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Auteurs: Lenain, Thierry.
Titre: Roman merveilleux contre roman réaliste?
Source: http://perso.wanadoo.fr/citrouille/articles/articleseptemb02/harrysucces.htm [09.03.2004]
La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Thierry Lenain
Roman merveilleux
contre
roman réaliste ?
Docteur en esthétique, agrégée de philosophie, Isabelle Smadja a publié Harry Potter les raisons d'un succès. Loin de s'intéresser au succès médiatique et surmédiatisé d'Harry Potter, elle a choisi de questionner le texte, rien que le texte, pour comprendre comment ce roman charme, ensorcelle petits et grands...
Qu'est-ce qui vous
a donné envie de réfléchir au succès
d'Harry Potter?
- Ce qui m'a tout de suite intriguée
c'est que les lecteurs d'Harry Potter sont des re-lecteurs : les
enfants lisent, relisent, 5 fois, 7 fois le même titre.
L'importance de cette re-lecture par les enfants a été
pour moi l'indice du fort impact du roman sur leur inconscient et
cela m'a donné l'idée de recourir à une
interprétation psychanalytique du texte pour comprendre ce qui
se passait. La piste à explorer me semblait avoir à
voir avec ce que Winnicott nomme l'espace transitionnel : ce qui
permet à l'enfant de faire concilier sa réalité
psychique avec la réalité du monde
extérieur.
Qu'avez-vous ainsi découvert sur
l'usage que fait J.K. Rowling du merveilleux et de tout ce qui a
trait à la sorcellerie?
- Ce choix autorise au lecteur
un va et vient constant entre le réel et l'irréel.
Cette utilisation du merveilleux permet de dire la cruauté du
monde sans blesser les lecteurs, qui peuvent prendre leur distance
avec les épisodes les plus cruels en se rappelant que "ce
n'est que de la fiction". Sur le fond, de quoi parle J. k.
Rowling dans les quatre volumes parus ? De la guerre, d'un dictateur,
de l'assassinat des parents du héros. Dit sur le mode réaliste
tout cela aurait eu de quoi désespérer bien des
lecteurs... C'est pourquoi l'introduction d'un élément
merveilleux était particulièrement bienvenu : que Harry
Potter, un nourrisson, fasse perdre son pouvoir à Voldemort,
ce n'est plus de l'ordre du réel mais bien de l'ordre du
merveilleux. Mais en même temps, cet épisode livre un
message d'espoir et un message moral. Un message d'espoir, tout
d'abord : quand un dictateur est contraint de tuer les enfants de ses
opposants, c'est que sa force faiblit et il y a de grandes chances
qu'il ne conserve pas le pouvoir. Un message moral ensuite : si un
dictateur est capable de s'en prendre à un nourrisson, il faut
lui faire perdre son pouvoir.
Dans un
article paru dans la Revue des livres pour enfants Noëlle Batt
disait que grâce à la fiction l'enfant peut faire
l'expérience de la douleur tout en faisant l'économie
de la blessure. Ce va et vient entre réel et imaginaire que
vous évoquez n'est-il pas possible à la lecture de tout
type de roman?
-On peut bien sûr parler de cette
cruauté du monde de manière réaliste, et
récemment, certains auteurs s'y sont employés avec
talent. C'est le cas par exemple de Marie-Aude Murail avec Oh boy! et
de Louis Sachar avec Le Passage. Mais à mon sens, le registre
réaliste offre un double inconvénient. Soit on dit la
vérité et on soumet ses lecteurs à une dure
épreuve ce qui est le cas avec Le Passage, soit on est obligé
de recourir au mensonge en faisant croire que tout peut s'arranger
dans la vie comme dans Oh boy ! J.K. Rowling, en recourant au
merveilleux, accoutume peu à peu ses lecteurs à la
cruauté du monde sans jamais cesser de les rassurer. Mais d'un
autre côté, ce qui me frappe à la lecture de
Harry Potter ou de A la croisée des mondes de Philip Pulman,
c'est que ses ouvrages, largement plébiscités par un
public adulte, chargent des enfants de sauver le monde. Là est
sans doute matière à réflexion : est-il bon que
nous, adultes, proposions aux enfants de lire des ouvrages où
il revient à des enfants de nous sauver du mal qui ronge la
planète ? En tout état de cause, ces livres sont sur ce
point plus proches des contes de fées que des romans.
Pourquoi cette
opposition entre Harry Potter et Le passage ou Oh Boy !?
- La
question s'est posée récemment : faut-il ou non aborder
le thème de la cruauté du monde? Comment les auteurs
parlent-ils aux enfants de la mort, de la violence, de la famine... ?
Et faut-il poser des limites au réalisme quand on s'adresse à
des enfants ? Il est, à cette occasion, intéresssant de
comparer la manière "Harry Potter" à la
manière qu'ont respectivement Marie-Aude Murail et Louis
Sachar d'aborder ces thèmes. Harry Potter est orphelin, le
héros de Oh Boy ! également. Stanley, dans Le Passage,
est complètement isolé de sa famille puisqu'il se
retrouve coupé du monde et des siens dans un camp de travail.
Ces trois romans ont donc un point commun, celui de parler de cette
période de l'enfance où, symboliquement ou réellement,
les parents meurent d'une certaine manière en tant que
parents, c'est-à-dire en tant que capables d'assumer la
relation de leur enfant au monde adulte. Bref, ce sont trois romans
qui ne se réduisent pas à un simple récit de la
vie d'un orphelin, mais qui, sous ce couvert, parlent également
de l'acquisition de l'autonomie. Où sont donc les différences
? Oh Boy ! est un roman qui, par moments, est très réaliste
et, par moments, complètement utopique : ce qui est très
réaliste, c'est la description de la leucémie d'un
garçon de treize; c'est encore la dépression et le
suicide d'une mère de famille. Ce qui est sans doute très
utopique, c'est de dire qu'un enfant peut supporter, et sa leucémie,
et le suicide de sa mère, et l'absence d'un père, et
son passage dans un orphelinat puis à l'hôpital, sans
pour autant que sa scolarité et sa volonté de vaincre
en soient affectées. Oh Boy ! est donc un roman qui donne au
départ des signes à l'enfant qu'il ne va pas mentir,
qu'il va lui parler comme à un adulte de la vérité
et de la cruauté du monde. Est-ce le cas ? Non, puisque la
suite n'est plus du tout réaliste et, apparemment, entretient
l'idée que le miracle peut avoir lieu… A ce stade là,
les plus jeunes lecteurs peuvent être réticents et avoir
l'impression d'une duperie. Cependant, une autre lecture de Oh Boy !
est possible : le roman reposerait sur une volonté de
déconstruire le mythe autour duquel la littérature se
construit. Loin d'entretenir la confusion entre la description
réaliste du monde, cruel et injuste, et la construction
fictive d'un monde meilleur, où tout s'arrange avec le temps,
l'auteur la dénoncerait, ou la révèlerait, par
l'accumulation d'événements invraisemblables au sein
même de la réalité. Ce que dirait par conséquent
l'ouvrage, c'est que la littérature travestit inévitablement
la réalité lorsqu'elle veut parler de la souffrance,
qu'elle est obligée d'accumuler trop d'invraisemblances pour
occulter le fait que des enfants meurent de leucémie…
et que le conte de fées est finalement un leurre.
Ce qui n’est
pas le cas d’Harry Potter?
- Harry Potter est un roman
qui se situe de part en part dans la fiction, et qui, par conséquent,
englobe la description du mal à l'intérieur même
de la fiction. C'est pourquoi sa lecture rassure : elle permet de
penser qu'on peut tout cerner, tout inscrire dans le cadre d'un roman
et, par extension, qu'un auteur tout-puissant peut maîtriser le
monde et toutes ses facettes.
Et quand vous
opposez Le Passage à Harry Potter, quel analyse en faites
vous?
- Avec Le passage, on est confronté à un
autre type de relation entre fiction et réalité. Le
roman donne immédiatement des signes que le réel est
recomposé, reconstruit pour les besoins de la fiction (le
métier du père, par exemple, est trop invraisemblable).
Mais dans cet univers inventé, sont intégrées
des incursions d'une réalité très triste et très
douloureuse. Le passage crée donc des fissures au sein même
de la fiction : c'est un ouvrage qui fait exploser le mur entre
réalité et fiction et qui, de ce point de vue,
contraint l'enfant à prendre conscience que ni la réalité
ni même la littérature ne sont aussi rassurants qu'il
voudrait le croire. Sa lecture est par conséquent plus
difficile à intégrer pour un enfant, mais tout comme la
sortie de l'enfance elle-même est pénible et
douloureuse. Il va de soi que la littérature pour la jeunesse
ne doit pas se réduire à un seul rôle : rassurer
et maintenir dans la fiction. Il y a heureusement place pour
plusieurs types de littérature, aux fonctions différentes.
Rassurer en est une et Harry Potter satisfait pleinement ce besoin ;
faire mûrir l'enfant, le prévenir que la fiction
littéraire ne peut pas gouverner toute la réalité
et que, lorsqu'elle prétend le faire, elle ment, en est une
autre.
L'un des ressorts
d'Harry Potter c'est l'affrontement du bien et du mal. C'est vieux
comme le monde et ce n'est pas la première fois qu'un roman
pour la jeunesse fonctionne sur cette opposition. Certains auteurs,
récemment, l'ont fait avec tellement de talent et de
subtilité, je pense en particulier à John Garfield ,
dont bien des titres sont hélas actuellement épuisés....
-
Ce qui fait la force et le succès d'Harry Potter, c'est, me
semble-t-il, que cet affrontement renvoie au nazisme; il suffit de
regarder quels sont les romans qui ont un très fort impact sur
le public. Celui de Kressman Taylor, par exemple, Inconnu à
cette adresse... Le nazisme c'est le grand traumatisme de notre
époque, cette réalité incompréhensible
qu'on ne cesse d'interroger. Paul Ricoeur dit que la fonction
principale de l'imaginaire est d'explorer la vie, de la retourner
dans tous les sens afin d'essayer de la comprendre. C'est ce que font
des romans comme Harry Potter, A la croisée des mondes, Le
Seigneur des anneaux... Ils nous proposent, à travers la
création d'un monde autre, un modèle réduit de
l'univers, le mettant par là même à la portée
de notre compréhension.
Les enfants qui
lisent Harry Potter sont de plus en plus jeunes, le premier public de
ce roman avait 11-12 ans, aujourd'hui ce livre est aussi lu par les
7-9 ans. Vous croyez vraiment qu'ils sont sensibles aux allusions
faites au nazisme à travers la maison des Serpentards, et le
personnage de Voldemort?
- Je ne sais pas. Mais je suis sûre
qu'un travail obscur se fait et que, à travers le personnage
de Malefoy, sa haine du peuple, son goût du "sang pur",
les enfants peuvent comprendre ce qu'a été la
Collaboration et comment un dictateur peut être soutenu.
Cette référence
à la barbarie nazie n'est cependant pas la seule clé de
lecture d'Harry Potter pour vous?
- Non bien sûr. Une
autre raison de l'importance de l'impact de ce roman tient à
ce qu'il met en oeuvre ce que Freud, Otto Rank et Marthe Robert nous
ont appris à propos du Roman Familial. Lire Harry Potter,
c'est lire le roman familial dont tout enfant rêve mais qu'il
ne peut absolument pas avouer. Quel enfant en effet pourrait admettre
vouloir, dans ses rêveries, la mort de ses parents afin d'avoir
la voie libre pour être le héros qui, dans un même
mouvement, sauvera le monde et vengera leur mort ? Bien plus, quel
enfant serait en mesure d'avouer que, de temps en temps, il rêve
que sa mère et son père fassent le sacrifice de leur
vie afin que lui, leur enfant, ait la vie sauve ? A cela s'ajoute une
critique de la famille, qui passe par le portrait, très outré,
de la famille Dursley, l'oncle et la tante de Harry, médiocres
et mesquins. Les Dursley jouent le rôle de repoussoir face à
une famille idéale, celle formée par le père et
la mère d'Harry Potter, tous deux décédés,
puisque assassinés par Voldemort. Comme le soulignait
Bettelheim, cette opposition entre famille réelle et famille
idéale permet à l'enfant de se déculpabiliser de
tous les reproches qu'il pourrait adresser à sa propre
famille, et cela d'autant plus que Harry Potter est orphelin. Et puis
J. K. Rowling émaille son roman de trouvailles qui montrent
bien qu'elle ne se contente pas de réutiliser des modèles.
C'est quelqu'un d'authentique, qui a des choses à dire, et qui
le fait à travers des images très réussies :
regardez cette lettre envoyée par le collège de
Poudlard à Harry et qui terrifie les Dursley, cette lettre
venue d'ailleurs, écrite par les autres, les étrangers,
ceux qui sont différents, qui choquent et qu'on redoute... Les
Dursley suppriment la lettre, mais une autre arrive, et une autre, et
une autre, ils bouchent la boîte aux lettres mais la lettre
leur parvient quand même et ainsi de suite... Cela prend tout
son sens quand on se souvient que J.K. Rowling a milité à
Amnesty International.
A quoi rêvent
nos enfants , et que nous apprendrait à ce sujet leur
engouement pour le roman de J.K Rowling ? Rêvent-ils à
une monde autre d'où le goût de la consommation serait
banni et où on retournerait à des valeurs humanistes?
-
Je crains que non, et que ce modèle, très présent
dans Harry Potter, ne leur serve qu'à exorciser, le temps
d'une lecture, leurs propres faiblesses de sur consommateurs en
herbe...
Qu’on (re)découvre les vertus du Conte de fées et plus généralement du Merveilleux à l’occasion d’Harry Potter, tant mieux. Qu’on souligne que son auteur, à l’instar de quelques autres, a actualisé le genre en le saisissant pour interroger le traumatisme du nazisme, pourquoi pas. Qu’on se prenne à espérer qu'entre les lignes, les lecteurs vont être sensibilisés à l'action d'Amnisty International, j'en suis. Mais ce qui reste étrange, chez Isabelle Smadja, c’est ce besoin, pour mettre en valeur la saga de J.K. Rowling, d’allumer les feux sous d’autres genres littéraires (en oubliant des textes plus anciens que ceux qu’elle cite; je serais curieux de connaître la lecture que fait cette universitaire de Poil de Carotte, des Malheurs de Sophie, de Sans Famille, ou de La Petite marchande d’allumettes - entre autres).
Je ne me ferai pas
l’avocat de Oh boy ! ou du Passage. Ces romans n’ont pas
besoin d’avocat. Ou plutôt, ils ont pour avocats leurs
dizaines de milliers de lecteurs adolescents et adultes enthousiastes
(abusés et désespérés, peut-être,
mais enthousiastes). Or, serait-il unique, UN lecteur enthousiaste
d'Oh boy ! ou du Passage a le même poids que les fameux
millions de lecteurs, seraient-ils récidivistes, d’Harry
Potter. Et puis, se faire l’avocat de Marie-Aude Murail et
Louis Sachar serait reconnaître que la grille d’analyse
d’Isabelle Smadja est fondée, et que seules, finalement,
différeraient les lectures que nous en ferions. Or ce sont les
axiomes même de l’essayiste qui sont erronés.
Ainsi,
ne seraient romans “réalistes” honnêtes que
ceux qui s’en tiendraient à la stricte réalité,
définie comme la réalité statistiquement la plus
probable : les autres réalités, minoritaires ou quelque
peu repeintes en des couleurs de lendemains plus chantants, ne
seraient qu’utopie et mensonge. Mais un roman, tout “réaliste”
qu’il soit, reste une fiction : non pas une retranscription de
la réalité, mais bien une oeuvre d’esprit, fruit
d'un créateur qui a le droit de faire ce qu’il veut de
la matière “réalité” sans pour cela
être épinglé comme faussaire au moindre “écart”.
Le lecteur sait cela. Maintenant, oui, ce dernier peut toutefois
estimer que l’histoire qu’il lit n’est crédible
ni du point de vue du réel qu'il constate, ni de celui du réel
qu'il considère comme envisageable, ni de celui du réel
tel qu’il s’autorise à le rêver le temps
d’une lecture. Alors ce lecteur a dans les mains un livre qui
ne lui convient pas, voilà tout. Qu’il le referme et
qu’il passe à autre chose, sans pour autant taxer
l’auteur de menteur ou de taupe (sacrée Marie-Aude,
va...).
Ainsi par ailleurs, il y aurait ces auteurs qui, avec leur "réalisme" plus ou moins mâtiné, désespèrent ou secouent la jeunesse, et ceux qui, avec leur merveilleux, les rassurent. Mais écrire une fiction jeunesse où l’on présente un monde “noir” (puisque c’est l’expression qu’on retrouve ici et là à propos d’auteurs contemporains), ce n’est pas entreprendre d'y enfermer les lecteurs. C’est vouloir susciter leur réflexion et leurs réactions. Désespérer un jeune lecteur, c’est lui asséner, ne serait-ce qu'implicitement : “regarde la noirceur du monde auquel tu appartiens : TU NE PEUX PAS Y ÉCHAPPER. Tu n’as rien en toi qui te permette de transformer ce monde que je viens de te décrire. Tu es condamné à être aussi impuissant que moi, comme l’étaient toutes les générations qui t’ont précédé.” C’est là pour moi la ligne jaune que se doit de ne pas franchir la littérature jeunesse. Et elle n’est pas franchie par la plupart de ces auteurs qui dérangent parce qu’ils osent décider d’appeler un chat un chat plutôt qu'un miaoulard.
A ce propos, quand
Isabelle Smadja s’interroge pour savoir s’il est bon que
nous, adultes, proposions aux enfants de nous sauver du mal qui ronge
la planète (seul reproche qu’elle ferait à un
Harry Potter), je réponds : nous sauver nous, non, mais sauver
la planète, oui. Je pense pour ma part que nous ne devons pas
seulement panser les plaies des enfants ou rassurer leur inconscient,
notamment grâce au Merveilleux qui excelle en la matière,
mais également les investir de cette mission de dépasser
les limites de nos propres capacités. Il nous appartient de
leur dire : “si je n’ai pas su faire mieux, si je ne sais
pas comment on fait mieux, je ne doute pas en revanche que tu as en
toi la combativité et l’inventivité qui te
permettront d’aller plus loin. Je t’ai décris le
fonctionnement du monde pour te le demander”. Investir un
enfant : ce peut être aussi cela, le rassurer.
Maintenant,
le livre qu'un lecteur trouvera désespérant, un autre
le trouvera révoltant (au meilleur sens du terme :
construisant sa révolte); celui qu'un lecteur trouvera
rassurant, un autre le trouvera terriblement ennuyeux… Encore
une fois, l’interaction livre/lecteur varie selon la propre
histoire de chacun, et on ne peut pas, sur ce point, parler au nom de
tous. En réalité, en opposant Oh Boy ! et Le Passage à
Harry Potter, Isabelle Smadja nous entretient de ses goûts de
lectrice, des goûts de la lectrice-enfant qu’elle était.
Et tout respectables qu’ils soient et étaient, ce ne
sont et n’étaient jamais que les siens.
Je
voudrais toutefois terminer sur un point d’accord avec elle :
il en en effet probable que le modèle anti-surconsommateur,
“très présent dans Harry Potter” ne séduise
les lecteurs que le temps de leur lecture. Elle le regrette. Mais
imaginez le temps d'un frisson que ce modèle convainque
irrémédiablement les adeptes du jeune sorcier. Au
sortir de leur lecture, ils ne courraient alors plus se procurer le
cartable Harry Potter, le tee-hirt Harry Potter, le Happy-Meal Harry
Potter, le stylo Harry Potter, le vélo Harry Potter, le jeu
vidéo Harry Potter… Et, tenez-vous bien : ils seraient
fichus d’attendre que le cinquième tome sorte en poche
au lieu de l’acheter à 17 euros ! Je suppose qu’il
en est plus d’un pour savoir gré à JK Rowling de
ne bousculer qu’en douceur et dans les limites du raisonnable
les consciences et les habitudes de nos enfants…
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