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Auteurs: Réseau Education-Médias, .
Titre: Recherche sur les effets de la violence dans les médias.
Source: http://www.education-medias.ca/francais/enjeux/violence/recherche_effets_violence.cfm
La publication est faite avec l'aimable autorisation du Réseau Education-Médias.
Réseau Education-Médias
Recherche sur les effets de la violence dans les médias
La violence dans les médias rend-elle réellement les jeunes plus agressifs, c'est l'éternelle question que se posent les chercheurs. Certains d'entre eux, comme le professeur L. Howell Huesmann, de l'Université du Michigan, sont convaincus que les cinquante années de recherche en la matière ont prouvé l'existence d'une corrélation directe : « la violence des médias pousse les enfants à se conduire de manière plus agressive et continue à les affecter plus tard en tant qu'adultes ». D'autres sont d'un avis contraire. Jonathan Freedman de l'Université de Toronto affirme que « rien ne permet d'affirmer que regarder la télévision conduit à la violence ou y rend insensible ».
En 1994, Andrea Martinez, de l'Université d'Ottawa, a passé en revue un grand nombre de recherches et d'études sur la question pour le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Elle a conclu que le manque de consensus provient de trois « zones grises » dans ce type de recherches.
D'abord, la notion de « violence dans les médias » est difficile à définir et mesurer. Certains chercheurs qui ont voulu évaluer l'impact de la violence à la télévision, comme George Gerbner de l'Université Temple, la définissent comme l'acte (ou la menace) de blesser ou de tuer quelqu'un, quels que soient le contexte et le moyen utilisé. Ainsi, Gerbner inclut les dessins animés dans ses données. D'autres universitaires, comme Guy Paquette et Jacques de Guise, de l'Université Laval, ont au contraire volontairement exclu les dessins animés en raison du caractère comique et irréaliste de la violence représentée.
Ensuite, les spécialistes sont en désaccord sur la manière d'interpréter les données. Certains affirment que l'exposition à la violence des médias cause de l'agressivité ; d'autres pensent qu'il n'existe pas de relation de cause à effet, même si les deux phénomènes sont associés, ils peuvent être provoqués par un troisième facteur. D'autres encore sont convaincus qu'il n'existe aucune preuve probante d'une corrélation quelconque entre les deux.
Enfin, même en admettant que la violence dans les médias peut entraîner de l'agressivité chez les jeunes, la manière dont le processus s'enclenche n'est pas claire. Pour les uns, il s'agit d'un mécanisme psychologique, enraciné dans la manière dont notre cerveau apprend. Huesmann affirme que, lorsque les enfants imitent les gestes des personnages de télévision, ils développent les « scénarios cognitifs » qui détermineront leurs comportements. Si ces héros sont violents, les enfants vont intérioriser des scénarios où la violence est présentée comme une façon appropriée de résoudre un problème.
D'autres chercheurs pensent que les effets psychologiques sont moins importants que les effets physiologiques dans l'adoption d'un comportement agressif. Le spectacle de la violence s'accompagne d'une augmentation du rythme cardiaque, d'une respiration plus rapide et d'une tension artérielle plus élevée. Cette réponse simulée de préparation au combat ou à la fuite prédisposerait les gens à se conduire plus agressivement dans le monde réel.
D'autres chercheurs, enfin, voient plutôt dans la violence des médias une manière de « renforcer » des idées et des sentiments latents d'agression. Selon eux, ces désirs, jusque-là refoulés, seraient légitimés par des images dans lesquelles le héros et le méchant emploient la violence - généralement sans conséquences apparentes.
Dans son rapport final au CRTC, Martinez conclut que la plupart des recherches soutiennent l'existence d'une « relation réelle, quoique faible, entre l'exposition à la violence télévisuelle et les comportements agressifs ». Même si cette corrélation ne peut être prouvée systématiquement, Martinez convient comme le chercheur hollandais Tom Van der Voot, qu'on « ne peut nier l'existence d'un phénomène parce qu'il ne se produit pas régulièrement, ou seulement en certaines circonstances ».
Bien sûr, l'absence d'un consensus au sujet de la relation entre la violence dans les médias et l'agressivité dans le monde réel n'a pas découragé les chercheurs de s'intéresser à la question. Voici quelques-unes des conclusions auxquelles ont mené diverses recherches entreprises jusqu'à aujourd'hui.
Déjà en 1956, des chercheurs ont comparé en laboratoire les réactions de 24 jeunes téléspectateurs. La moitié d'entre eux a regardé un épisode violent de Woody le pic alors que les douze autres, ont visionné un dessin animé non-violent, The Little Red Hen. Les chercheurs ont ensuite observé les enfants en train de jouer, et ils ont remarqué que ceux qui avaient regardé le dessin animé violent étaient beaucoup plus susceptibles de frapper leurs petits camarades ou de briser des jouets.
Six ans plus tard, en 1963, les professeurs A. Badura, D. Ross et S.A. Ross ont mené une étude comparative sur les effets respectifs de la violence réelle, de la violence dans des séries télévisées et de la violence dans des dessins animés. Ils ont séparé 100 enfants d'âge préscolaire en quatre groupes. Le premier groupe a regardé un individu hurler des insultes à une poupée gonflable en la frappant d'un maillet, le deuxième a vu la même chose à la télévision, le troisième a visionné une version de cette scène en dessins animés et le dernier groupe (groupe de contrôle) n'a rien regardé.
Exposés plus tard à une situation frustrante, les enfants des trois premiers groupes ont réagis plus agressivement que le groupe de contrôle. Les enfants qui avaient vu la scène à la télévision et ceux qui en avaient été témoins directement ont manifesté le même degré d'agressivité, nettement plus élevé que celui des jeunes qui avaient regardé le dessin animé.
Tout au long des années, ces recherches en laboratoire ont constamment montré que le spectacle de la violence était associé à une accélération du rythme cardiaque et de la respiration, à une hausse de la tension artérielle et à une plus grande disposition à blesser l'autre ou à le punir. Ces expériences ont cependant été fortement critiquées au sujet de leur côté artificiel et de leur focalisation sur les effets à court terme.
D'autres chercheurs ont travaillé hors des laboratoires, dans le but d'établir une relation entre violence des médias et agressivité. Par exemple plusieurs sondages et statistiques indiquent que les enfants et adolescents qui préfèrent les émissions ou les films violents ont tendance à manifester un plus haut taux d'agressivité que ceux qui regardent des émissions moins violentes. Huesmann a passé en revue des études réalisées en Australie, Finlande, Pologne, Israël, Hollande et aux États-Unis. Il conclut que « les enfants qui risquent le plus d'être agressifs sont ceux qui : a) regardent la plupart du temps des émissions violentes ; b) pensent qu'elles sont un reflet fidèle de la réalité ; c) s'identifient fortement aux personnages violents de ces émissions ».
Une recherche menée en 2003 par la Kaiser Family Fondation, révélait que près de la moitié des parents (47%) avaient mentionné que leurs enfants reproduisaient des actes aggressifs présentés à la télévsion. Toutefois, il est intéressant de noter que la majorité (87%) des jeunes ont plus tendance à imiter des comportements posififs.
Des études récentes tentent d'évaluer l'impact des jeux vidéo sur le comportement des enfants. Craig Anderson et Brad Bushman, de l'Université d'État de l'Iowa, ont examiné des douzaines d'études sur les amateurs de jeux vidéo. En 2001, ils ont conclu que les enfants et adolescents qui jouent à des jeux vidéo violents, même durant une courte période, sont plus susceptibles que les autres de se montrer agressifs dans la vie réelle. De plus, ce type de jeux affecte négativement à la fois les jeunes naturellement agressifs et ceux qui ne le sont pas.
En 2003, Craig Anderson, son collègue de l’Université d’État du Iowa, Nicholas Carnagey, et Janie Eubanks, du Texas Department of Human Services, rapportent, après étude d’une communauté de 500 étudiants, que la violence verbale de certaines musiques augmente agressivité et sentiments hostiles : « Il y a actuellement de bonnes raisons théoriques et empiriques de penser que ces textes violents ont le même type d’impact sur l’agressivité que celui déjà démontré en regard à la violence cinématographique et, plus récemment, aux jeux vidéo violents. »
En 1960, Leonard Enron, professeur à l'Université du Michigan, a étudié 856 élèves de la troisième année du primaire vivant dans une communauté semi-rurale du Comté de Columbia, dans l'État de New York. Il a découvert que les enfants qui regardaient des émissions de télévision violentes se comportaient de façon plus agressive à l'école que les autres. Désireux de connaître les effets à long terme, il est retourné dans le Comté de Columbia en 1971, les sujets de sa première enquête avaient maintenant 19 ans. Il a constaté qu'on retrouvait davantage de délinquance juvénile parmi ceux qui avaient regardé à 8 ans des émissions violentes. Enron y est retourné une dernière fois en 1982, avec son collègue Huesmann. Les deux chercheurs ont rapporté que parmi les participants, maintenant âgés de 30 ans, ceux qui avaient regardé des émissions violentes dans leur enfance étaient plus susceptibles d'infliger des sanctions physiques à leurs enfants, de se montrer agressifs envers leurs femmes ou d'avoir de graves ennuis avec la justice.
Monroe Lefkowitz a publié des conclusions similaires en 1971. Il a interviewé un groupe de garçons de huit ans et découvert que ceux qui regardaient des émissions violentes avaient davantage tendance à être agressifs. Dix ans plus tard, après avoir interrogé les mêmes sujets, il a constaté une forte corrélation : plus l'enfant avait regardé de scènes de violence à 8 ans, plus il se montrait agressif à 18 ans.
Jeffrey Johnson de l'Université Colombia a découvert, pour sa part, que cet effet ne se limitait pas aux émissions violentes. Après avoir suivi, depuis 1975, 707 familles du Nord de l'État de New York, il a rapporté que les jeunes de 14 à 16 ans qui regardaient de une à trois heures de télévision par jour avaient 60 % plus de risque de développer des comportements agressifs à l'âge adulte (implications dans des bagarres, ou des agressions) que ceux qui avaient consommé moins de télévision.
John Murray, de l'Université du Kansas, tire la conclusion suivante : « L'interprétation la plus plausible qu'on puisse tirer de cet ensemble de corrélations est qu'une préférence précoce pour les scènes violentes à la télévision et dans les autres médias est un des facteurs de conduite agressive et antisociale chez l'adolescent. »
Ces recherches sont cependant très controversées. L'écrivain Richard Rhodes, lauréat du Prix Pulitzer, a attaqué le travail d'Enron et affirmé que ses conclusions s'appuyaient sur des données insuffisantes. D'après lui, Enron possédait les données sur les habitudes télévisuelles à 8 ans de seulement 3 des 24 hommes ayant commis des crimes violents à l'âge adulte. Il en conclut que l'étude d'Enron est « mal conçue, scientifiquement sans valeur, biaisée et bâclée, sinon carrément frauduleuse ».
Guy Cumberbatch, directeur du Communications Research Group, un centre britannique d'études et de recherches en sociologie, n'est pas plus tendre à l'égard de Johnson. Selon lui, le groupe de 88 sujets, cité par Johnson, regardant moins d'une heure de télévision par jour est « tellement petit que cela en est aberrant ». Sans compter, comme le souligne le journaliste Ben Shouse, que d'autres critiques font remarquer que l'étude de Johnson « n'élimine pas la possibilité que la télévision ne soit qu'un indice de l'influence d'un autre facteur non mesuré, environnemental ou psychologique, qui aurait un effet à la fois sur l'agressivité et les habitudes télévisuelles ».
De chercheurs ont étudié le lien entre violence dans les médias et agression dans la vie réelle en examinant des communautés avant et après l'introduction de la télévision. Au milieu des années 1970, Tannis McBeth Williams, professeur à l'université de la Colombie-Britannique, a fait enquête dans un village reculé de sa province. Elle a découvert une augmentation de 160 % des incidents violents après l'arrivée de la télévision.
Gary Granzberg et Jack Steinbring ont étudié de la même façon trois communautés cries du Nord du Manitoba durant les années 1970 et le début des années 1980. Ils ont constaté que, quatre ans après l'introduction de la télévision, les bagarres à coup de poings et les yeux au beurre noir avaient sérieusement augmenté parmi les enfants d'un des villages. L'étude souligne notamment que la diffusion d'un épisode de la série Happy Days, où l'un des personnages rejoint un gang de rue appelé les Démons rouges, a mené à la création, plusieurs jours plus tard, de deux bandes rivales, les Démons rouges et les Démons verts, qui ont sérieusement bouleversé le fonctionnement normal de l'école.
Brandon Centerwall, de l'Université de Washington, a remarqué que la forte hausse du taux de meurtres aux États-Unis en 1955 s'est produite huit ans après que les postes de télévision ont commencé à se répandre dans les foyers. Pour confirmer sa théorie d'une corrélation entre les deux phénomènes, Centerwall a étudié le cas de l'Afrique du Sud, où la télévision a été bannie par le gouvernement jusqu'en 1975. Douze ans après la levée de l'interdiction, le taux de meurtres est monté en flèche.
Une théorie que réfute le chercheur canadien Jonathan Freedman, de l'Université de Toronto. Il fait remarquer, par exemple, que le Japon a une des télévisions les plus violentes au monde et pourtant un taux de meurtres beaucoup plus bas que celui de la plupart des autres pays, y compris les États-Unis et le Canada où les émissions télévisées sont en comparaison moins violentes.
Plusieurs études avancent que les scènes de violence à la télévision effraient les jeunes enfants et que cet effet peut perdurer.
En 1998, Singer, Slovak, Frierson et York ont interrogé 2000 élèves de l'Ohio, âgés de 8 à 13 ans. Ils ont découvert parmi eux la présence de divers troubles psychologiques, comme l'anxiété, la dépression et le stress post-traumatique, qui variaient en fonction du nombre d'heures consacrées quotidiennement à la télévision.
En 1999, une autre enquête, réalisée cette fois auprès de 500 parents du Rhode Island par Judith Owens, de l'Université Brown, a révélé que les enfants qui avaient un poste de télévision dans leur chambre risquaient davantage de souffrir de troubles du sommeil. Les parents interrogés ont affirmé dans une proportion de 9 % que leurs enfants, au moins une fois par semaine, faisaient des cauchemars causés par une émission qu'ils avaient regardée.
En 1986, Tom Van der Voot a étudié 314 enfants, âgés de 9 à 12 ans. Il a découvert que s'ils distinguaient facilement les dessins animés, les westerns ou les films d'espionnage de la réalité, les émissions à contenu plus réaliste les plongeaient souvent dans la confusion. Quand ils n'arrivaient pas à en suivre l'intrigue, les scènes de violence devenaient pour eux incompréhensibles et d'autant plus effrayantes. Ceci est particulièrement problématique car les enfants préféraient ce genre d'émission réaliste, car elles étaient, selon eux, plus divertissantes. Et, comme Jacques de Guise l'a rapporté en 2002, plus jeune l'enfant est, moins il est capable d'identifier la violence comme telle.
En 1999, Joanne Cantor et K. Harrison ont interrogé 138 étudiants d'université et découvert que la plupart d'entre eux étaient encore troublés, des années plus tard, par le souvenir de certaines émissions effrayantes : 90 % étaient hantés par des images vues dans leur enfance, au point d'en faire des cauchemars ou d'éviter certaines situations.
Plusieurs études effectuées durant les années 1970 ont montré que les gens exposés régulièrement aux émissions de télévision violentes ont tendance à accepter plus facilement la vraie violence et éprouvent moins de sympathie pour les gens qui en sont victimes. Ainsi, en 1973, V.B. Cline, R.G. Croft et S. Courrier ont suivi des jeunes garçons pendant une période de deux ans et découvert que ceux qui regardaient plus de 25 heures de télévision par semaine étaient beaucoup moins susceptibles d'être troublés par la vraie violence que ceux qui en regardaient quatre heures ou moins.
Fred Molitor et Ken Hirsch ont tenté de vérifier le phénomène en 1994, et leur étude a confirmé que les enfants acceptent plus facilement l'agressivité dans la vie réelle s'ils en ont déjà été témoins dans des émissions ou des films violents.
De tous les chercheurs, George Gerbner est celui qui a mené l'enquête la plus étendue dans le temps sur la violence à la télévision. Son travail suggère que les grands consommateurs d'émissions violentes ont tendance à adopter une vision du monde similaire à celle présentée par la télévision. Une attitude qualifiée par Gerbner de « syndrome de la méchanceté de l'univers ».
Son étude a également montré que les personnes qui regardent beaucoup la télévision sont plus susceptibles de :
surestimer le risque d'être victime d'un acte criminel ;
penser que leur quartier est dangereux ;
croire que « leur crainte d'être attaqué est un problème très sérieux » ;
être convaincu que le taux de criminalité est en hausse, même si c'est inexact.
En 1997, André Gosselin, Jacques de Guise et Guy Paquette, de l'Université Laval, ont vérifié la théorie de Gerbner dans un environnement canadien. Après avoir interrogé 360 étudiants universitaires, ils ont découvert que les grands consommateurs de télévision étaient effectivement plus susceptibles de considérer le monde comme un endroit dangereux, tout en ne se considérant pas comme particulièrement peureux.
Plusieurs études suggèrent que la violence à la télévision n'est qu'un facteur parmi tous ceux qui peuvent inciter les jeunes à adopter des comportements agressifs. En Norvège, une enquête portant sur 20 adolescents a démontré que le manque de supervision parentale avait plus de conséquences que les émissions violentes en elles-mêmes. Elle a aussi révélé que la violence dans les médias, combinée avec la violence réelle, pouvait créer chez les garçons un « trop plein », qui les rendait plus susceptibles de considérer l'agressivité comme une solution pour renforcer leur identité à l'intérieur de groupes antisociaux ou marginaux.
D'un autre côté, des chercheurs ont également montré que la manière dont les parents commentent les émissions violentes peut en atténuer de beaucoup l'impact. Huesmann et Bacharach arrivent à la conclusion suivante : « Les valeurs familiales et la classe sociale déterminent davantage l'attitude face à la violence que le nombre d'heures passées devant la télévision, qui a une incidence significative, mais plus faible. »
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