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Auteurs: Réseau Education-Médias, .

Titre: Représentation des minorités ethniques et visibles dans les médias.

Source: http://www.education-medias.ca/francais/enjeux/stereotypes/minorites_ethniques/index.cfm

La publication est faite avec l'aimable autorisation du Réseau Education-Médias.



Réseau Education-Médias

Représentation des minorités ethniques et visibles dans les médias 



Introduction

Les médias continuent de proposer une image étonnamment homogène de notre société. Dans un pays multiculturel comme le Canada, dont la population est composée à 15 % d’immigrants, la sous-représentation ainsi que la représentation stéréotypée et souvent négative des minorités ethniques par l’industrie de l’information et du divertissement sont préoccupantes.

Selon plusieurs analystes, une grande variété de situations témoignent de ce problème : les médias présentent encore trop souvent les membres des minorités visibles comme des étrangers, et le biais racial dans la couverture des actes criminels est fréquent.

Cette section traite des différentes manières dont les médias d’information et l’industrie du divertissement contribuent à créer ou à renforcer les préjugés sur les minorités ethniques. Elle se penche aussi sur la place qu’occupent ces minorités parmi les artisans de l’industrie, les journalistes et les producteurs. On y trouvera également des recherches et articles récents dans le domaine, ainsi qu’un survol des politiques fédérales instituées pour lutter contre les stéréotypes et encourager une représentation plus juste et réaliste des minorités ethniques et visibles.

Représentation des minorités ethniques et visibles dans l'industrie du divertissement

Un sondage réalisé en 2002 demandait aux Canadiens si, selon eux, le gouvernement devait protéger et encourager le multiculturalisme : 82 % ont répondu oui. Dans un tel contexte, on peut s’interroger comme Lionel Lumb, professeur à l’École de journalisme de l’Université de Carleton, sur les raisons pour lesquelles les millions de membres des communautés visibles, que l’on côtoie tous les jours dans la rue ou au bureau sont à ce point invisibles sur les écrans nord-américains.

Comment l’industrie « blanchit » ses contenus

La télévision canadienne, aussi bien publique que privée, est reconnue pour le caractère multiculturel de ses émissions pour enfants et adolescents, mais il est loin d’en être de même en ce qui concerne ses émissions pour adultes. Un rapport de Magali Dupont et Fo Niemi intitulé Les médias québécois et les communautés ethnoculturelles publié en 1994 démontre que les personnages issus des minorités culturelles présents dans les fictions québécoises sont le plus souvent des personnages secondaires exerçant des emplois peu rémunérés et aux prises avec des situations conjugales précaires. Ils seraient aussi moins héroïques ou virils que les personnages Blancs.

En 2002, une étude portant sur 70 heures d’émissions canadiennes, publiée par des chercheurs de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, aboutit aux mêmes conclusions. 12 % des personnages étudiés sont issus des minorités visibles, ce qui n’est pas loin de refléter le pourcentage réel dans la population. Mais, là aussi, c’est le type d’image projetée qui pose problème.

« Ce qui nous est montré ne reflète qu’un niveau d’intégration très superficiel, dit Shane Halasz, un des responsables de l’étude. Les rôles interprétés sont rarement au centre de l’intrigue et le milieu de travail constitue souvent un endroit où il est facile d’inclure une personne de couleur si l’on veut sauver les apparences, sans avoir à s’intéresser à sa culture ou à sa vie personnelle. » Selon le comédien canadien Dhirendra, l’habitude d’utiliser des personnages issus des minorités ethniques comme de simples accessoires vient de la peur qu’ont les producteurs de bousculer le statut quo. Sans compter, ajoute-t-il, que les scénaristes n’aiment pas écrire sur ce qu’ils ne connaissent pas.

Le point de vue des minorités sur leur représentation à la télévision

Une recherche qualitative menée en 1996 par Danielle Bélanger et Serge Proulx du Centre d’étude sur les médias auprès de membres des communautés culturelles révèle que ceux-ci ne se sentent pas bien représentés par la télévision francophone. Les personnes interrogées ont formulé le souhait de voir s’accroître la présence des communautés culturelles à l’écran, ce qui favoriserait une meilleure intégration sociale des immigrants et offrirait une plus grande variété de modèles aux enfants issus des minorités.

Les membres des communautés culturelles aimeraient aussi que les téléromans traitent de thèmes qui les concernent davantage, par exemple des difficultés rencontrées par les immigrants et les minorités visibles. Ainsi, il ne suffit pas que le comédien soit membre d’une communauté culturelle pour qu’il la représente, encore faut-il que son personnage rencontre les problèmes et les défis auxquels sont confrontés les membres de cette communauté. De plus, certaines des représentations des communautés culturelles qui sont diffusées actuellement à la télévision peuvent être jugées blessantes. Un portrait caricatural ou stéréotypé, ou un personnage « d’ethnique de service » ne contribue pas à montrer la diversité, mais renforce les préjugés. Selon les personnes interrogées, les efforts pour l’intégration des minorités doivent faire partie de la programmation régulière pour éviter de créer un effet de ghetto.

Les stéréotypes et la sous-représentation dans les jeux vidéo

Bien que la télévision ait graduellement intégré dans ses pratiques des représentations plus justes des minorités visibles, l’industrie des jeux vidéo, par contre, semble rester sourde au message. Fair Play? Violence, Gender and Race in Video Games, une recherche réalisée en 2001 par l’organisme américain Children Now, a analysé les stéréotypes présents dans les jeux vidéo les plus populaires. Elle a découvert que la plupart de leurs protagonistes sont des hommes de race blanche (86 %) et que les personnages de couleur sont systématiquement stéréotypés : sept Asiatiques sur dix sont des experts en arts martiaux, huit Afro-Américains sur dix des sportifs professionnels. Presque neuf femmes noires sur dix y sont victimes de violence (deux fois plus que les Blanches) et 79 % des hommes noirs y manifestent une conduite agressive en paroles ou en actes (comparés à 57 % des Blancs).

L’impact sur le public

L’industrie du divertissement contribue beaucoup à l’idée que se fait le public de ce qui compte dans la société. L’impact des stéréotypes ethniques sur la vision que les enfants ont d’eux-mêmes et des autres en inquiète plus d’un.

Une autre étude de Children Now, A Different World: Children’s Perceptions of Race and Class in Media, réalisée en 1998, montre l’influence d’une représentation négative des minorités ethniques sur les enfants. Cette enquête révèle que les enfants associent les personnages blancs aux caractéristiques suivantes : richesse, bonne éducation, aptitude à commander, succès scolaire et intelligence. À l’opposé, les personnages issus des minorités visibles sont associés à la criminalité, la pauvreté, la paresse et au fait d’agir de manière idiote.

George Gebner, professeur à la Temple University de Pennsylvanie, affirme que si vous faites partie d’une classe sociale sur-représentée dans les médias, vous comprenez qu’il y a plusieurs possibilités, vous avez le choix de décider qui vous voulez être. Dans le cas contraire, la rareté des représentations tend à vous restreindre à des rôles stéréotypés. Les médias peuvent légitimer une population en la représentant et en lui montrant de l’intérêt, du respect. Par conséquent, Gebner croit qu’une représentation juste et équitable des minorités est essentielle pour qu’une société multiculturelle soit saine et tolérante.

L’importance des décideurs dans l’industrie du divertissement

En 2002, une étude de l’Université de Californie à Los Angeles est arrivée à la conclusion que « les minorités sont encore plus sous-représentées dans le travail de création et les postes d’autorité que sur les écrans eux-mêmes ». Beaucoup d’analystes soulignent que la pénurie de directeurs, producteurs, réalisateurs et scénaristes issus des minorités alimente la tendance à ignorer ou mal représenter les groupes ethniques.

En 2000, une étude de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) a montré que sur les 839 scénaristes d’Hollywood et de Beverly Hills, seulement 7 % provenaient de minorités ethniques. Pire encore, selon la même recherche, ils se trouvaient enfermés dans un ghetto : 83 % des scénaristes noirs n’écrivaient que pour des émissions mettant essentiellement des Noirs en vedette, et il leur était presque impossible de « passer » du côté des émissions « blanches », même si la situation inverse n’avait rien d’exceptionnel.

Cette pénurie de scénaristes et de producteurs issus des minorités culturelles peut également affecter directement la manière dont les minorités sont représentées au grand écran. L’acteur Garret Wang raconte qu’une régisseure de la distribution lui reprochait de ne pas avoir un bon accent japonais jusqu’à ce que, en désespoir de cause, il décide de prendre l’accent chinois-cantonnais le plus cliché qu’il connaisse et de transformer tous les « r » en « l ». « Voilà ! Cette fois, tu l’as », s’est-elle exclamée.

Les représentants des groupes de pression sont nombreux à dire qu’il est temps que cela change. Lionel Lumb conclut que « La diversité culturelle n’est pas un inconvénient, mais une richesse dont peuvent s’enorgueillir le Canada et les Canadiens. Le cinéma et télévision pourraient tellement faire mieux. Il est temps qu’ils réalisent que refléter la diversité n’est pas un devoir, mais un plaisir. »



Représentation des minorités ethniques et visibles dans les nouvelles

Selon une étude réalisée par Florian Sauvageau et David Pritchard en 2000, la plupart des journalistes ont la conviction que leur rôle est de couvrir l'actualité de manière objective, indépendante et équilibrée. Au quotidien, cependant, l'idéal journalistique semble rarement atteint. Plusieurs études révèlent en effet que la couverture médiatique des minorités ethniques et visibles est insuffisante et stéréotypée.

En 1991, dans une étude marquante sur les médias canadiens, Charles Ungerleider, professeur de sociologie à l'Université de la Colombie-Britannique, a voulu comprendre les raisons de ce fossé entre l'idéal d'objectivité du journalisme et l'image généralement déformée des minorités dans les médias. Il affirme que le journalisme est avant tout l'art de raconter une bonne histoire et consiste en bonne partie à mettre en scène des bons, des méchants et des victimes.

En ignorant les minorités ethniques ou en leur attribuant le rôle des méchants, les journalistes nous enseignent implicitement qui est important dans notre société, à qui nous pouvons nous fier et de qui nous devons nous méfier. À force d'être répétées dans les médias, ces histoires deviennent « des vérités acceptées par tous ceux pour qui une autre interprétation n'est pas évidente ».

Le code de couleurs dans les nouvelles

En réalité, les immigrants enfreignent moins souvent la loi que leurs concitoyens nés au Canada. Une recherche fédérale sur les crimes graves commis en 1989 et 1991 a montré que, proportionnellement à leur importance dans la population, les citoyens nés hors du Canada étaient « remarquablement sous-représentés » dans les prisons canadiennes. (De plus, selon Statistique Canada, ils ont souvent un plus haut niveau de scolarité et de stabilité sociale.) Cela ne les empêche pas de continuer à être sur-représentés dans les reportages canadiens et américains touchant au crime.

En 1997, Frances Henry, de l'University York, a examiné durant quatre mois les articles des trois plus grands journaux de Toronto. Elle a découvert que 54 pour cent des articles du Toronto Sun contenant le mot « Jamaïcain » relataient des activités criminelles. De la même façon, 46 pour cent des reportages sur les trafics de drogue, parus dans les trois journaux, faisaient référence à des « mafias » vietnamiennes ou extrême-orientales.

Certains universitaires sont convaincus que ce type de reportage peut avoir un impact sur les politiques sociales. En 2000, dans une étude intitulée Discours raciste dans la presse écrite d'expression anglaise au Canada, Frances Henry et Carol Tator concluaient que la presse crée un état de « panique morale », en présentant « des incidents de violence isolés comme le signe d'une profonde crise sociale mettant la nation en danger ».

L'association des minorités avec la criminalité est loin de constituer la seule façon dont celles-ci sont stéréotypées. Selon le Canadian Nation of Immigrants Project, on retrouve la même sur-représentation des immigrants dans les articles de journaux qui portent sur le monde du sport ou du spectacle, mais une sous-représentation manifeste en ce qui concerne la politique et les affaires.

Par ailleurs, les hommes blancs font figure d'autorité dans la plupart des médias populaires, alors que l'expertise des membres des minorités est marginalisée. Environ 90 % des experts interrogés dans les reportages de nouvelles américains sont blancs et les rares fois où l'on fait appel à des experts issus des minorités, c'est pour leur demander leur opinion sur des questions concernant les communautés culturelles, notamment les problèmes de drogue ou les activités criminelles.

Couverture médiatique : le point de vue des minorités

Les études montrent que les Blancs canadiens ont tendance à considérer comme juste et à peu près équitable la couverture que les médias font des minorités. Les minorités ont cependant une perception très différente.

En 1995, l'Association canadienne des journaux a mené une enquête auprès de lecteurs issus des minorités. L'étude a révélé que les membres des minorités ethniques et visibles avaient « une vision positive du Canada et de leurs propres communautés » et « un grand sens patriotique ». Par contre, ils pensaient pour la plupart que les journaux canadiens les traitaient comme des étrangers, associaient injustement crime, race et religion et ne donnaient pas une couverture équilibrée de leurs communautés.

C'est aussi l'avis du journaliste canadien Haroon Siddiqui : 

L'immigration, l'intégration, l'égalité d'accès au travail et aux services sociaux, les relations interraciales, le multiculturalisme, la compréhension entre cultures et la double identité sont autant de questions qui intéressent les minorités, comme la plupart des autres Canadiens d'ailleurs, mais les médias ne leur accordent que peu d'importance. Et quand ils en traitent, c'est souvent comme on le faisait il y a 50 ans, de manière hostile, primaire, ou les deux à la fois.

Présence des minorités dans les salles de nouvelles et politique d'emploi

L'Association canadienne des journaux a entrepris en 1993 de mesurer la diversité ethnique et raciale au sein de l'industrie. Elle a donc envoyé des questionnaires à 82 des plus importants journaux au pays. Les 41 qui ont répondu employaient au total 2 620 journalistes, réviseurs, photographes, illustrateurs et superviseurs. De ce nombre, seulement 67 étaient membres de minorités ethniques ou raciales. Plus de la moitié des journaux concernés ne considéraient pas l'augmentation du nombre de journalistes non-blancs comme une priorité immédiate et « le respect de la diversité dans la couverture des événements comme dans les politiques d'emploi » figurait presque en bas de liste des préoccupations de leurs éditeurs.

Sept ans plus tard, une enquête menée par Florian Sauvageau et David Pritchard, a révélé que 97,7 % des journalistes canadiens, tous médias confondus, étaient blancs. La faible progression du dossier de l'équité dans les médias serait ainsi en partie attribuable à un manque d'intérêt de la part des journaux et diffuseurs. Un rapport du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) publié en 1993 et intitulé Les médias québécois et les communautés ethnoculturelles montre que les réseaux de télévision se préoccupent peu d'équité, et ce même si la Loi sur l'équité en matière d'emploi les y oblige. Malgré le fait qu'ils « reconnaissent que leur main-d'oeuvre interne ne reflète pas la diversité actuelle de la métropole » les grands réseaux de télévision québécois, hormis la Société Radio-Canada, ne possèdent aucun programme d'équité en emploi.

Selon cette même étude, la rareté des journalistes issus des minorités ethniques ne signifie pas que les dirigeants des réseaux de télévision et de quotidiens sont racistes. Cela montre cependant qu'il existe des barrières institutionnelles parfois inconscientes et automatiques qui empêchent une meilleure représentation des minorités au sein de l'industrie. Selon le CRARR, les patrons « veulent travailler avec des gens qui leur ressemblent culturellement et qui pensent de la même façon » ce qui exclu souvent les journalistes issus de minorités ethniques. L'absence de discussions sérieuses sur le racisme au Canada et la ghettoïsation des journalistes issus des minorités constituent d'autres barrières.

Les salles de nouvelles américaines n'ont pas été plus rapides à faire de la diversité culturelle une de leurs priorités. En 2000, les minorités visibles ne représentaient encore que 11,6 % du personnel des salles de nouvelles, alors que leur proportion est de 27,3 % dans la population américaine en général. Une enquête de L’American Society of Newspaper Editors (ASNE) réalisée en 2002 confirme ces données. Vingt quatre ans après que l’organisme se soit engagé à promouvoir la diversité, 88 pour cent du personnel des salles de nouvelles était toujours Blanc. D'ailleurs, selon le Center for Media and Public Affairs, en 2001, 88 % des nouvelles diffusées par ABC, CBS et NBC dans les bulletins de soirée étaient rapportées par des Blancs.

Pour la promotion d'un personnel multiculturel

Au Canada, depuis 1990, le gouvernement, les écoles de journalisme et les associations professionnelles se sont concertés et ont entrepris des actions pour améliorer le nombre de journalistes issus des minorités. La Société Radio-Canada a instauré une « politique d'intégration comportant des programmes d'insertion et de sensibilisation » qui a permis d'élever à 4,8 % le nombre des employés membres de minorités visibles et à 1,3 % la proportion des employés autochtones pour l'an 2000. Des progrès qui sont toutefois loin de l'objectif d'une représentation équitable puisque ces groupes représentent 15 % de la population. On a constaté également des gains dans les salles de nouvelles du réseau anglais de Radio-Canada et des autres réseaux canadiens, sans qu'il n'existe cependant de données officielles.

Plusieurs organisations comme l'Association canadienne des journaux ou l'Association canadienne des radiodiffuseurs se sont engagées à promouvoir une plus grande diversité culturelle dans leurs rangs. Et des progrès ont été accomplis.

Cependant, comme le souligne l'éditeur Nicolas Hirst, le problème n'est pas simple. Quand son journal, le Winnipeg Free Press, a fondé une bourse d'études en journalisme pour les étudiants autochtones ou issus de minorités ethniques au Red River College, aucun candidat ne s'est présenté. On a fait savoir à Hirst que les étudiants « ne désiraient pas entrer dans une compétition où ils ne seraient choisis que parce qu'ils faisaient partie de minorités visibles ».

L'industrie ne pourra s'assurer d'une diversité suffisante dans son personnel qu'en réexaminant constamment ses propres préjugés et en faisant des efforts concrets et constants pour s'ouvrir à la diversité.



L'économie du racisme

Les producteurs des médias se défendent souvent du manque de diversité ethnique dans leur programmation en affirmant que ce n’est pas une question de racisme, mais d’argent. Selon eux, les marchés étrangers et les publicitaires des marchés nationaux sont prêts à payer davantage pour les produits de divertissement mettant des Blancs en vedette.

La pression des marchés étrangers

Les marchés étrangers exercent une influence énorme sur le contenu culturel des films et des émissions télévisées produits aux États-Unis. Selon Sharon Waxman, journaliste au Washington Post, les dirigeants et producteurs du cinéma américain sont conscients du fait que « les distributeurs étrangers ne manifestent presque aucun intérêt pour les films mettant en vedette des acteurs et des thèmes afro-américains, ou toute autre minorité ethnique ».

Logiciels et produits de divertissement occupent maintenant la première place des exportations américaines à l’étranger. Un film exportable rapporte davantage sur le marché mondial que sur le marché intérieur. Cela signifie que son contenu est en grande partie conçu pour l’exportation. Et les studios qui veulent retirer le plus d’argent possible des ventes à l’étranger sont persuadés que seuls les films d’action mettant des Blancs en vedette seront des succès commerciaux. Cette pression économique contribue aussi à leur réticence à inclure des membres des minorités visibles dans la distribution des films et émissions destinées au marché national.

Publicité : la couleur de votre argent

Aux heures de grande écoute, 70 % des téléspectateurs sont Blancs ce qui explique, selon les producteurs, la rareté des émissions sur les minorités visibles. Et les publicitaires, c’est bien connu, ne s’intéressent qu’aux cotes d’écoute.

La journaliste Janine Jackson souligne cependant que l’industrie applique différemment le principe de la valeur publicitaire en fonction de la cote d’écoute, selon que l’auditoire est blanc ou multiethnique. Par exemple, aux États-Unis, les deux émissions noires les plus populaires de Warner Brother Television Network, The Steve Harvey Show et The Jamie Foxx Show, attirent autant d’audience que Felicity, une émission regardée essentiellement par des Blancs. Pourtant, il en coûte deux fois plus cher pour placer un message publicitaire de 30 secondes dans Felicity. Et, même si The Steve Harvey Show a 500 000 téléspectateurs de plus que la populaire série blanche Dawson’s Creek, un 30 secondes de publicité dans Dawson rapporte 63 000 $ de plus en revenus publicitaires.

En 1999, un rapport de la Federal Communications Commission des États-Unis attribuait cette disparité à différentes causes : « facteurs de rendement liés à la concentration des médias, évaluation du revenu et des habitudes de consommation d’une audience, l’influence des stéréotypes raciaux sur l’achat d’espace publicitaire dans les médias ». Dans certains cas, cette politique d’achat était directement influencée par « des stéréotypes raciaux, une sous-estimation des revenus disponibles, la volonté de contrôler l’image d’un produit, des craintes de vol infondées, etc. »

Au Canada, la faible représentation des minorités dans la publicité a été mise en cause en 1990, quand la Fondation canadienne de la publicité, devenue depuis Les Normes canadiennes de la publicité, s’est dotée d’un Conseil consultatif de la publicité sur les relations raciales. Avec l’appui financier de Patrimoine Canada, le Conseil a effectué une étude dans le but de chiffrer l’importance de la population minoritaire au Canada et d’en faire une projection dans le futur. Plus de 600 publicitaires et 2 000 citoyens ont été consultés dans l’ensemble du Canada sur la question de la diversité culturelle dans la publicité.

À partir des données recueillies, le Conseil a conclu que les minorités visibles représenteraient 17,7 % de la population canadienne en 2001, soit 5,7 millions de personnes (ce qui n’est pas très loin de la proportion actuelle) ; que la majorité des Canadiens désiraient les voir figurer dans la publicité et que, d’une manière générale, l’opinion publique manifestait envers eux une bien plus grande ouverture que les dirigeants de l’industrie.

À la suite de cette enquête, le Conseil a lancé dans l’industrie une campagne de sensibilisation, et la situation s’est progressivement améliorée durant les années 1990. Aujourd’hui, les consommateurs trouvent parfaitement normale la présence de minorités culturelles dans des messages publicitaires, écrits ou télévisés, vantant les mérites de médicaments pour le rhume, de céréales pour le petit déjeuner ou de voitures de luxe.

Médias ethniques au Canada

Depuis des années, des groupes issus de minorités ethniques et visibles travaillent activement à créer leurs propres médias. Au Canada, 14 stations de radio sont entièrement consacrées à des communautés spécifiques, et 60 stations incluent des émissions destinées aux minorités ethniques dans leur programmation. Il existe également un nombre important de journaux (plus de 250) représentant au moins 40 cultures différentes.

La télévision ethnique est, elle aussi, florissante. En 1979, le CRTC a octroyé une licence d’exploitation à CFTM-TV, la première station de télévision multiculturelle du Canada. Installée à Toronto, elle diffuse une programmation en plusieurs langues et peut être reçue partout en Ontario. Deux stations semblables ont obtenu leur licence d’exploitation à Montréal et à Vancouver. Actuellement, 5 chaînes et services de télévision payante sont consacrés aux minorités ethniques au Canada et 44 services spécialisés numériques ont été autorisés à travers le pays.

En 1999, le CRTC a accordé un permis d’exploitation à APTN (Aboriginal Peoples Television Network). Produit par et pour les communautés autochtones, le réseau leur fournit une programmation spécifique, capable de répondre en profondeur à leurs besoins et intérêts. La station espère aussi construire un pont avec les non-autochtones et contribuer ainsi à la diversité de la radiodiffusion canadienne.



Réglementation canadienne de la radiodiffusion concernant la diversité culturelle

La plus récente Loi sur la radiodiffusion du gouvernement canadien date de 1991. Elle définit les grandes lignes d’un engagement formel à refléter les diversités culturelles et raciales dans les programmations radiophoniques et télévisuelles. Elle précise en outre que l’industrie doit refléter cette même diversité dans ses politiques d’emploi.

La loi soutient que la radiodiffusion canadienne doit « servir les aspirations des hommes, des femmes et des enfants canadiens, notamment l’égalité sur le plan des droits, la dualité linguistique et le caractère multiculturel et multiracial de la société canadienne, ainsi que la place particulière qu’y occupent les peuples autochtones ».

L’application de cette loi est confiée au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui a élaboré les lignes directrices que doit suivre l’industrie en ce qui concerne la diversité culturelle. Le respect de ces directives est volontaire. Toutefois, puisque le CRTC délivre les licences d’exploitation, il peut en refuser l’octroi ou le renouvellement aux stations qui ne sont pas conformes aux provisions de la loi.

En 1999, le CRTC a révisé sa politique sur la radiodiffusion canadienne et recommandé la formation d’un groupe de travail ayant pour tâche d’examiner la représentation de la diversité culturelle à la télévision. Après consultation des radiodiffuseurs, producteurs et membres des communautés culturelles, le rôle du groupe de travail est d’identifier les meilleures pratiques, « d’aider à définir les enjeux et de proposer des solutions à l’industrie ». En août 2001, le CRTC a demandé à l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) de coordonner ce groupe de travail, en tant que représentante des services de télévision privés conventionnels, des canaux spécialisés et de la télévision payante.

L’ACR a soumis au CRTC en 2002 un plan d’action concernant la diversité culturelle. On y retrouve, entre autres, une stratégie d’évaluation quantitative du degré de diversité culturelle dans les émissions, accompagnée d’une analyse qualitative de la perception par les téléspectateurs de l’importance et des caractéristiques des minorités ethniques, y compris autochtones.

Dans ce rapport, l’industrie s’engage également à établir une liste de « pratiques exemplaires » dans le portrait des minorités, à la communiquer à l’ensemble de ses membres et à contrôler son application dans le pays tout entier.

Codes d'application volontaire de l'industrie à l'égard de la diversité culturelle

En 1999, la déclaration de principes du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) insistait sur la nécessité que les programmations télévisées canadiennes reflètent le caractère multiculturel du pays. Le Conseil ajoutait que les radiodiffuseurs auraient à démontrer, au moment du renouvellement de leur licence, un engagement et des initiatives spécifiques en faveur de la diversité culturelle.

Lignes directrices concernant la diversité culturelle pour les radiodiffuseurs

L’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) a créé en réponse une série de directives sur la représentation des minorités ethniques et visibles dans les médias. Presque tout les radiodiffuseurs privés (96 %) font partie de l’ACR et sont donc normalement tenus d’adhérer aux lignes directrices suivantes :

Ces lignes directrices précisent également que l’engagement à la diversité culturelle doit se refléter dans la politique de recrutement et de formation du personnel.

Le Code d’éthique de l’ACR élaboré en 1988 traite aussi de questions relatives à la diversité et interdit la diffusion de contenus offensants ou discriminatoires au niveau de la race, de l’origine ethnique, de l’âge, du sexe, des capacités physiques ou du statut familial.

Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) est l’organisme dont s’est dotée l’industrie pour superviser l’application de ces directives. Fondé par l’ACR en 1986, il reçoit les plaintes des téléspectateurs concernant le contenu des émissions de radio et de télévision et s’efforce de régler les conflits entre radiodiffuseurs et plaignants par le biais de la médiation. Il réussit dans la majorité des cas.

Dans les cas où le conflit n’est pas résolu au niveau local, le plaignant peut contacter le CRTC ou demander au CCNR de décider lui-même si le radiodiffuseur a contrevenu aux lignes directrices concernant la diversité culturelle. Cette décision est ensuite rendue publique afin de mieux informer le public et les radiodiffuseurs sur les normes à respecter. Le CRTC peut également s’y référer au moment du renouvellement de la licence d’exploitation d’un radiodiffuseur.

Lignes directrices concernant la diversité culturelle pour les journaux

Ce type de directives sur la diversité culturelle n’existe pas au niveau des quotidiens. Même si l’Association canadienne des journaux favorise dans sa déclaration de principes une bonne représentation de la diversité culturelle, il n’existe aucun mécanisme pour en assurer l’application dans les salles de nouvelles.

La plupart journaux canadiens appartiennent à des conseils de presse régionaux ou provinciaux. Les conseils de presse de l’Ontario, du Manitoba de l’Alberta, de Colombie-Britannique, du Québec et des provinces de l’Atlantique se sont tous engagés en faveur de la diversité culturelle. Mais, comme l’industrie est autoréglementée et que l’adhésion aux conseils de presse n’est pas obligatoire, il n’existe aucun mécanisme pour forcer l’adhésion à des lignes directrices.

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