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Auteurs: Langerijs, Marjolein.
Titre: Images “volées” ou images en vol
Source: Dossier Ecole et cinéma n° 164, janvier 2003. Wissembourg 2003.
Editeur: Ciné-Club de Wissembourg.
La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'éditeur.
Marjolein Langerijs
Images “volées” ou images en vol
L'observation des oiseaux et plus particulièrement de leurs migrations ne date pas d'hier. Pour ne citer que quelques exemples, il en est question dans l'Iliade, la Bible et dans les écrits d'Aristote. Dans le même ordre d'idées, les hommes ont essayé de se déplacer dans les airs bien avant que le moteur ne soit inventé.
Le peuple migrateur reflète davantage la fascination de l'homme pour le déplacement de l'oiseau et sa volonté de l'imiter que le souci pédagogique exprimé à travers des images "volées" de la vie des oiseaux en site naturel.
Afin de pouvoir fixer des images en vol, il a fallu dresser des oiseaux élevés par l'homme et accoutumés à sa présence. Cette technique avait été mise au point dans les années 30 par Konrad Lorenz (Cf. article du Monde p. 14), un naturaliste autrichien tombé amoureux des oies sauvages, et considéré aujourd'hui comme le fondateur de l'éthologie (étude du comportement global des espèces animales). Il avait imaginé de prendre en charge, depuis l'œuf, de jeunes oies afin de jouer auprès d'elles le rôle d'un véritable père adoptif. Pour cela il fallut, depuis le début de l'incubation, caresser les œufs et parler à voix basse aux oisillons, au travers de leur coquille, afin de les habituer à la voix et à la présence humaines. Après avoir prodigué des soins quasi maternels, les oies suivaient leur “père” fidèlement partout, c'est à dire là où il pouvait se déplacer: par terre et dans l'eau. Si au départ on le prenait pour un doux dingue, Konrad Lorenz a persisté et ses travaux ont été couronnés par le prix Nobel de physiologie en 1973.
Depuis lors, les techniques ont évolué et se sont étendues à de nouvelles espèces d'oiseaux, essentiellement de la famille des oies.
Une nouvelle perspective s'ouvrait lorsque dans les années 80, le Canadien Bill Lischman mit au point les techniques d'aviation ultralégère. Il fut le premier à réussir à voler avec des oies sauvages, attirées spontanément par son ULM. Il a alors imaginé d'élever d'autres oies afin de les entraîner avec lui dans les airs. En 1988, il réussit à concrétiser ce rêve et réalisa un petit film vidéo.
C'est ce document qui a donné à Jacques Perrin l'idée d'utiliser à son tour des ULM pour voler avec les oiseaux migrateurs. Voulant perfectionner et diversifier les prises de vue, il fallait des ULM spécialement conçus pour filmer des grues, pélicans, cigognes, aras et autres espèces d'oiseaux sauvages. Ainsi, il a contacté des ingénieurs de l'aéronautique et des techniciens du monde du cinéma afin d'étudier avec eux la faisabilité de ce projet. Ensuite il décida de créer la première “nurserie-école-base aérienne-studio de cinéma pour oiseaux”, s'appuyant sur les conseils des spécialistes évoqués ci-dessus ainsi que de vétérinaires, de protecteurs de l'environnement, de directeurs de parcs et de réserves ornithologiques, etc.
Ce centre d'entraînement d'oiseaux a vu le jour en 1998 à Bois-Roger, une commune située dans le bocage normand, offrant un milieu favorable à l'élevage d'oiseaux venus des quatre continents.
Au total, une trentaine d'espèces d'oiseaux ont été retenues par les scientifiques menant le projet. Une quarantaine de jeunes biologistes et de “parents adoptifs” ont exercé durant trois années l'activité d'“éleveur” d'oiseaux, créée spécifiquement pour les besoins du Peuple migrateur. Cependant, Bois-Roger s'étant vite révélé insuffisant, il a fallu ouvrir deux autres centres à l'étranger, l'un dans les Adirondacks, près de New York, à l'intention des bernaches du Canada, l'autre à côté de Phoenix, dans l'Arizona, pour les oies des neiges.
Le résultat des scènes tournées est un film qui se situe au dire du réalisateur “à la frontière de la fiction et du documentaire”. L'option esthétique et symbolique des prises de vue ainsi que la recherche des sensations partagées ou de la complicité avec les oiseaux ne pouvaient se réaliser qu'en allant au plus proche de leur vie sauvage, ce qui nécessite le recours à des moyens techniques et scientifiques sophistiqués. Un certain nombre d'oiseaux ont cependant été filmés en vraie situation sauvage et naturelle sans qu'il ait été nécessaire des les “imprégner”. Cela étant dit, Laurent Fleutot, le directeur de la photo, a bien précisé que dans tous les cas de figure il ne s'agissait pas de “voler” des images, comme le font d'ordinaire les opérateurs animaliers, mais de “voler” en compagnie des oiseaux. L'alchimie du film ressemble fort à un mélange des idéaux de Konrad Lorenz avec les découvertes de Bill Lischman, mis au service de la passion de Jacques Perrin.
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