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Auteurs: Schnapper, Dominique.

Titre: Les médias dans l'école, un atout pour la démocratie?

Source: http://www.clemi.org/formation/conferences/schnapper.rtf

La publication est faite avec l'aimable autorisation de l'auteur.



Dominique SCHNAPPER


Les médias dans l’école, un atout pour la démocratie ?



Je tiens à préciser, avant toute chose, que je ne parle pas en tant que membre du Conseil Constitutionnel, mais en tant qu’enseignante et chercheur.

Je serais tentée de répondre d’emblée par l’affirmative à la question : les médias dans l’école, un atout dans la démocratie ? Mais je nuancerais ma réponse aussitôt, en ajoutant : à condition de connaître ce que sont les médias, de les utiliser, de les “ instrumentaliser ” et à condition de bien voir que le projet médiatique n’est pas le projet de la connaissance. Il existe entre les deux une différence que les professeurs doivent travailler à maintenir, à développer et à transmettre à leurs élèves. Le projet de connaître, d’utiliser, “ d’instrumentaliser ” les médias tout en s’en distinguant est une manière pour les professeurs de transmettre ce qu’il y a de plus essentiel dans l’enseignement: l’esprit critique.

Nous, les enseignants, nous sommes objectivement en concurrence directe avec les médias, car nos élèves baignent dans une culture médiatique qui leur est plus familière qu’à nous-même. Dans le petit village où je passe mes vacances, je suis toujours frappée de voir combien les gens qui n’ont qu’un niveau d’enseignement primaire sont à l’aise avec les outils informatiques, alors que j’éprouve moi-même beaucoup de difficultés à les maîtriser. Nous devons prendre en compte ce décalage. Heureusement, nous n’en sommes pas au niveau des enfants américains qui passent six heures par jour devant la télévision, ce qui pose un problème aux enseignants. Au point que la réussite supérieure des enfants asiatiques est attribuée par les sociologues au fait que les seules familles où l’on interdit encore aux enfants la fréquentation assidue de la télévision sont asiatiques. Nous ne pouvons donc pas ignorer ce phénomène, ni la culture médiatique qui imprègne tous ceux auxquels nous nous adressons. Pour agir sur le monde, il faut le connaître.

Je me souviens encore de l’époque où les intellectuels refusaient de posséder une télévision, car elle représentait, selon eux, la sous-culture. D’autres intellectuels, sans doute moins brillants, ont alors pris leur place à la télévision. Ce qui est peut-être regrettable. Il faut donc que nous partions du fait que ce monde existe, que nous y participons que nous le voulions ou non, et que, si nous désirons prendre ce qu’il a de positif et, en même temps, garder le sens de la connaissance rationnelle que nous devons transmettre dans nos enseignements, il faut que nous le connaissions et que nous le limitions.

I. Les rapports des outils médiatiques et de la démocratie

Dès le début de la Révolution, la pensée contre-révolutionnaire avait évoqué les dangers d’un système politique fondé sur l’opinion qui, avec tout ce qu’elle comporte de superficiel et d’émotif, risquait d’empêcher le nouveau régime de traiter les problèmes de fond. Tocqueville redoutait que ces sociétés fondées sur le règne anonyme de l’opinion n’aboutissent à un conformisme général de la pensée, lequel conduit inévitablement au despotisme. Cette interrogation est donc consubstantielle à la démocratie. Mais elle a été posée dans des termes nouveaux avec l’arrivée du progrès technique qui a rendu immédiats les évènements lointains et a permis à l’opinion de s’exprimer – du moins c’est ce que l’on croit – quasi-quotidiennement, par le biais des sondages d’opinion.

1. Les sondages d’opinion

Par l’intermédiaire des sondages, l’opinion politique, telle qu’ils les construisent, intervient presque quotidiennement dans la vie politique et non tous les cinq ans ou sept ans, à l’occasion des élections. Cela pose le problème de la relation entre les médias et la démocratie. Une des écoles de sociologie, influencée par Pierre Bourdieu, dénonce de manière radicale et absolue ce règne de l’opinion publique, en arguant qu’elle est entièrement créée par ceux qui, en effectuant les sondages, la font apparaître et par ceux qui, en les commentant, lui donnent une influence politique. Ce serait un artefact construit de toutes pièces par les intérêts réciproques et croisés des sondeurs, d’une part, et des journalistes, de l’autre. Peut-on adhérer totalement à cette conception ?



Le rôle joué par les sondages est assez récent, il date des années 60-70, car si, avant cette date, les sondages existaient, ils n’avaient pas cette omniprésence qui aboutit aujourd’hui à ce que l’on sait pratiquement chaque jour qui serait élu Président de la République, si le vote avait lieu aujourd’hui. De plus, on en tire beaucoup trop de conséquences, beaucoup plus que ce que laissent apparaître les sondages eux-mêmes. L’existence de ces résultats quotidiens influence les pratiques démocratiques. Malgré tout, on ne peut pas rester sur une critique aussi radicale. Il ne s’agit pas d’une construction totalement artificielle.

2. Capacité critique du public

En effet, les enquêtes sociologiques sur les effets des sondages et des communications de masse ont commencé à partir des années 1940 et elles démontrent une constante : le public n’est pas aussi passif que les journalistes le croient. Les journalistes présentent la même information au public, mais cela ne veut pas dire que tout le public la comprendra de la même façon. On ne peut pas déduire que la consommation est la même du fait que l’offre est identique. Le public n’est pas entièrement manipulé par les médias. Il a le choix : il peut changer de chaîne ou bien éteindre la télévision. Il conserve donc, malgré tout, une certaine capacité critique. Il existe toujours un effet de filtre ou de sélection des messages qui sont transmis. Il ne suffit pas qu’une chaîne unique existe et ne diffuse qu’une seule et même émission pour que tous les téléspectateurs deviennent identiques. Ceux qui sont de niveau culturel élevé et ceux qui ne le sont pas perçoivent et comprennent différemment la même émission.

3. Les limites de l’influence médiatique

On peut donc observer les limites de l’influence des chaînes de télévision, en particulier sur les opinions politiques. Pour illustrer ces limites, j’évoquerai deux exemples.

Il faut donc être nuancé et constater aussi que les choix du public ont un effet sur les journalistes, même s’il est inégal. C’est parce que personne ne regardait plus les émissions politiques qu’elles ont été remplacées par des émissions de variétés, c’est sous la pression du public que, si on fait venir un homme politique dans une émission, ce n’est surtout pas pour qu’il aborde des thèmes sérieux, mais pour qu’il pousse la chansonnette. Je ne porte pas un jugement négatif en disant cela, je dis simplement que le problème des médias est plus complexe et nuancé qu’il n’y paraît à première vue. C’est la raison pour laquelle il est de plus en plus difficile pour de nombreux intellectuels de regarder des émissions de télévision qui ne fâchent personne, c’est-à-dire les émissions de chansons et de sport, qui se développent aux dépens des émissions politiques et culturelles.

4. La personnification à outrance

La présentation du monde à travers et par les médias tend à simplifier et personnaliser les évènements politiques. La simplification et la personnalisation sont ce que les techniciens appellent les “ lois d’airain de la communication ”. La “ petite phrase ” du journal de 20 heures est un succédané de ce qui devrait être l’analyse d’une situation politique, ou d’une campagne électorale digne de l’idée démocratique. Cette simplification s’oppose à la complexité de l’analyse que mènent les intellectuels et qu’impose la réalité sociale, cette dernière n’étant jamais aussi simple que dans la présentation qui en est faite dans les médias. Pourtant, il ne faut pas non plus oublier que cette simplification s’oppose à l’ignorance. La connaissance qu’elle donne, bien que personnalisée et simplifiée, reste une connaissance qui s’adresse à tous. Dans cette mesure, elle est un moyen démocratique de donner, peut-être pas une connaissance en profondeur, mais, en tous cas, une forme de familiarité avec le monde politique. Cette familiarité est un élément de rapprochement, intellectuel en tout cas, entre les électeurs que nous sommes tous et les hommes politiques. On a tous assisté à ces moments de vérité qui passent à la télévision et qui sont révélateurs. Ces moments de vérité peuvent être des moyens de démocratisation dans la mesure où chacun peut se rendre compte à cet instant de ce que sont ces hommes. Je pense notamment à un débat opposant MM. Chirac et Fabius qui avait donné lieu à un de ces moments où, au détour de discours bien huilés, un coin du voile s’était brusquement soulevé en laissant apercevoir un peu de la vraie personnalité de chacun.

5. Les médias de masse

Certains ont vu, à juste titre, dans l’invention de l’imprimerie, qui a été le premier média de masse, une des sources de l’existence de la Nation c’est-à-dire de l’existence d’une communauté dont les membres ne se sont jamais rencontrés. L’imprimerie a donné à tous ceux qui forment une société nationale les moyens de se connaître et de communiquer. D’une certaine façon, les médias les plus faciles, les plus quotidiens, les médias instantanés sont aussi un moyen de renforcer ce qu’a été l’effet de l’imprimerie, c’est-à-dire de donner à des millions de personnes qui ne se sont jamais rencontrées un système commun de références et de connaissances, même superficielles. On ne peut pas négliger ce facteur de démocratie introduit par les médias et notamment par la télévision, qui contribue à créer une société politique composée de gens qui s’ignorent et qui certainement ne se rencontreront jamais. D’une certaine façon, cette idée de connaissance de tout par tous est la conséquence de l’idée du suffrage universel. A partir du moment où tout le monde dispose du droit de vote et participe en souverain à la “ communauté des citoyens ”, tout le monde a besoin d’une certaine information. Il existe un lien profond entre la diffusion médiatique d’un minimum de connaissance des personnes et des problèmes politiques et la souveraineté du suffrage universel.

6. Une double manipulation

Les enseignants, c’est-à-dire ceux qui adoptent une position critique, doivent donc intervenir dans ce processus. Ils doivent inlassablement rappeler que la vérité des médias n’est pas la vérité pure ou la vérité nue. L’existence des médias est à la source d’un certain nombre de théories. Certains pensent que les médias sont les instruments d’une véritable démocratie qui serait immédiate et “ continue ”. Là encore, il faut être nuancé. Il est vrai que l’opinion publique se forme à travers les résultats des sondages et les débats télévisés. Il est vrai que toutes les manifestations politiques tiennent désormais compte du traitement qui va en être fait dans le journal de 20 heures. Peu importe que cette manifestation ne rassemble que trente personnes, au même endroit, à intervalles réguliers : il faut s’assurer qu’un journaliste va couvrir l’événement et diffuser l’information au journal télévisé. Il existe donc une double manipulation entre le public, les attachés de presse et les journalistes, et cette manipulation relève de mécanismes complexes. Mais c’est à travers ces actions réciproques que s’élabore l’opinion démocratique.

II. Les risques et les inconvénients de ce type de démocratie

1. La superficialité

Ce type de pratique comporte des inconvénients et des risques. Elle privilégie le superficiel et ne laisse pas le temps d’entrer dans le détail des analyses. Ainsi, dès qu’un universitaire est invité à la radio, on lui demande de ne pas donner de chiffres pour ne pas ennuyer le public et, dès qu’il se lance dans une démonstration, on lui coupe la parole. Lorsque j’ai écrit un ouvrage de quatre cents pages, “ La France de l’intégration ”, on m’avait demandé de venir en parler sur France Inter en une minute vingt, j’ai refusé. Les universitaires sont mauvais pour parler en une minute vingt : un temps aussi court ne permet pas d’exposer une analyse qui ne peut être que nuancée. Cela pose un problème de fond à la pratique démocratique. On remplace l’analyse fondée sur des réalités sociales complexes et difficiles par une formule réduite à une minute vingt. Cela renvoie à la vieille critique sur le caractère superficiel de l’opinion.

2. L’instantanéité

Notre démocratie privilégie l’instantané, donc les réactions émotives aux dépens de la réflexion et de la mise en contexte (historique, politique, national). L’émotion immédiate provoquée, par exemple, par la photo d’un enfant blessé ou mort, quelles que soient les circonstances historiques, provoque une réaction indépendamment de toute analyse de la situation. Par définition, il est difficile de poser les problèmes structurels, les évolutions longues et les analyses complexes. C’est bien souvent seulement l’écume des choses qui apparaît et qui peut être manipulée par des professionnels de l’information, car il existe des décalages dans le temps : le temps des réactions émotives, le temps des décisions proprement politiques au sens étroit du terme, c’est-à-dire électorales, et le temps des décisions de fond (comme celles concernant la fiscalité ou les retraites) qui ne peuvent s’inscrire que dans un temps long. Ces dernières décisions, qui se prennent sur vingt ans, sont très difficiles à engager pour des gouvernants soumis tous les cinq ans à l’élection.

Par ailleurs, les hommes de communication pensent toujours que la résolution des problèmes repose sur une part de rencontre entre les individus – si Arafat rencontrait Sharon… – comme si la rencontre de personnes aboutissait à des solutions, alors que, le plus souvent, les difficultés vont bien au-delà des problèmes de personnes. C’est un des effets pervers de ce que l’on apprend par la “ communication ”.

3. Le décalage

Le jeu entre les hommes politiques, les journalistes et les sondeurs a aussi un effet bénéfique dans la mesure où, d’une certaine manière, il fait participer le public à ce jeu. Toutefois, il souligne aussi le décalage entre le monde des politico-médiatiques et le monde quotidien des citoyens ordinaires. L’un des grands problèmes de la démocratie aujourd’hui est justement ce sentiment de coupure que la majorité des citoyens ressentent vis-à-vis des personnes qui nous gouvernent et l’indignation que provoque cette coupure. Dans toutes les sociétés, les gouvernants n’ont jamais été à l’image des gouvernés et cette distance paraissait normale. En revanche, dans la démocratie d’aujourd’hui, la distance devient scandaleuse car c’est nous, les citoyens, qui disposons de la souveraineté. Il y a donc une exigence de ressemblance ou de contrôle par les mêmes lois : les habitudes héritées de Louis XIV (“ L’Etat c’est moi ”) apparaissent scandaleuses. Les électeurs sont indignés par l’opacité du monde des gouvernants, au sens large du terme, et par le non-respect par les dirigeants des vertus qui sont exigées du citoyen.

III. Le rôle du professeur

Quel pourrait être notre rôle des professeurs, en tenant compte du poids du monde médiatique dans lequel nous sommes tous plongés, élèves comme enseignants ?

Je suis toujours soucieuse d’affirmer la spécificité de notre projet intellectuel par rapport à celui du monde des médias : nous n’apportons pas la même chose et nous perdrions notre âme à vouloir les suivre. Nous devons, au contraire, affirmer nos propres valeurs, sans pour autant mépriser les leurs, qui sont un des éléments de démocratie. Je voudrais essayer de suggérer les directions dans lesquelles nous pouvons être à la fois proches, sympathiques et distants par rapport aux médias, pour que nous apportions autre chose qu’eux à la pratique de la démocratie.

1. Encourager l’esprit critique

Nous devons tout d’abord être critiques. Ce n’est pas parce que quelque chose est écrit dans Le Monde que c’est la vérité. Cela semble simple et évident, mais c’est une lutte constante à mener. Lorsque j’enseignais à l’Institut d’Etudes Politiques, je répondais aux nombreux étudiants qui prenaient leurs références dans Le Monde : ce n’est pas une référence scientifique. Ce n’est pas du même ordre que ce que nous, chercheurs depuis vingt ou trente ans nous apportons ; en lisant la presse, vous devez vous interroger pour savoir si c’est la vérité, vous ne devez pas penser que c’est la vérité révélée.

On peut d’ailleurs prendre le modèle des journalistes américains qui ont souvent un sens critique développé. L’un d’entre eux a fait avant-hier une analyse excellente d’un discours du gouvernement américain. Il a pris en compte l’émetteur du message, les raisons qui ont pu le pousser à délivrer un tel message, à qui il était destiné et il s’est interrogé pour savoir si c’était une manipulation. Le professionnalisme de ce journaliste m’a frappée et nous devrions tous nous en inspirer, enseignants comme journalistes. C’est d’ailleurs retrouver la critique du document que les historiens pratiquent couramment : qui l’a écrit, qu’est-ce que cela signifie et à qui s’adressait-il ? Ce sont les conditions indépassables de la recherche historique. Il faut que nous l’appliquions aussi aux résultats des sondages et à tout ce que l’on peut lire dans les journaux ou entendre à la radio et à la télévision. Ce n’est jamais que leur vérité et, même si on les suppose honnêtes, ce n’est jamais que la vérité d’un moment.

Cette attitude critique est essentielle pour ne pas être absorbés par les médias. C’est aussi l’essentiel de ce que nous pouvons transmettre dans notre enseignement, car c’est la condition pour être un bon citoyen : obéir aux lois en se posant la question de leur légitimité et éventuellement en se disant que l’on peut les faire évoluer. La transmission de cette attitude critique vis-à-vis des médias est peut-être encore plus importante que le contenu d’un enseignement civique. Elle fonde la véritable démocratie.

2. Rétablir la complexité des situations

Le professeur est également là pour expliquer à ses élèves que les choses ne sont pas aussi simples qu’elles sont présentées, non pas pour s’affirmer dans un désir de revanche à l’égard des journalistes, mais parce que c’est vrai. Plus on connaît une question, plus on comprend qu’il existe des séries d’explications multiples qui se combinent et que les formules à l’emporte-pièce ne reflètent pas toutes les dimensions d’un problème. Il n’existe jamais une seule explication, une seule personne impliquée. Il faut radicalement critiquer la tendance des médias à la personnalisation à outrance, même si, dans certains cas, on peut évidemment reconnaître le rôle essentiel joué par une personne dans un événement. Mais il ne faut pas considérer a priori que les phénomènes politiques, historiques et de société sont liés à une seule personne ou, tout au moins, il faut se poser la question de savoir si c’est vrai. Devant la simplification des médias, il nous faut rappeler la complexité des problèmes.

Le passé continue à influer le présent : on ne comprend des situations complexes qu’en les insérant dans une histoire. Ce n’est pas l’attitude des médias, qui préfèrent rester dans l’immédiat. Ce qui est bon à dire le mercredi ne l’est plus le jeudi. Pour un problème de fond qui peut s’étaler sur des années et parfois même sur des générations, les médias vont déterminer le jour où ils vont le traiter, car il leur apparaît d’ “ actualité ” .  Le lendemain, ils n’en parleront plus. Notre rôle est donc de rappeler que ces problèmes qui apparaissent un jour dans l’ “ actualité ” se posaient avant et continueront à se poser après ce jour. Ils ne sont pas résolus par les discours du jour où on les pose, mais par l’action collective, à plusieurs niveaux et dans un temps plus ou moins long. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on doit être obsédé par le passé, mais qu’il faut ne pas se contenter de l’immédiateté du discours quotidien et qu’il faut s’inscrire dans une histoire.

3. Conclusion

Les médias sont pour nous un instrument technique remarquable, mais qui, comme tout instrument, peut être utilisé pour le meilleur comme pour le pire. Il n’a en lui-même ni de vertu ni de pêché irrémédiable. C’est à la société tout entière, individuellement et collectivement, de décider de l’usage qu’elle veut en faire.

Je voudrais également insister sur le fait qu’étant un instrument technique, il ne donne pas par lui-même de sens à notre vie commune. Ce n’est en effet pas ce qui va nous aider à résoudre les problèmes de notre vie collective. Ce n’est pas parce que nous pouvons désormais parler tous ensemble sur Internet que cela va être plus facile de vivre avec son voisin de palier. Il faut résister à la mythologie de l’Internet qui diffuse l’idée que ce nouveau mode de communication va entraîner la nouvelle naissance de la démocratie directe. Au lieu de se réunir sur l’Agora à Athènes, on irait tous se rencontrer sur la Toile et résoudre tous les problèmes car nous sommes des individus rationnels et indépendants qui allons, au nom de cette rationalité, résoudre tous les problèmes. Je n’y crois pas. Il a toujours été difficile de vivre ensemble. Internet peut faciliter techniquement un certain nombre de relations. Il faut l’utiliser, car il peut donner l’accès à de nombreuses informations, permettre le contact avec des personnes très éloignées et élargir notre conception du monde. Toutefois, il n’apportera pas par lui-même les solutions aux problèmes de la société.

Il ne faut pas se laisser impressionner par ces instruments remarquables, il faut les contrôler et les utiliser, non les mythifier.

Je finirai par une citation de Tocqueville, qui disait “ les démocraties ne sont pas spontanément favorables au travail lent et profond. ” Or, ce travail lent et profond, c’est nous qui en sommes chargés. Je vous invite donc à prolonger ce travail lent et profond qui doit aussi faire partie du travail collectif des hommes démocrates dans nos sociétés.



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