpréter les codes formels spécifiquement télévisuels les plus complexes, comme les fondus ou les coupures qui indiquent un saut dans le temps, un retour en arrière ou un rêve, et les informations fournies pour donner une perspective, informations rendues par le montage des différents plans de caméra132. Les enfants du primaire peuvent reconnaître les caractéristiques formelles du réel et de l'imaginaire dans le contenu télévisuel. Les enfants interrogés dans le cadre d'une étude ont déclaré savoir que l'explosion de la navette spatiale Challenger à la télévision était réelle à cause de la piètre qualité de l'image, de l'absence de gros plans, du débit de voix saccadé des annonceurs et de la présence de mots affichés à l'écran